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Le Guatemala déterminé à tourner la page sur la corruption

Le nouveau président assermenté du Guatemala a appelé tous les hauts responsables du gouvernement à démissionner et a promis une administration honnête et inclusive, à la suite de la démission-surprise plus tôt jeudi du président Otto Pérez Molina, au coeur d'enquêtes sur des allégations de corruption.

Alejandro Maldonado a tendu la main aux manifestants ayant pris d'assaut les rues de la capitale pour décrier la corruption. Il leur a promis de « laisser un héritage d'honnêteté » et de rétablir la confiance envers la démocratie dans ses quelques prochains mois en fonction.

Un porte-parole présidentiel, Jorge Ortega, avait précisé plus tôt que le président Pérez Molina avait soumis sa démission à minuit, jeudi matin, après qu'un juge eut ordonné sa comparution pour un scandale de fraude douanière qui a déjà conduit la vice-présidente guatémaltèque en prison et forcé la démission de certains ministres.

C'est la première fois qu'un président démissionne au Guatemala. Le Congrès a unanimement accepté la démission de M. Pérez Molina. Le vice-président Alejandro Maldonado, qui avait récemment pris ces fonctions après que sa prédécesseure eut démissionné, a été assermenté nouveau président du pays.

M. Pérez Molina s'est présenté devant un juge comme demandé jeudi, non sans avoir tout d'abord déclaré à la radio qu'il n'avait « aucune confiance » envers la justice de son pays. La procureure générale du Guatemala, Thelma Aldana, a annoncé son intention de demander sa mise en détention pendant que l'enquête se poursuit. (L'agence Reuters a confirmé, plus tard, que le tribunal avait ordonné sa détention).

Des manifestants, des hommes d'affaires et des représentants de l'Église catholique réclamaient le départ de M. Pérez Molina depuis plusieurs semaines, au fur et à mesure que le scandale prenait de l'ampleur et éclaboussait de plus en plus de dirigeants.

Sa démission a été applaudie par plusieurs militants des droits de la personne du pays, qui estiment que cela montre que « personne n'est au-dessus de la loi ».

« Vous ne devez pas croire que votre travail est terminé, a dit M. Maldonado à l'endroit des gens réclamant du changement. Dans ce qu'il reste de l'année, il doit y avoir une réponse positive. »

M. Pérez Molina semblait déterminé à s'accrocher au pouvoir à tout prix, jusqu'à l'annonce de cette décision sans précédent du juge - qui assène le coup le plus dur jusqu'à ce jour à une culture de corruption bien enracinée dans ce pays d'Amérique centrale.

M. Ortega a expliqué aux journalistes que M. Pérez Molina avait finalement décidé de démissionner « pour protéger l'institution de la présidence et résoudre par lui-même les problèmes judiciaires dont il fait l'objet ».

Otto Pérez Molina, 64 ans, maintient son innocence et entend en faire la preuve face à la justice.

M. Maldonado - un avocat conservateur et un ancien juge de la Cour constitutionnelle - avait été choisi pour remplacer la vice-présidente Roxana Baldetti, qui a démissionné le 8 mai en lien avec le même scandale. Elle est actuellement incarcérée et maintient elle aussi son innocence.

Des hommes d'affaires auraient versé des pots-de-vin pour éviter d'acquitter les droits à l'importation, ce qui aurait privé l'État guatémaltèque de millions de dollars.

C'est la première fois qu'un président du Guatemala en poste est passible de poursuites, bien que dans le passé, quelques autres présidents aient été accusés après avoir quitté leurs fonctions.

Il était déjà interdit à M. Pérez Molina de quitter le pays et le Congrès lui avait retiré son immunité mardi.

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