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Le pape François prononce le mot « Rohingya » lors de sa visite au Bangladesh

Après avoir observé une stricte réserve diplomatique lors de son passage au Myanmar en n'évoquant jamais directement les Rohingyas, le pape François a finalement prononcé le mot tant attendu vendredi lors d'une rencontre avec des réfugiés à Dacca au Bangladesh, où quelque 620 000 Rohingyas vivent entassés dans des camps.

Au terme de sa rencontre avec une délégation de 18 réfugiés musulmans, le pape François a déclaré que la présence de Dieu sur terre porte aussi le nom de « Rohingya », faisant écho à la souffrance de ce peuple dont traitent tous les médias de la planète.

Bien qu'il ait dénoncé à de nombreuses reprises le sort réservé aux populations rohingyas du Myanmar ces derniers mois, le pape François avait accepté de se montrer plus discret lors de son passage dans ce pays, à la demande de ses conseillers et des communautés catholiques birmanes, qui redoutaitent des représailles dans cette région en proie à des tensions religieuses croissantes.

Ces dernières années, près d'un million de Rohingyas ont fui au Bangladesh les persécutions et la répression dont ils sont l’objet au Myanmar. Les camps où ils vivent en attendant une solution à la crise sont insalubres, surpeuplés et dangereux, surtout pour les femmes et les enfants, rapportent de nombreux observateurs étrangers et ONG.

Considérés comme des « étrangers bengalis » par la majorité bouddhiste birmane, les Rohingyas se sont vus retirer tous leurs droits et leur citoyenneté par la junte, en 1982. Ils sont depuis l'objet de persécutions régulières de la part de la population et de l'armée birmanes.

Accusée par l’ONU et de nombreux pays de se livrer à une politique d’épuration ethnique contre la minorité rohingyas, l’armée birmane nie tout. Selon l’armée, les Rohingyas ne seraient pas directement visés par « l’offensive antiterroriste » qu’elle affirme mener dans l’État de Rakhine, où vivaient plus d’un million de Rohingyas depuis plus de deux siècles.

Or, selon de nombreux témoignages d’ONG et de réfugiés, les militaires chassent systématiquement les musulmans rohingyas de leurs villages, qu’ils brûlent ensuite pour empêcher les habitants d'y revenir.

Un accueil chaleureux pour le Saint-Père

Peu avant sa rencontre avec la délégation rohingya, le pape a été accueilli à Dacca par plus de 100 000 fidèles catholiques qui lui ont réservé un accueil chaleureux.

La venue du chef de l’Église catholique au Bangladesh, un pays majoritairement musulman, est un événement très spécial pour la minorité chrétienne du pays qui compte environ 375 000 catholiques.

Portant une couronne de fleurs au cou, le pape François a circulé en papemobile autour du parc où se pressaient les fidèles pour le saluer. Plus de 4000 policiers ont été déployés pour assurer le contrôle de la foule et la sécurité du souverain pontife.

Venus des quatre coins du pays pour voir et entendre le chef de leur Église, les fidèles bangladais ont scandé « Viva il papa », au passage du pape François dans son véhicule ouvert, fabriqué spécialement pour cette visite.

Les frais entourant le voyage de trois jours du pape au Bangladesh ont été majoritairement payés à partir de dons des fidèles dans ce pays, qui compte parmi les plus pauvres de la terre.

« Je sais que vous êtes venus de loin, faisant parfois plus de deux jours de route. Merci pour votre générosité », a lancé le pape aux fidèles lors d’une messe qui soulignait l'ordination de 16 nouveaux prêtres dans ce pays qui en compte moins de 400.

Cette visite du chef de l’Église catholique est la première au Bangladesh depuis le passage de Jean Paul II en 1986.

Des tensions religieuses qui inquiètent les catholiques bangladais

Pendant ce temps, au Bangladesh, où les chrétiens représentent 0,24 % de la population, l’inquiétude s’accroît dans les communautés face à la montée de l’extrémisme islamique dans le pays envers les minorités religieuses.

« Je n'aime pas cela, mais nos églises sont gardées 24 heures sur 24 depuis trois ans », a expliqué à l’Agence France-Presse le cardinal du pays, Patrick D'Rozario.

Selon une femme catholique interrogée par la presse, les membres de minorités religieuses ont commencé à avoir peur au Bangladesh, car des incendies suspects se sont multipliés ces derniers mois dans des quartiers chrétiens.

Introduit sur le territoire aujourd’hui occupé par le Bangladesh au 16e siècle par des marchands portugais, le christianisme est considéré comme une religion relativement nouvelle dans ce pays qui a vu naître l’hindouisme et le bouddhisme, plus de six siècles avant la naissance du Christ.

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