L’endroit semble tout droit tiré d’un film de science-fiction. Des centaines de milliers de miroirs géants alignés à perte de vue au pied de l’Atlas, aux portes du désert Marocain.

Du matin jusqu’au soir, ils suivent le mouvement du soleil en un lent ballet parfaitement coordonné.

Bienvenue à Noor 1, première centrale électrique solaire du Maroc, érigée à Ouarzazate, dans le centre du pays. Entrée en fonction il y a quelques mois à peine, Noor 1 - qui veut dire lumière en arabe - est sortie de terre en un temps record.

Aïda Kabbaj a du mal à croire la transformation qui s’est opérée ici. Cette jeune ingénieure à l’emploi de MASEN, l’agence marocaine d’énergie durable, se souvient encore de l’aspect du paysage avant le début de la construction. « Ça ressemblait à la planète Mars, dit-elle. Il n’y avait rien, juste de la terre rouge. »

De la terre rouge, mais aussi du soleil, beaucoup de soleil. Car, si le site Ouarzazate a été choisi, c’est en raison de son potentiel exceptionnel. Chaque mètre carré du sol ici représente un potentiel de 2600 kWh par an, explique avec enthousiasme Youssef Stitou.

La production annuelle de la première phase de développement du site, Noor 1, est estimée à 500 GWh, explique-t-il. Assez pour fournir de l’électricité 600 000 habitants pendant un an.

Ici, au Maroc, on a beaucoup de ressources renouvelables, comme le solaire, l’éolien, l’hydraulique. Et, malheureusement, toutes ces ressources n’étaient pas exploitées avant. C’était perdu. Mais maintenant, il y a un plan pour construire beaucoup de centrales.

Youssef Stitou, employé de MASEN

La centrale Noor est de type thermosolaire. Les miroirs paraboliques font converger les rayons du soleil vers des tuyaux dans lesquels circule un liquide, faisant monter sa température jusqu’à près de 400 degrés Celsius. Cette chaleur est ensuite utilisée pour faire bouillir de l’eau et faire tourner des turbines pour produire de l’électricité.

L’avantage de cette technologie est de permettre de stocker l’énergie, sous forme de chaleur, et donc de continuer à générer de l’électricité même après le coucher du soleil.

La puissance de Noor 1 est relativement modeste. 160 MW, soit environ 100 fois moins que le complexe de la Baie James. Mais ce n’est qu’un début, car deux autres centrales thermosolaires (Noor 2 et 3) sont déjà en construction et une quatrième centrale, photovoltaïque celle là, est déjà prévue.

À terme, Noor est appelée à devenir la plus grande centrale solaire au monde. Au total, le Maroc prévoit produire, d’ici quelques années, 2000 MW à partir des rayons du soleil.

Le plan vert lancé par le roi Mohamed VI vise à ce que 52 % de l’électricité consommée chaque année au Maroc soit produite à partir d’énergies renouvelables, dont 14 % d’énergie solaire. Un plan ambitieux, mais nécessaire pour soutenir la croissance de l’économie et de la population.

Le Maroc n’ayant pas de ressources en hydrocarbures, il s’agissait, selon le président de MASEN Mohamed Bakkoury, de tirer le meilleur parti des ressources disponibles : le soleil, le vent et les cours d’eau, des ressources qui étaient jusque-là sous exploitées.

Le fait de ne pas avoir de ressources fossiles a bien sûr beaucoup compté dans la décision. Mais il y avait aussi cette sensibilité à l’environnement qu’il faut à un moment donné traduire en actes concrets. Nous avons choisi de transformer nos contraintes en occasion.

Mohamed Bakkoury, président de MASEN

Une occasion aussi de devenir un leader en matière d’énergies propres sur le continent africain. Depuis quelques années, le pays a formé des milliers de travailleurs spécialisés dans ce domaine. Aïda Kabbaj par exemple a été recrutée par MASEN dès sa sortie de l’école de génie. Elle ne cache d’ailleurs pas sa fierté d’être associée à un projet si novateur.

La construction de chaque centrale a créé plus de 2000 emplois. Et si 75 personnes suffisent à opérer par la suite ces installations fortement automatisées, ce sont des postes hautement spécialisés.

Chaque soir, au coucher du soleil, des camions-citernes munis de bras robotisés au bout desquels tournent des brosses, arpentent les allées pour nettoyer les miroirs afin d’assurer une performance maximale.

L’entretien est ici minutieux, histoire de garantir la pérennité à très long terme des installations, s’assurer qu’elles soient en état de servir très longtemps. Car, contrairement aux hydrocarbures, le soleil est une source qui n’est pas près de se tarir.

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