Le passage des dirigeants des sept pays les plus riches du monde à La Malbaie, au Québec, ne passe pas inaperçu : sécurité élevée, manifestations prévues, retombées économiques anticipées. Décryptage de cette rencontre au sommet.

Un texte de Jean-Philippe Guilbault

La création du G7 trouve son origine dans le contexte économiquement difficile des années 1970. Alors en pleine crise pétrolière, les dirigeants des six pays les plus industrialisés de l'époque – États-Unis, France, Angleterre, Italie, Allemagne de l’Ouest et Japon – décident de se rencontrer à Rambouillet, en France, en 1975.

Cette initiative a été lancée par le président français Valéry Giscard d’Estaing et le chancelier allemand Helmut Schmidt.

À l'ordre du jour : la crise économique, la récession et l'organisation de l'économie pour limiter les dommages de la crise pétrolière et de l'échec des accords de Bretton Woods qui étaient censés stabiliser l'économie mondiale après la Deuxième Guerre mondiale.

Ce premier G6 deviendra l’année suivante le G7 avec l’intégration du Canada, à la demande des États-Unis.

Or, en pleine guerre froide, le sommet du G7 n’avait pas de prétention à vouloir diriger la politique mondiale. L’objectif était beaucoup plus économique.

« C’est clair qu’au départ, le projet, c’était davantage de parler de mesures de stabilité financière, d’essayer de lutter contre le protectionnisme », explique Louis Bélanger, directeur des Hautes Études internationales de l’Université Laval, soulignant que ce dernier enjeu est, 43 ans plus tard, toujours au programme.

Au fil des décennies, on a assisté à un glissement des discussions vers davantage d'enjeux politiques. Le G7 tente de plus en plus de prendre position sur des questions de politiques internationales, occasionnant plus de tensions au sein des pays membres qui ne partagent pas toujours la même vision.

« C'est vrai que, graduellement, les questions de sécurité internationale, les grandes politiques internationales, ont pris de plus en plus de place », confirme M. Bélanger.

Le pouvoir du G7 demeure somme toute assez limité, précise le professeur, qui le définit comme un « forum informel » regroupant « des pays qui se reconnaissent des affinités en tant que démocraties libérales », à la différence du G20 qui ratisse beaucoup plus large.

Inclusion, puis exclusion de la Russie

En 1998, la Russie sous Boris Eltsine intègre ce qui deviendra le G8 jusqu’en 2014, où Vladimir Poutine est exclu du sommet après l’annexion de la Crimée. Et le pays ne semble pas près d’un retour à la table, selon Louis Bélanger.

« Ça a peut-être permis de mettre fin à une situation qui était devenue de toute manière un peu difficile à soutenir dans la mesure où la Russie a été admise à l’intérieur du club au moment où elle semblait évoluer vers un régime économique et politique de type démocratique et libéral. Aujourd’hui qu’elle se revendique d’une autre affinité politique, c’était difficile de la garder de façon cohérente au sein du forum. »

Sécurité et contestation

Évidemment, le déplacement des dirigeants des sept pays les plus riches ne se fait pas discrètement. Chaque année, des mesures de sécurité exceptionnelles sont déployées pour assurer le bon déroulement du sommet.

Cette année, la GRC a notamment annoncé le déplacement de 3000 policiers de partout au pays à La Malbaie, une mesure estimée à 2,2 millions de dollars. Le gouvernement fédéral estime pour sa part que l'événement coûtera au moins 605 millions de dollars.

Selon les chiffres compilés par le groupe de recherche sur le G8 et le G20 de l'Université de Toronto, le dernier sommet canadien, en 2010, aurait coûté environ la moitié de la facture du sommet de La Malbaie. Celui de 2008, à Toyako, au Japon, a la facture la plus salée de tous les sommets avec un total estimé à 559 millions de dollars américains.

De plus en plus loin des manifestants

Si ces sommets internationaux s’accompagnent toujours d’un mouvement de contestation, l’histoire du G7 a vécu un tournant en 2001 avec le sommet de Gênes, en Italie. Des centaines de milliers de personnes ont manifesté leur désaccord et la répression policière a fait un mort. Une première lors d’une rencontre internationale.

Or, pour Pascale Dufour, professeure au département de science politique de l’Université de Montréal, ces mouvements s’inscrivent dans un courant qui tire ses origines des négociations de libre-échange au début des années 1990.

« On se rend compte que [ces rencontres internationales] court-circuitent les processus démocratiques, explique-t-elle. Les textes ne sont pas rendus publics, ne sont pas débattus par les partis politiques. Les acteurs de la société civile se sont donc mobilisés pour renverser cette tendance-là. »

Depuis le sommet de 2001 et aussi après les attentats du 11 septembre de la même année, les rencontres du G7 s’organisent dans des lieux plus éloignés des grands centres urbains : Kananaskis en 2002 (à plus de 85 km de Calgary), Heiligendamm en 2007 (à plus de 250 km de Berlin) ou Taormine (sur l'île de Sicile) l’an dernier.

« C’est une stratégie qui a entraîné une baisse des capacités de mobilisation », souligne Mme Dufour, qui ajoute que des solutions de rechanges ont toutefois été trouvées par la manifestants.

La professeure cite en exemple l’organisation de contre-sommets qui, plutôt qu’être dans une logique de réaction, proposent un cadre où des solutions sont soumises par les militants alter-mondialistes.

Utile le G7?

L’an dernier, le sommet du G7 avait au programme la question des crises en Syrie et en Libye, le terrorisme mené par le groupe armé État islamique (EI), les actions unilatérales en Ukraine par la Russie et les sanctions des Nations unies contre la Corée du Nord.

Un an plus tard, la plupart de ces enjeux demeurent actuels, remettant en question l’influence qu’ont les sept dans le cours de la politique internationale.

« Le G7 n’exécute rien, c’est un lieu de discussion libre », rappelle Louis Bélanger, précisant que le sommet a souvent eu plus de succès dans l’adoption de politiques économiques.

Les divergences d’opinions entre les sept pays en ce qui a trait à la politique internationale rend les consensus plus difficiles, à son avis.

M. Bélanger croit toutefois que le G7 demeure utile, particulièrement lors que les tensions internationales se font plus vives, comme c’est le cas depuis quelques années.

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