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Le gouvernement canadien et la menace nucléaire durant la guerre froide

Alors que le dialogue se poursuit entre la Corée du Nord et les États-Unis, le Canada s'apprête à accueillir une réunion internationale pour discuter de la menace nucléaire. Au temps de la guerre froide, de quelle façon le gouvernement canadien se préparait-il à une éventuelle attaque nucléaire? De nos archives, découvrez les « Diefenbunkers »

Dans les années 60, ce sont les deux superpuissances du monde, les États-Unis et l’URSS, qui s’affrontent dans la guerre froide. La peur d’une attaque nucléaire gagne les Canadiens. Certains se construisent même des abris antinucléaires personnels suivant les recommandations du gouvernement fédéral. Ce dernier a mis sur pied un organisme de prévention : l’Organisation des mesures d’urgence (OMU).

Mais qu’en est-il de nos dirigeants? Dès 1958, le premier ministre du Canada John Diefenbaker prend des dispositions pour protéger les membres du gouvernement. Une quarantaine de centres d’urgence seront créés à travers le pays, dont sept au Québec.

Le bunker du gouvernement du Québec

« Qu’arriverait-il des hommes politiques en cas de guerre nucléaire? » Au Téléjournal du 4 août 1983, le présentateur Jean Ducharme dévoile l’abri antinucléaire conçu pour le gouvernement du Québec.

Le journaliste Daniel L’Heureux visite cet édifice souterrain construit en 1962. Situé à Valcartier, sa localisation était au départ dissimulée. En 1983, les autorités ne jugent plus nécessaire ce secret militaire, mais continuent d’entretenir les lieux.

Des ressources suffisantes sont prévues pour fonctionner durant 14 jours. Le bunker peut abriter 367 personnes : 159 militaires, 138 fonctionnaires fédéraux et 70 fonctionnaires québécois. En cas d’attaque nucléaire, ces dirigeants pourraient y trouver refuge afin de continuer à gérer le pays et déployer un plan de survie. Un studio radio a aussi été conçu pour la Société Radio-Canada, chargée d’informer la population.

L’évaluation du niveau d’alerte

« Et si ça sautait? » Anne-Marie Dussault donne le ton dans cet extrait de l’émission Contrechamp du 7 décembre 1983. La journaliste rencontre André Tremblay, directeur de Planification Urgence Canada au Québec.

Pour ce dernier, la menace nucléaire est réelle. Il évalue à 50 % la possibilité d’une guerre nucléaire et à 70 %, celle d’un accident nucléaire provoqué par la course à l’armement. Son rôle est de protéger les citoyens au lendemain d’une attaque à partir du bunker de Valcartier. Des mesures d’urgence ont été prévues pour 30 jours et des abris communautaires ont été identifiés contre d’éventuelles retombées radioactives.

« Est-ce qu’il n’y a pas un côté inutile ou illusoire de se préparer pour la survie? », lui demande la journaliste Anne-Marie Dussault, circonspecte.

Un abri gouvernemental en Nouvelle-Écosse

Le gouvernement canadien a aussi investi dans un abri antinucléaire en Nouvelle-Écosse. Le Camp Debert, situé à 120 kilomètres d’Halifax, se veut le siège régional du gouvernement d’urgence. À l’émission Hebdo dimanche du 5 juin 1983, la journaliste Gisèle Boulay-Simmchen en fait la visite.

Le Camp Debert est très semblable au bunker prévu pour le gouvernement au Québec. Il a été construit dans les mêmes années et comporte des installations similaires. Tout comme celui de Valcartier, il est réservé exclusivement aux dirigeants.

En filigrane, le reportage dénonce le manque de vision du gouvernement fédéral en matière de protection civile. « Personne n’est préparé au Canada pour une guerre nucléaire », affirme ironiquement le représentant régional de Planification Urgence Canada.

Le « Diefenbunker » de la capitale canadienne

C’est en banlieue d’Ottawa qu’on trouve l’abri antinucléaire gouvernemental le plus imposant, conçu pour accueillir le premier ministre du Canada et son entourage. Il est fermé depuis seulement 3 ans lorsque le journaliste Maxence Bilodeau le visite dans le cadre du Téléjournal du 10 août 1997.

Situé dans le village de Carp, le Diefenbunker est nettement plus spacieux que les autres abris gouvernementaux répartis dans le pays. En plus des installations habituelles, il comprend une cafétéria avec des vivres pour un an, une voûte de la Banque du Canada et même, une salle de détente avec tables de billard.

Durant près de quatre décennies, 200 personnes y ont travaillé. Puis, après sa fermeture en 1994, d’anciens employés ont commencé à y organiser des visites.

Le projet de Musée canadien de la Guerre froide, évoqué dans le reportage, deviendra réalité en 1998. Le Diefenbunker a ainsi pu trouver un autre mandat, mais est-ce le cas de tous ces abris antinucléaires gouvernementaux construits à travers le pays?

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