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Le chaos à Alep, c’est l’échec du Conseil de sécurité, dit Arbour

Le drame sans fin qui se joue sur les ruines fumantes d'Alep, avec ses cortèges de morts et de déracinés, est un « constat d'échec inacceptable » du Conseil de sécurité, tranche l'avocate et ancienne haute-commissaire des droits de l'homme de l'ONU, Louise Arbour.

Si elle convient que l’ONU, avec ses agences spécialisées, a démontré son utilité, elle constate néanmoins que dans le conflit syrien, et plus spécifiquement la tragédie d’Alep, « le Conseil de sécurité en particulier, qui est le gestionnaire de la paix et de la sécurité internationale, ne livre pas le produit ».

En entrevue sir ICI RDI, Mme Arbour se félicite du recul des guerres entre pays, auquel a contribué la diplomatie onusienne, mais se désole aussitôt de la « croissance et l’intensité des conflits internes, dont les populations civiles payent le prix ».

L’ancienne procureure en chef du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie et pour le Rwanda ne s’attarde pas au seul veto russe dans son analyse, car, selon elle, « il y a des jeux politiques, il y a des erreurs de stratégie politique qui font que ce dysfonctionnement du Conseil de sécurité » ne peut pas être attribué facilement au niet russe.

« C’est un peu plus compliqué que ça », nuance-t-elle, avant d'ajouter qu’« au début du conflit, le veto russe faisait bien l’affaire d’autres [pays] qui n’avaient vraiment pas d’appétit pour une intervention militaire musclée en Syrie, comme celle qu’ils avaient faite en Libye ».

Louise Arbour rappelle que « les initiatives prises par les pays occidentaux en Libye, à l’aube du conflit syrien, ont donné aux Russes au moins une très bonne excuse, sinon un véritable prétexte, pour l’inertie que la Russie a toujours démontrée vis-à-vis du conflit syrien ».

« On occulte aussi le jeu en coulisses des pays du Golfe, qui, de part et d’autre, soutiennent différentes factions » de rebelles, poursuit-elle.

Preuve de la complexité de la situation, l’ancienne juge de la Cour suprême tient aussi à préciser que « les rebelles sont extrêmement fractionnés » et qu’il est donc erroné de présenter les insurgés comme un bloc homogène.

Si au début des convulsions syriennes, on assistait à des « manifestations pacifiques [organisées] par des gens non armés, des opposants au régime qui n’étaient pas des combattants », la situation est différente aujourd’hui. Il y a eu multiplication de groupes rebelles, dont certains « d’affiliation extrêmement terroriste avec lesquels l’Occident n’a rien en commun », souligne Mme Arbour.

Stéphane Dion interpelle les Russes

En entrevue également sur ICI RDI, le ministre des Affaires étrangères du Canada, Stéphane Dion, estime qu'« il faut demander au régime Al-Assad et à ceux qui l’appuient, surtout les Russes, les Iraniens, pour une fois, de faire preuve d’humanité ».

D’après lui, la priorité maintenant est de « s’occuper des vivants » et d’aider à « réunir les familles, les enfants avec les parents ».

Il faut continuer à le faire [parler aux Russes], parce qu’à l’heure actuelle c’est eux qui sont les maîtres du terrain. Il faut les mettre devant leur responsabilité internationale pour faire respecter le droit international, les droits fondamentaux qui existent partout et qui doivent exister à Alep, au milieu des ruines.

Le ministre Stéphane Dion

Comme solution à la crise, le chef de la diplomatie canadienne ne pose pas comme préalable le départ du président syrien. « Nous, nous ne disons pas : "Première chose, il faut qu'Al-Assad parte." Parce qu’on sait que c’est inutile de le demander. Mais nous disons : "Ne croyons pas qu'Al-Assad puisse faire partie de la solution à long terme." »

La priorité, dit-il, est de « rétablir la paix » et « les négociations de paix », tout en collaborant avec le régime Al-Assad.

Stéphane Dion a par ailleurs décoché des flèches à l’endroit de la Russie, qui, à ses yeux, ne combat pas assez le groupe armé État islamique et met toute sa force de feu pour traquer les autres rebelles.

« Quand on a une ville [Palmyre] qui a été libérée de la tyrannie de Daech et qui, maintenant, retombe sous cette tyrannie, parce que le régime Al-Assad ne veut pas vraiment la combattre, met tous ses efforts pour combattre les opposants au régime, il faut quand même dire aux Russes : "On est là supposément pour combattre le terrorisme, qu’est-ce que vous faites? Pourquoi la ville de Palmyre est-elle retombée sous le contrôle des terroristes? Si vous mettiez la moitié de l’effort qui est fait pour vous en prendre aux rebelles pour combattre le terrorisme, on aurait fait d’immenses progrès." », observe le ministre des Affaires étrangères.

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