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Le patron d'un quotidien d'opposition est arrêté en Turquie

Le patron du quotidien d'opposition Cumhuriyet, réputé pour son hostilité envers le président turc Reccep Tayyip Erdogan, a été arrêté vendredi.

Selon le site Internet du journal, Akin Atalay a été arrêté à l'aéroport Atatürk d'Istanbul, à sa sortie d'un vol en provenance de Berlin. Il était visé par un mandat d'arrêt pour « activités terroristes ».

Sa femme, qui l'accompagnait, croit que son arrestation ouvre la voie à la mise sous tutelle de Cumhuriyet, un journal de centre gauche fondé en 1924 et demeuré fidèle aux principes laïques du fondateur de la Turquie moderne, Mustafa Kemal Atatürk. L'avocat du journal, Bahri Belen, dénonce une « opération politique » sans base légale.

L'affaire alimentera sans contredit les organisations de défense des droits de l'homme et de la liberté de la presse, qui accusent le pouvoir en place de profiter de l'état d'urgence, en vigueur depuis le coup d'État raté du 15 juillet, pour étouffer toute opposition.

La semaine dernière, neuf journalistes de Cumhuriyet, dont le rédacteur en chef, Murat Sabuncu, ont aussi été placés en détention. Le journal avait néanmoins assuré qu'il lutterait « jusqu'au bout », malgré les purges menées par les autorités dans la foulée du putsch avorté.

Ankara avait également évoqué une enquête pour « activités terroristes » en lien avec le prédicateur en exil Fethullah Gülen pour justifier les arrestations des neuf journalistes. M. Gülen, exilé depuis des années aux États-Unis, est désigné par le président Erdogan comme l'organisateur du coup d'État.

Cumhuriyet n'en est pas à ses premiers démêlés avec le pouvoir turc. Il est dans la ligne de mire des autorités depuis qu'il a publié en 2015 une retentissante enquête, vidéos à l'appui, soutenant que les services secrets turcs avaient fourni des armes à des rebelles islamistes en Syrie.

L'affaire avait soulevé l'ire du président Erdogan, qui avait prévenu que le rédacteur en chef de l'époque, Can Dündar, allait payer le prix fort. Ce dernier a effectivement été accusé de « divulgation de secrets d'État » et condamné à cinq ans et dix mois de prison en mai dernier. Il avait cependant réussi à se réfugier en Allemagne au préalable.

Selon l'Association des journalistes de Turquie (TGC), 170 organes de presse ont été fermés, 105 journalistes ont été placés en détention et 777 cartes de presse ont été annulées depuis la tentative de coup d'État.

La Turquie est 151e au classement mondial de la liberté de la presse dressé par Reporters sans frontières en 2016, derrière le Tadjikistan et juste devant la République démocratique du Congo.

Le représentant de RSF en Turquie, Erol Önderoglu, est actuellement jugé à Istanbul pour « propagande terroriste » pour avoir participé à une campagne de solidarité avec un quotidien prokurde.

Faisant fi de toute critique à leur endroit, les autorités turques nient toute atteinte à la liberté de la presse et affirment que les seuls journalistes arrêtés sont ceux liés à des « organisations terroristes », expression désignant aussi bien le réseau güléniste que le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

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