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Le mémo controversé critiquant le FBI est publié

Un mémo critiquant le travail du FBI dans l'enquête sur l'ingérence russe lors de la présidentielle de 2016 a finalement été rendu public vendredi midi, après que le président Donald Trump eut autorisé sa publication.

« Ce qui se passe dans notre pays est une honte [...] Beaucoup de gens devraient avoir honte », a lancé le président Trump lors d'un bref échange avec les journalistes dans le Bureau ovale, après avoir annoncé sa décision.

Le mémo en question est controversé parce qu'il a été rédigé par du personnel politique travaillant pour la commission du renseignement de la Chambre des représentants, qui est dirigée par le républicain Devin Nunes.

Il est considéré comme explosif parce qu'il remet en question « la légitimité et la légalité » de méthodes utilisées par la police fédérale américaine et le département américain de la Justice dans le cadre de l'enquête.

Il conclut plus précisément, peut-on y lire, à « une défaillance troublante du processus judiciaire établi pour protéger les Américains d'abus relativement au FISA [Foreign Intelligence Surveillance Act] », la loi qui encadre les demandes de surveillance électronique faites par le département de la Justice sur recommandation du FBI.

Les commentaires du président Trump ne laissent guère de doute quant au fait qu'il partage cet avis.

Que contient le mémo?

Le mémo s'attarde à la surveillance électronique dont a fait l'objet Carter Page, qui a agi comme conseiller de Donald Trump lors de sa campagne présidentielle. Ce dernier était visé par une enquête du FBI dès l'automne 2016, avant que les Américains n'aillent aux urnes.

Selon les informations contenues dans le mémo, les responsables du FBI et du département de la Justice auraient cependant omis de présenter aux juges appelés à autoriser ces écoutes « du matériel et des informations » potentiellement favorables à M. Page.

Il y est ainsi écrit que ces demandes de surveillance s'appuyaient sur un dossier compilé par l'ex-espion britannique Christopher Steele, mais sans préciser que ce dernier avait reçu 160 000 $ de la part du Parti démocrate et de l'équipe de campagne de Hillary Clinton pour son travail.

Cet argent a été versé par l'entremise de la firme GPS Fusion et de la firme d'avocats Perkins Coie.

« Ni la demande initiale [d'écoute] faite en octobre 2016 ni les demandes subséquentes n'ont été accompagnées d'informations ou de références au rôle du Comité national démocrate, de la campagne de Clinton ou de leurs efforts pour financer Steele, même si les origines politiques du dossier Steele étaient connues de hauts responsables du département de la Justice et du FBI », peut-on y lire.

La demande d'écoute de Carter Page s'appuyait en outre sur un article publié le 23 septembre 2016 par Yahoo News, dans lequel il était question d'un voyage à Moscou fait par M. Page en juillet. Or selon les auteurs du mémo, « cet article ne corrobore pas le dossier Steele parce qu'il provient d'informations coulées par Steele lui-même à Yahoo News ».

La demande faite par le FBI et approuvée par le département de la Justice « « avance incorrectement que Steele n'a pas fourni l'information à Yahoo News », indique le mémo. « Steele a admis dans une déposition judiciaire britannique qu'il a rencontré Yahoo News - et d'autres médias - en septembre 2016, à la demande Fusion GPS », précise le document.

Le FBI a mis fin à sa relation avec Christopher Steele après que ce dernier eut brisé son serment de confidentialité en confirmant au magazine Mother Jones qu'il travaillait avec le FBI à la fin d'octobre 2016, indique le mémo. M. Steele a néanmoins maintenu des contacts avec Bruce Ohr, procureur général adjoint associé des États-Unis.

Selon le mémo, M. Ohr avait pourtant enregistré dès le mois de septembre 2016 des propos de M. Steele selon lesquels il souhaitait « désespérément » que M. Trump ne soit pas élu. Cette « preuve claire du biais de Steele » n'a pas davantage été mentionnée dans la demande d'écoute faite par la suite.

Il appert en outre que la femme de M. Ohr travaillait pour Fusion GPS, mais que cette information n'a jamais été fournie au juge fédéral qui a autorisé l'écoute électronique.

Acte partisan ou d'intérêt public?

Les républicains soutiennent qu'il est d'intérêt public de publier ces informations, puisqu'elles braquent la lumière sur le travail d'employés du gouvernement.

Les démocrates plaident plutôt que sa publication constitue une manoeuvre strictement partisane, destinée à miner la crédibilité de l'enquête menée par le procureur spécial Robert Mueller, qui mène l'enquête sur l'ingérence russe.

Le FBI s'est lui-même prononcé contre la publication du mémo cette semaine, disant entretenir de « graves inquiétudes » quant à son contenu, en arguant qu'il contient des inexactitudes et des informations qui devraient demeurer confidentielles.

L'Association des agents du FBI a d'ailleurs publié une déclaration dans les minutes qui ont suivi la publication du mémo pour assurer les Américains qu'ils sont « bien servis » par le FBI.

« Les agents du FBI n'ont pas, et ne vont pas permettre à la politique partisane de nous distraire de notre engagement solennel envers notre mission. »

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