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Le Burundi sur la voie d'un « désastre », prévient l'ONU

La situation au Burundi laisse craindre un « effondrement complet de l'ordre public » pouvant mener à un « désastre », prévient le haut-commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, en dénonçant des violences sexuelles, des disparitions forcées et des cas de torture commis récemment par les forces de sécurité.

Zeid Ra'ad Al-Hussein réclame en outre une enquête urgente sur « l'existence possible d'au moins neuf charniers » qui contiendraient les corps d'au moins 100 personnes tuées le 11 décembre, après que des opposants au président Pierre Nkurunziza eurent attaqué trois camps militaires dans la capitale, Bujumbura.

« Les attaques du 11 décembre contre trois camps militaires et les violations des droits de l'homme à grande échelle qui ont suivi semblent avoir déclenché des tendances nouvelles et profondément perturbantes de violations des droits de l'homme », a-t-il déclaré.

M. Al-Hussein affirme que son organisation a documenté 13 cas de violence sexuelle contre des femmes lors des opérations de recherche et d'arrestation qui ont eu lieu dans les quartiers perçus comme soutenant l'opposition après l'attaque des camps militaires.

« Le scénario était similaire dans tous les cas : les forces de sécurité seraient entrées dans la maison des victimes, auraient séparé les femmes des autres membres de famille et les auraient violées, leur faisant subir dans certains cas des viols collectifs », affirme-t-il.

Le haut-commissaire évoque aussi de « nombreuses allégations » selon lesquelles des policiers, des militaires et des membres de la milice Imbonerakure « auraient arrêté un nombre considérable de jeunes hommes, dont beaucoup auraient ensuite été torturés, tués ou emmenés vers des destinations inconnues. »

Pourtant, poursuit-il, « seule une faible proportion d'entre eux semble se trouver dans des lieux officiels de détention ». M. Al-Hussein soutient en outre que son organisation est en train « d'analyser des images satellites » afin de confirmer l'existence de charniers.

Zeid Ra'ad Al-Hussein a déjà averti le mois dernier que le Burundi « a atteint le point de rupture et est au bord de la guerre civile ».

La crainte d'un conflit ethnique

Le haut-commissaire s'alarme particulièrement de la dimension ethnique que semble prendre le conflit depuis les évènements de décembre. Les Tutsis, qui composent environ 15 % de la population, semblent maintenant ciblés, alors que le conflit se déclinait jusque-là selon des lignes de fracture politiques.

Ces craintes du haut-commissariat s'appuient notamment sur le témoignage d'une femme agressée sexuellement qui a déclaré que son agresseur lui aurait dit qu'elle payait « le prix d'être tutsie ».

Dans un quartier de Bujumbura, un autre témoin a déclaré que les Tutsis avaient été systématiquement tués, alors que les Hutus avaient été épargnés. D'autres témoins affirment que la décision d'arrêter des gens dans le quartier de Muramvya aurait aussi largement été prise sur une base ethnique, la plupart des Hutus ayant été libérés.

« L'impunité rampante persiste pour toutes les violations des droits de l'homme commises par les forces de sécurité et les Imbonerakure, et ce, en dépit des nombreuses preuves de leur responsabilité dans ces crimes de plus en plus graves », a déclaré M. Al-Hussein.

Le Burundi s'enfonce dans la violence depuis que le président Nkurunziza a décidé fin avril de briguer un troisième mandat, qu'il a finalement remporté en juillet.

Des opposants l'accusent de violer la Constitution et les accords d'Arusha, qui ont mis fin, en 2006, à une guerre civile qui a duré 13 ans et coûté la vie à 300 000 personnes. Pierre Nkurunziza était alors le chef d'une milice hutue.

Depuis l'annonce qui a mis le feu aux poudres, 439 sont mortes, dont 130 dans le seul mois de décembre. Près d'un quart de millions de personnes ont déjà fui le pays.

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