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Le Pen rejette la responsabilité de la France dans la rafle du Vél' d'hiv'

Marine Le Pen a réveillé le souvenir du Front national (FN) de son père, en rejetant la responsabilité de la France dans la déportation de juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.

« Je pense que la France n’est pas responsable du Vél' d’hiv' », a-t-elle déclaré à la télévision française, questionnée à propos du rôle qu’a joué son pays dans la rafle de juillet 1942.

Plus de 13 000 juifs ont été arrêtés par des centaines de policiers et de gendarmes français, à la demande des nazis pendant l'occupation. Ils avaient été réunis au Vélodrome d'hiver avant d’être envoyés dans des camps d'extermination.

La responsabilité de ce sombre épisode de l’histoire française avait été attribuée aux dirigeants de l’époque, jusqu’à ce que le président Jacques Chirac reconnaisse le rôle de l’État en 1995. Depuis, aucun président n’a nié un « crime commis par la France ».

Or, Marine Le Pen rejette la responsabilité de la France. « S’il y a des responsables, ce sont ceux qui étaient au pouvoir à l’époque. Ce n’est pas la France. »

Ces propos tenus dimanche par la candidate de l’extrême droite ont choqué la droite comme la gauche ainsi que des associations représentant la communauté juive. Mais ils ont surtout fait dérailler sa stratégie de « normalisation », voire de « dédiabolisation », du Front national, à 13 jours de la présidentielle française.

Dans l’ombre de son père

Marine Le Pen s’était jusqu’à maintenant abstenue de s’aventurer sur le terrain glissant de la Seconde Guerre mondiale, contrairement à son père, alors qu’il dirigeait le parti.

Jean-Marie Le Pen a longtemps été critiqué pour des propos antisémites et révisionnistes et son « refus de repentance » au sujet du Vél' d’hiv'.

Les déclarations controversées de son père l’avaient même contrainte à l’exclure du parti en 2015, puis à retravailler l’image du Front national. Un pari qui lui profité, puisqu’elle est aujourd’hui en tête des intentions de vote en vue du premier tour de la présidentielle, le 23 avril.

Ses rivaux ont toutefois profité de ce plus récent faux pas pour l’attaquer de tous les fronts. « Si on doutait que Marine Le Pen est d'extrême droite, on ne peut plus en douter », a notamment laissé tomber le candidat socialiste Benoît Hamon. « Elle n'aime pas l'Histoire, je pense qu'elle l'arrange », a-t-il ajouté.

Marine Le Pen, qui tient plutôt aujourd'hui un discours contre l’immigration et l’islam, a dévoilé son vrai visage, a pour sa part affirmé Emmanuel Macron, selon qui personne n’avait oublié qu’elle était la fille de Jean-Marie Le Pen.

Mauvais calcul ou erreur politique?

« C'est un épisode un peu surprenant, qui vient complètement à l'encontre des efforts du parti. Il redonne des munitions à tous les gens qui estiment que le FN conserve des militants et une culture d'extrême droite », s’étonne Gilles Ivaldi de l'université de Nice.

Le chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) français estime que Marine Le Pen a commis un « mauvais calcul » ou une « erreur politique » en revenant sur ce thème délicat.

L'historien Nicolas Lebourg croit plutôt que la candidate de l’extrême droite cherche à se démarquer comme candidate « antisystème », alors que sa campagne stagne, même en étant au sommet des sondages.

Marine Le Pen avait qualifié les chambres à gaz de « summum de la barbarie » en 2011, mais ne s’était jamais aventurée plus loin sur le passé de la France lors de la guerre. Or, selon le politologue Bruno Jeanbart, « les Français sont très attentifs à l'idée qu'il ne faut pas passer son temps à s'excuser pour le passé ».

Les sondages placent toujours la candidate du Front national en tête des intentions de vote (24 %) au premier tour, mais l'écart s'est réduit avec Emmanuel Macron (23 %) dans le dernier droit.

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