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Le président philippin annonce qu'il se « sépare » des États-Unis

Le président philippin Rodrigo Duterte a profité d'une visite à Pékin pour confirmer jeudi que son pays s'alignera désormais sur la Chine, plutôt qu'avec les États-Unis, un revirement diplomatique majeur annoncé quelques heures après une rencontre avec son homologue chinois Xi Jinping.

« Les États-Unis ont perdu maintenant. Je me suis réaligné dans votre courant idéologique », a-t-il déclaré devant des gens d'affaires chinois et philippins réunis dans le palais de l'Assemblée du peuple, à l'occasion d'un forum économique.

« Ainsi, dans cette salle [...] j'annonce ma séparation des États-Unis », a ensuite dit le président Duterte, déclenchant les applaudissements des gens d'affaires réunis pour l'occasion dans le palais de l'Assemblée du peuple. « Je dépendrai de vous en tout temps. Mais ne vous inquiétez pas. Nous allons vous aider aussi, comme vous nous aidez. »

M. Jinping affirme pour sa part que Pékin est disposé « à participer activement à la construction d'infrastructures [aux Philippines], dans les secteurs des chemins de fer, du transport urbain sur rail, des autoroutes et des ports », selon des propos rapportés par le ministère chinois des Affaires étrangères.

Pékin va « pousser les entreprises chinoises à investir davantage » et « encourager les Chinois à voyager aux Philippines », a assuré le président chinois.

Début octobre, le géant ferroviaire étatique du rail, CRRC, avait déjà annoncé sa « solide intention » de participer à la modernisation du rail philippin. Le gouvernement chinois avait aussi annoncé qu'il levait une interdiction d'importations de bananes et d'ananas imposé en mars dernier.

Selon le ministre philippin du Commerce, Ramon Lopez, la visite du président Duterte en Chine doit permettre de conclure des ententes totalisant 17,8 milliards de dollars canadiens.

Un conflit balayé sous le tapis

Cette visite du président Duterte, en compagnie d'au moins 200 gens d'affaires de son pays, consacre le net réchauffement des relations diplomatiques entre Manille et Pékin, rendues glaciales ces dernières années par un différend autour de la souveraineté d'îles en mer de Chine méridionale. 

Après que la Chine s'est emparée en 2012 de l'atoll de Scarborough, située à 170 km de la principale île des Philippines, Luçon, le président philippin Benigno Aquino avait saisi un tribunal international d'arbitrage de l'affaire. Dans un jugement rendu en juillet, la cour a essentiellement donné raison à Manille.

Arrivé au pouvoir peu avant le jugement, Rodrigo Duterte n'a montré aucune intention d'y donner suite, contrairement à M. Aquino. Ce dossier, a-t-il dit jeudi, a été « reporté à une autre fois » afin de donner la priorité à la coopération économique avec la Chine. Une position saluée par Xi Jinping. 

« Il est important de traiter les divergences par le dialogue et les consultations bilatérales sur la question de la mer de Chine méridionale », a déclaré le numéro un chinois, se disant prêt à « laisser temporairement de côté les questions difficiles », selon des propos rapportés par le ministère chinois des Affaires étrangères.

Un conflit qui s'envenime

Le différend entre Manille et Washington a éclaté au grand jour après que M. Duterte eut mis en oeuvre une violente campagne anticriminalité, qui a déjà fait plus de 3700 morts, selon un décompte officiel. L'Union européenne et l'ONU ont aussi dénoncé l'approche préconisée par les Philippines. 

M. Duterte multiplie depuis les déclarations hostiles aux États-Unis, allant même jusqu'à traiter le président Barack Obama de « fils de pute », et lui enjoignant « d'aller en enfer ».

Le ministère chinois des Affaires étrangères a plutôt fait savoir qu'il « soutient le nouveau gouvernement philippin dans sa lutte pour l'interdiction de la drogue, contre le terrorisme et la criminalité ». Il offre même sa « coopération » à ce sujet.

Devant la communauté philippine de Pékin, mercredi, M. Duterte a d'ailleurs soutenu que son pays n'a pas bénéficié de son alliance avec les États-Unis. « Vous êtes restés dans mon pays pour votre propre intérêt. Donc, c'est l'heure de se dire au revoir, mon ami », avait-il lancé. 

« Je n'irai plus aux États-Unis. Je ne serais qu'insulté là-bas », avait ajouté M. Duterte, en répétant que le président Obama est « un fils de pute ».

La même journée, un millier de manifestants se sont rassemblés devant l'ambassade américaine à Manille pour demander le départ des troupes américaines de l'île de Mindanao, dans le sud de l'archipel.

Les Philippines ont été une colonie américaine de 1898 à 1946. Cinq ans plus tard, les deux pays ont signé un traité de défense mutuelle en cas d'agression militaire. En 2003, Washington a en outre fait de Manille un « allié majeur hors OTAN ».

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