Au moment où le président Xi Jinping s'apprête à se voir confier les rênes de la Chine pour un second mandat et à cimenter son pouvoir, voici quelques portraits et des préoccupations de Chinois qui ont accepté de nous rencontrer.

Un texte d'Anyck Béraud, correspondante en Chine

Il faut croire sur parole Shi Anli quand elle vous dit qu’elle a 75 ans. Car elle ne les fait vraiment pas. Encore moins quand cette femme toute menue se met à faire, au beau milieu de l’entrevue, des exercices énergiques. Les bras en l’air sur la pointe de pieds. Avant de se plier en deux pour toucher le sol. Plusieurs fois. Le tout avec le sourire.

À peine essoufflée, cette docteure explique qu’il s’agit d’un des préceptes de la médecine traditionnelle, qui est sa passion et son mode de vie depuis toujours.

Elle nous montre ici et là, sur un mannequin d’acupuncture, les endroits où il faut insérer une aiguille pour soulager divers maux. Nous avons droit à un véritable cours. Il est vrai que Shi Anli donne également des sessions de formation dans trois régions en Chine. Elle se sent investie d’une mission : transmettre cette pratique ancestrale qui veut que la nature et l’homme forment un tout.

Et elle assure que c’est efficace pour traiter les maladies des personnes âgées dans cette Chine qui est confrontée au vieillissement et où tous n’ont pas accès à des soins de santé. Car la prévention en est l’une des clés.

Shi Anli ajoute qu’il faut éduquer une bonne partie des Chinois – elle pense entre autres aux quinquagénaires –, car à son avis, ils sont toujours en train de courir pour travailler, contribuer au développement du pays et vouloir s’enrichir.

Elle se réjouit que le gouvernement chinois ait promis plus d’argent pour la recherche en médecine traditionnelle, qui connaît une sorte de renaissance. Pékin en fait aussi la promotion à l’extérieur du pays, dans ce qu’il appelle sa contribution au progrès mondial.

Une Chine ouverte sur le monde et en mode conquête

La Chine, sous Xi Jinping, nourrit des ambitions de grandeur et d’influence stratégique, politique, diplomatique et commerciale. Par exemple, avec son vaste projet de commerce et d’infrastructures maritimes et terrestres surnommé les « nouvelles routes de la soie ». Un projet cher au président chinois, dont il a vanté les mérites lors de son discours d’ouverture du Congrès quinquennal du Parti communiste chinois mercredi.

À la tribune, Xi Jinping a lancé qu’une ère nouvelle s’ouvrait pour la Chine. Que le pays allait « s’ouvrir davantage » au monde, « traiter équitablement les entreprises étrangères présentes en Chine » et prendre une « place encore plus centrale sur la scène internationale ». Au nombre de ses priorités : l’innovation technologique.

Un domaine que connaît bien Dai Hongjun, un trentenaire chimiste de formation. Il est revenu dans sa ville natale, Nantong, dans le sud de la Chine, pour y lancer l’une des innombrables entreprises en démarrage que compte le pays. Et dans un local, qui fait partie d’un complexe familial, on fabrique une membrane qu’il a inventée pour filtrer l’eau.

Dai Hongjun affirme qu’en cinq ans on peut accomplir en Chine ce qui prendrait une génération ailleurs dans le monde. Il prévoit d’ailleurs une croissance d’au moins 35 % par année pour son entreprise.

Les affaires vont tellement bien qu’il va agrandir sa jeune entreprise, SunRun Tech, pour se lancer dans une production industrielle. Des rénovations sont déjà en cours dans de vastes locaux qu’il s’est procurés un peu plus loin en ville. À vrai dire, ce n’était pas son premier choix. Mais il n’a pas été assez rapide pour mettre la main sur l’un des terrains d’un futur parc industriel où il nous emmène.

Sur place, des maisons sont déjà démolies, au milieu de vergers, de rizières et de champs de maïs. Nous croisons une femme qui est revenue à son domicile, le temps de cueillir un peu de verdure avant que tout ne soit rasé. Ici, des édifices seront bientôt érigés.

Ce qui se passe à Nantong illustre l’urbanisation galopante en Chine.

Devant les quelque 2300 délégués réunis au Palais du peuple pour le début du Congrès quinquennal, Xi Jinping a annoncé qu’en cinq ans, plus de 80 millions de Chinois avaient quitté les zones rurales pour s’installer en ville et que le taux d’urbanisation avait augmenté de 1,2 % en moyenne chaque année.

Le défi du logement

You Yue, agent immobilier pour l’une des principales agences en Chine, s’est lancé dans le marché haut de gamme il y a trois ans. Il dit qu’il avait alors senti que ce secteur allait prendre un essor considérable. Il assure que la demande pour des appartements de prestige est aussi importante que pour les logements plus ordinaires. Il assure qu’il fait faire deux à trois visites chaque jour.

Le jeune homme travaille dans une succursale située dans un quartier cosmopolite et très branché de Pékin. L’un des appartements qu’il fait visiter ce jour-là comprend un vaste salon et deux chambres à coucher, et se vend environ 2 millions de dollars canadiens. Loin d’être à la portée de toutes les bourses.

You Yue vit, lui, loin du centre-ville avec femme et enfant dans un logement de 100 mètres carrés qu’il s’est acheté. Il espère pouvoir se rapprocher du centre lorsque son fils sera un peu plus grand pour lui trouver une meilleure école. « Ce ne sera pas aussi grand que ce que j’ai aujourd’hui », reconnaît-il. Il voit toutefois l’avenir avec optimisme.

Quand il a commencé dans l’immobilier il y a 10 ans, tout de suite après ses études, il dormait dans un sous-sol.

Dans certains quartiers de Pékin, il n’est pas rare de voir des immeubles à logements modestes, voire pauvres et parfois insalubres, côtoyer des édifices modernes et luxueux. Et ça, c’est le genre d’inégalités sociales - en logement, en éducation, en santé - que Shuang Zi dit dénoncer dans ses chansons. Il est un pionnier du rap en Chine.

Liberté limitée

Il est issu des quartiers populaires. Il dit que ses racines l’inspirent, tout comme le quotidien, pour être le porte-voix de ceux qui n’en ont pas. Pour exprimer les joies, le mécontentement, les plaintes. Sauf que le rappeur souligne qu’il n’est pas facile de se faire entendre, que son genre musical est souvent censuré dans les médias, qu’il est plus entendu grâce à Internet.

Mais, surtout, Shuang Zi rappelle qu’il n’y a pas en Chine la même liberté d’expression dont jouissent les rappeurs américains. Il doit s’exprimer en métaphores. Il ajoute que prendre position s’est transformé en obstacle pour sa carrière. Et pour lui, ce n’est pas près de changer.

Il y a eu un resserrement du contrôle de la société civile depuis cinq ans en Chine. Et lors de son discours au Congrès quinquennal, le président Xi Jinping a lancé un appel pour que tout soit fait pour contrer les actes et les paroles qui pourraient saper l’autorité du Parti communiste.

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