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Le Pakistan accusé de rapatrier par la force des réfugiés afghans avec la complicité de l'ONU

Un rapport publié lundi par Human Rights Watch (HRW) accuse le Pakistan de recourir à la force et aux menaces pour rapatrier des réfugiés afghans par centaines de milliers, avec la « complicité » du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

« Il s’agit du rapatriement forcé le plus massif observé dans le monde au cours des dernières années », affirme l’organisation non gouvernementale dans un rapport publié lundi à Kaboul.

Selon HRW, pas moins de 365 000 des 1,5 million de réfugiés afghans dûment enregistrés auprès du HCR au Pakistan ont été « repoussés » vers leur pays d’origine dans les six derniers mois de 2016, en dépit de la guerre qui fait toujours rage et de la pauvreté endémique qui y règne.

Quelque 200 000 autres réfugiés, ceux-là sans papier - sur un total de 1 million – ont également repris le chemin de l’Afghanistan.

HRW relate par exemple le cas d’un Afghan qui est rentré à Kaboul avec sa femme et leurs deux enfants après que 11 soldats pakistanais sont venus chez lui à 3 h du matin.

Ils ont jeté toutes nos affaires par terre […], puis ils ont volé tout notre argent et nous ont ordonné de quitter le Pakistan.

Témoignage d'un Afghan expulsé

Le HCR a pour sa part « promu le rapatriement des Afghans », indique le rapport, en doublant l’allocation qui leur est offerte, la faisant passer de 200 $ US à 400 $ US par personne. Il se rend du coup « complice des violations » de leurs droits.

L’agence onusienne « est restée silencieuse face à ces refoulements à grande échelle, sans dénoncer une seule fois le fait que beaucoup de ces rapatriés fuyaient d'abord les abus de la police [...] ni dénoncer l'attitude du Pakistan, contraire au droit international », peut-on lire dans le rapport. « À la place, l'agence a en public évoqué des "rapatriements volontaires assistés" ».

Patricia Gossman, membre de l’équipe de HRW en Afghanistan, dit que le rapport vise à lancer l’alerte sur cette situation, en vue d’une rencontre sur le sort des réfugiés qui doit réunir cette semaine des responsables de l’ONU, de l’Afghanistan et du Pakistan.

« Nous voulons nous assurer que ce qui s’est produit l’automne dernier ne se répète pas », a-t-elle expliqué, en évoquant « une combinaison toxique de menaces de déportations et d’abus policiers ».

Selon HRW, l’agence a suspendu ces versements au début du mois de novembre, en faisant valoir des difficultés de trésorerie, mais a annoncé son intention de les reprendre le 1er mars.

« Ce qu’il nous faut, ce n’est pas plus d’argent pour favoriser un retour vers des souffrances, mais plus d’argent pour aider le Pakistan à protéger les réfugiés afghans au Pakistan », commente l’un des auteurs du rapport, Gerry Simpson.

« Le HCR ne fait pas la promotion de retours en Afghanistan étant donné le conflit qui perdure dans plusieurs endroits du pays et sa capacité d’absorption limitée », a réagi une porte-parole de l’agence onusienne, Ariane Rummery.

« En même temps, l’agence aide ceux qui décident de retourner en raison des options qui s’offrent à ceux », poursuit-elle.

« Il y a eu des cas de pressions et de harcèlement, particulièrement dans la province de Khyber Pakhtunkhwa », frontalière avec l’Afghanistan, a reconnu pour sa part la représentante pakistanaise au HCR, Indrika Ratwatte.

« Mais est-ce qu’il s’agit de retours forcés? Non », poursuit-elle, en assurant que ces problèmes ont été « réglés » et que les réfugiés qui retournent en Afghanistan le font volontairement.

Le HCR demande au Pakistan de mettre fin aux abus policiers et aux menaces de rapatriement, et de prolonger les permis de réfugiés au moins jusqu’au 31 mars 2019. Jusqu’à nouvel ordre, ces permis sont valides jusqu’au 31 décembre prochain.

M. Simpson plaide également pour que le HCR cesse « d’alimenter la fiction présentant le rapatriement forcé massif des réfugiés afghans depuis le Pakistan comme un rapatriement volontaire en masse ».

« Si le HCR pense que donner de l’argent aux réfugiés rapatriés est la meilleure manière de les aider à survivre en Afghanistan, il devrait au moins indiquer clairement qu’il ne considère pas leur retour comme volontaire », ajoute-t-il.

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