La Cour suprême du Pakistan a destitué le premier ministre Nawaz Sharif en prononçant un arrêt dans une affaire de corruption.

M. Sharif « est disqualifié en tant que député au Parlement et a donc cessé d'occuper le poste de premier ministre », a déclaré le juge Ejaz Afzal Khan devant une foule compacte réunie au siège de la Cour suprême afin d’entendre le jugement très attendu.

Une commission d’enquête a découvert une importante disparité entre les revenus de la famille Sharif et son train de vie. C’est le scandale des Panama Papers qui avait aiguillé la commission d’enquête sur le dossier des Sharif.

La famille du premier ministre est soupçonnée d’avoir dissimulé la vérité sur des sociétés et des biens immobiliers détenus par des sociétés ayant pignon sur rue dans des paradis fiscaux. Ils détiendraient aussi de luxueux appartements à Londres. Les partisans de M. Sharif soutiennent que ces fonds sont légaux et proviennent d’entreprises familiales basées au Pakistan et dans le Golfe.

Outre sa destitution, l’arrêt de la Cour suprême ordonne la tenue d’une nouvelle enquête qui pourrait se traduire par des poursuites judiciaires contre la famille Sharif.

Trois des quatre enfants de l’ancien premier ministre, ses fils Hasan et Hussein, de même que sa fille, Maryam Nawaz, sont impliqués dans le scandale de corruption. L’arrêt de la Cour suprême tombe particulièrement mal pour la fille du politicien qui était pressentie pour être son héritière politique à un an des prochaines élections législatives.

Islamabad avait été placé sous haute surveillance en prévision du jugement de la Cour suprême. L’annonce de la destitution du premier ministre a provoqué des scènes de liesse parmi les partisans de l’opposition qui sont descendus dans la rue.

Incertitude politique

Le président pakistanais, Manmoon Hussain, devra maintenant prendre les mesures nécessaires prévues par la Constitution pour assurer la poursuite de l'ordre démocratique.

Le parti de M. Sharif, le PML-N, a confirmé que son ancien chef avait quitté son poste. « Nous allons étudier la décision en détail et élaborer un plan d'action pour l'avenir », a indiqué la ministre de l'Information, Maryam Aurangzeb.

« Pas un centime de corruption n'a été prouvé dans cette décision contre Nawaz Sharif et le peuple pakistanais le sait aussi », a-t-elle souligné.

« Si Dieu le veut, Nawaz Sharif sera réélu une quatrième fois », a-t-elle lancé.

Le scandale de corruption avait éclaté l'an dernier, lorsque le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) avait publié quelque 11,5 millions de documents secrets provenant du cabinet d'avocats panaméen Mossack Fonseca. L’opération est mieux connue sous le nom du scandale des Panama Papers.

La destitution du premier ministre ouvre une période d’incertitude politique au Pakistan. « Le jugement peut être qualifié d'historique dans la mesure où il concerne un chef du gouvernement en fonctions et sa famille », a déclaré l'analyste politique Farooq Moin.

L’avenir immédiat demeure encore flou. « Je pense qu'il y a de grandes chances que le parti [de M. Sharif] PML-N forme un nouveau gouvernement avec un nouveau premier ministre, avec le soutien de ses partenaires de coalition, puisqu'ils ont toujours la majorité au Parlement », a-t-il poursuivi.

Surnommé le « lion du Pendjab », il n’aura ainsi terminé aucun de ses trois mandats à titre de chef du gouvernement. Il avait été forcé de démissionner en 1993 en raison d’accusations de corruption et il avait été évincé du pouvoir par un coup d’État militaire en 1999. Il avait également été contraint à l’exil en Arabie saoudite à la suite de son éviction.

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