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Le Parlement européen tend la main au Canada et à la Wallonie pour sauver l'accord de libre-échange

Le projet d'accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne (UE) a peut-être une mince chance de survie : après que le Canada eut claqué la porte des négociations vendredi, le Parlement européen a annoncé in extremis la tenue d'une rencontre tôt, samedi matin, pour tenter de « raviver » les pourparlers.

Un texte d'Anne Marie Lecomte

Il n'est toutefois pas certain que les parties répondront présentes. Le bureau de la ministre canadienne du Commerce international ne pouvait confirmer, vendredi soir, si Chrystia Freeland participerait à cette rencontre avec le président du Parlement européen, Martin Schulz.

A également été convié à cette réunion inespérée le ministre-président de la Wallonie, Paul Magnette, porte-parole d'une région belge de 3,6 millions d'habitants réfractaire à la libéralisation éventuelle des échanges commerciaux entre l'UE et le Canada.

« Nous ne pouvons nous arrêter dans le dernier mille », a écrit M. Schulz sur Twitter en fin de journée vendredi.

Il s'agit d'une ultime tentative pour redonner vie à un accord qui éliminerait environ 98 % des tarifs douaniers entre le Canada et les 28 pays membres de l'Union européenne.

L'Union européenne n'est pas prête, selon Chrystia Freeland

Plus tôt dans la journée, le projet d'accord, fruit de sept années de pourparlers ardus, semblait avoir frappé un mur.

Dans le but de vaincre la résistance des Wallons, la ministre Freeland avait effectué une visite de dernière minute dans leur capitale, Namur. Une visite qui s'est terminée en queue de poisson.

« Je pense que c'est impossible [d'arriver à une entente] et nous avons décidé de retourner chez nous », avait déclaré Chrystia Freeland, visiblement déçue d'échouer - dans ce qui semblait être le dernier droit - à conclure ce premier accord commercial du bloc européen avec un pays du G7.

Il s'agissait, pour Mme Freeland qui avait quitté Bruxelles quelques heures plus tôt, d'arracher aux Wallons une approbation que le reste de la Belgique avait déjà donnée à l'AECG (Accord économique et commercial global). Peine perdue.

Mais la perche tendue en fin de journée par le président du Parlement européen permettra peut-être aux négociateurs de franchir la ligne d'arrivée, jeudi prochain, jour prévu pour la ratification de l'AECG. Le premier ministre canadien Justin Trudeau est d'ailleurs attendu à Bruxelles à cette fin.

Des milliards de dollars d'exportations

L'AECG doit établir les règles des échanges commerciaux entre des marchés de 500 millions d'Européens et de 36 millions de Canadiens.

Et il a son importance pour Ottawa, compte tenu que l'Union européenne est son second partenaire commercial en importance, après les États-Unis.

En 2014, les exportations canadiennes vers l'UE totalisaient près de 40 milliards de dollars. Les importations européennes vers le Canada s'élevaient, cette même année, à 53 milliards de dollars.

La Wallonie comprend le Canada, mais...

Tout semblait fonctionner pour que l'AECG voie le jour... Jusqu'à ce que la Wallonie, région comptant 3,6 millions d'habitants, devienne « le dernier endroit en Europe où l'on s'oppose à ce qui est sur la table », comme l'avait affirmé le premier ministre fédéral belge Charles Michel, favorable, lui, à l'accord.

En Belgique, le gouvernement belge ne peut donner son aval à l'entente sans le soutien de ses cinq régions ou communautés.

Et le Parlement wallon a voté contre, inquiet des menaces que l'AECG fait peser à ses yeux « dans le domaine agricole, les services publics ou les mécanismes d'arbitrage en cas de conflit entre les États et des multinationales, », comme l'a expliqué le ministre-président wallon Paul Magnette en entrevue au quotidien Le Monde, jeudi.

Vendredi, M. Magnette a dit comprendre l'impatience des Canadiens : « Ça fait pour eux sept années de discussion. Mais pour nous, Wallons, ça fait seulement 15 jours qu'on est dans le dossier ».

« Et c'est compliqué pour moi de dire au Parlement qu'il faut décider tout de suite, aujourd'hui », a-t-il poursuivi.

Pourquoi les Wallons n'ont-ils pas réagi plus tôt?

Paul Magnette affirme avoir reçu la version définitive de l'accord il y a moins d'un an. Il dit avoir alerté les autorités concernées « des problèmes » que cet accord posait aux Wallons, dès le 2 octobre 2015. Et il affirme avoir reçu une première réponse le 4 octobre 2016, soit un an plus tard, « à seulement 23 jours du sommet avec le Canada ».

Le Québec ne perd pas espoir

Vendredi, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, affirmait ne pas avoir abandonné l'espoir qu'un arrangement soit pris avec les Européens. « C'est un peu tôt pour déclarer que cette histoire est terminée, a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse avec son homologue ontarienne, Kathleen Wynne, au sujet d'ententes conclues entre les deux provinces, dont une portant sur l'hydro-électricité.

Cependant, le premier ministre québécois affirme qu'advenant l'échec définitif de ces négociations, il faudra en conclure que « le discours protectionniste, négatif et populiste est en train d'envahir plusieurs endroits du monde ». De l'avis de M. Couillard, ce sont les populations, les Belges notamment, qui vont en souffrir le plus au plan économique.

Pour sa part, Jean Charest considère que la ministre Freeland a lancé le signal suivant aux négociateurs européens : « Parlez-vous, parce que nous [le Canada], on a fait ce qu'on avait à faire ». M. Charest avait joué un rôle-clé dans la relance des pourparlers canado-européens lorsqu'il était premier ministre du Québec.

À Ottawa, l'opposition conservatrice, par la voix de son porte-parole en matière de commerce international, Gerry Ritz, a critiqué la décision de Mme Freeland de se retirer des pourparlers. « Avec 28 États membres, on sait qu'on va frapper un mur à quelques occasions [...], a dit M. Ritz. Mais ce n'est pas une raison de jeter l'éponge et de s'en aller ».

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