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Le mariage entre Silicon Valley et Donald Trump sera difficile

Depuis une semaine, les gourous du numérique sont anxieux et se demandent ce que leur réservera l’avenir sous la présidence de Donald Trump. Personne à Silicon Valley ne s’était vraiment préparé à l’arrivée du milliardaire à la Maison-Blanche. Le choc dans la mecque des nouvelles technologies est violent.

« Beaucoup de gens souffrent de dépression, dit avec le sourire Steve Goddard, un ingénieur spécialisé dans la reconnaissance de visages. Les patrons, les employés, les ingénieurs, les créateurs, tout le monde est stupéfait. On sent beaucoup de colère. »

Donald Trump n’a jamais été reconnu pour être le candidat à la présidence le plus intéressé et le plus près de Silicon Valley. En campagne électorale, il a à peine parlé de l’importance des nouvelles technologies pour les États-Unis et ne s’est jamais adressé au quart de millions de personnes qui travaillent dans cette région du pays.

Au-delà de ses commentaires misogynes et racistes, plusieurs de ses engagements ont aussi fait sursauter dans cette région branchée de la Californie. À commencer par sa promesse de renégocier plusieurs accords de libre-échange internationaux et de fermer les frontières en taxant les produits en provenance de l’étranger. Des décisions, selon plusieurs analystes de l’industrie des hautes technologies, qui pourraient compromettre le développement de centaines d’entreprises à Silicon Valley.

« Les décisions de Donald Trump pourraient définitivement nuire dans la région, croit Thomas Lee, un chroniqueur économique pour le quotidien San Francisco Chronicle. Surtout s’il joue à fond la carte de la mondialisation et s’il s’entête à rapatrier des emplois de la Chine. »

De « la folie »

Au cours des dernières semaines, Donald Trump a affirmé qu’il forcerait le géant Apple à produire ses appareils en sol américain s’il devenait président . En ce moment, seuls les Mac Pro sont manufacturés aux États-Unis. Les iPhone, iPad et autres appareils de la compagnie de Cupertino sont fabriqués en Chine et dans d’autres pays d’Asie.

Pour renverser ce phénomène, Donald Trump a promis lors de la campagne électorale qu’il imposerait une taxe de 45 % sur les produits importés de la Chine. Cela comprendrait les iPhone et iPad qu’Apple doit ramener au pays pour les vendre sur le marché américain.

« C’est de la folie, dit avec mépris le chroniqueur Thomas Lee. Qui Trump croit-il punir? Les entreprises comme Apple ne seront plus compétitives au niveau international et les États-Unis perdront encore plus d’emplois. »

La nouvelle a rendu la Chine furieuse et Pékin a déjà annoncé qu’elle contre-attaquerait si le nouveau président va de l’avant avec sa promesse. Dans un éditorial, le quotidien d’État Global Times indique que la Chine « répondra du tac au tac aux États-Unis », que le géant asiatique remplacera ses commandes de Boeing par des Airbus et que les ventes de voitures américaines et d'iPhone souffriront.

L’immigration est primordiale pour Silicon Valley

Donald Trump s’est aussi engagé à resserrer les normes en matière d’immigration. Une autre décision qui pourrait être désastreuse pour Silicon Valley, disent les analystes, puisque de nombreux cadres sont étrangers et que la région connait depuis des années une pénurie d’ingénieurs et de programmeurs informatiques, qu’elle doit aller embaucher sur d’autres continents.

Pour le président d’Hyperloop Shervin Pichevar, dont l’entreprise travaille sur un projet de transport terrestre à grande vitesse, la menace du gouvernement Trump est tellement grande que Silicon Valley doit agir.

L’investisseur a d’ailleurs annoncé sur Twitter qu’il était maintenant en faveur du mouvement de séparation de la Californie. Une sortie publique qui a fait grand bruit dans la Valley. Le millionnaire promet maintenant de publier au cours des prochaines semaines une plateforme politique pour arriver à ses fins.

« Du calme dit Basheer Janjua, qui préside le forum CTO des gens d’affaires les plus influents de Silicon Valley. Donnons d’abord la chance au nouveau président Trump. »

« Donald Trump est un homme d’affaires aguerri et je crois qu’il comprendra nos enjeux », explique-t-il.

Après des années passées au soleil, le ciel de Silicon Valley semble donc subitement s’obscurcir. Seul bémol dans le paysage, les baisses d’impôt promis par l’administration Trump, qui pourraient profiter aux géants de l’industrie.

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