Le dissident chinois Liu Xiaobo, Prix Nobel de la paix 2010, est mort à l'âge de 61 ans des suites d'un cancer, selon le gouvernement chinois.

Selon la version officielle livrée par Pékin, Liu Xiaobo a succombé à une défaillance d'organes multiples due à un cancer du foie en phase terminale.

Le plus célèbre prisonnier politique chinois était hospitalisé dans le nord-est du pays depuis le mois de mai dernier, à la suite d’une détérioration de son état de santé.

Il avait été libéré de prison sous condition, à la fin juin, étant donné son état de santé.

Les partisans de Liu Xiaobo et plusieurs gouvernements étrangers avaient fait pression en vain sur Pékin pour que M. Liu puisse être traité à l'étranger.

Le gouvernement chinois avait fait valoir que le dissident était trop malade pour voyager et qu'il recevait déjà les meilleurs soins possible.

Des médecins américain et allemand ont pourtant déclaré que son état lui permettait d'être transféré à l'étranger à la mi-juillet.

La communauté internationale en deuil

Décrivant Liu Xiaobo comme « la figure chinoise emblématique de la paix et de la démocratie », le haut-commissaire a exhorté Pékin à permettre à la veuve du dissident, Liu Xia, de voyager librement.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, s'est dit profondément attristé par la mort de Liu Xiaobo, et il a « exprimé ses condoléances à sa famille et à ses amis », a déclaré le porte-parole de l'ONU, Stéphane Dujarric. Il s'est toutefois abstenu de toute critique envers la Chine pour avoir refusé au prix Nobel de la paix d'être soigné à l'étranger.

Pour sa part, le Comité Nobel a estimé que « le gouvernement chinois porte une lourde responsabilité dans son décès prématuré ».

« Nous jugeons très troublant que Liu Xiaobo n'ait pas été transféré dans un endroit où il aurait pu recevoir un traitement médical adéquat avant d'arriver en phase terminale », a déploré la présidente du comité, Berit Reiss-Anderssen, dans un courriel envoyé à Reuters.

Des groupes internationaux de défense des droits de la personne remettent en question la qualité des soins qu’a reçus le dissident pendant son incarcération compte tenu de la réputation impitoyable des prisons chinoises.

Le dissident chinois le plus connu

Liu Xiaobo était devenu célèbre après avoir convaincu des manifestants étudiants, en 1989, de quitter la place Tiananmen au lieu d'affronter l'armée chinoise.

La répression militaire du mouvement avait ensuite fait des centaines, voire des milliers de morts. L'implication de Liu Xiabo lui avait valu d'être emprisonné pendant un an, sans être condamné, puis envoyé dans un camp de rééducation avant d’être libéré en 1999.

Liu Xiaobo a été condamné à 11 ans de prison pour subversion, en 2009, pour avoir participé à la rédaction d’une charte réclamant le respect de la liberté d’expression et des élections libres. Il a reçu le prix Nobel de la paix un an plus tard, pendant qu'il était en prison.

Le diplomate en résidence aux hautes études internationales de l'Université Laval, Patrice Dallaire, a décrit le dissident comme un Gandhi chinois qui prônait la non-violence et la résistance pacifique.

« Il était très conscient qu’on ne pouvait pas du jour au lendemain remplacer le pouvoir du Parti communiste en Chine », a souligné le diplomate.

« Malheureusement, il s’est heurté à un gouvernement qui avait une vision différente de la façon d’amener la modernité de la Chine », a-t-il ajouté.

« Si on parle d’instaurer une démocratie de façon graduelle, on ouvre quand même la porte éventuellement à l’alternance, et ça c’est une éventualité que le Parti communiste ne pouvait pas accepter », a expliqué M. Dallaire.

Il observe par ailleurs une détérioration du respect des droits de la personne en Chine, accentuée par l'arrivée de nouvelles technologies qui permettent au gouvernement chinois d'exercer un contrôle plus sévère sur sa population.

Le Parti communiste fait « tout en son pouvoir pour tuer dans l’œuf ce qu'il perçoit comme des éléments de contestation », a-t-il estimé Patrice Dallaire.

Cette détérioration se serait poursuivi au cours des 10 dernières années, selon lui, soit depuis la présidence d'Hu Jintao, prédécesseur de l'actuel président Xi Jinping.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un enfant impressionne à la batterie dans le métro de New York





Rabais de la semaine