Retour

Le prix Nobel de littérature ne sera pas décerné cette année

Le prix Nobel de Littérature ne sera pas décerné cette année en raison de la démission de plusieurs membres de l'Académie suédoise chargée d'attribuer cette prestigieuse distinction, en réaction à une affaire de harcèlement sexuel concernant le mari d'une des membres.

Dans un communiqué diffusé vendredi, le secrétaire par intérim de l’Académie suédoise, Anders Olsson, a annoncé que le prix Nobel de littérature 2018 sera finalement remis l’an prochain, en même temps que celui de 2019.

« Le travail de sélection d'un lauréat est à un stade avancé et se poursuivra comme d'habitude dans les mois à venir, mais l'Académie a besoin de temps pour retrouver son effectif complet, engager un plus grand nombre de membres actifs et restaurer la confiance dans son travail avant l'annonce du prochain lauréat du Prix de littérature », peut-on lire dans le communiqué.

Quelque 6 des 18 membres de l'Académie suédoise, qui sont élus à vie, ont démissionné ces dernières semaines dans la foulée d’allégations de harcèlement sexuel concernant le photographe français Jean-Claude Arnault, mari de la dramaturge Katarina Frostenson, qui siégeait jusqu'à récemment au sein de l'institution.

La secrétaire perpétuelle de l'Académie, Sara Danius, est du nombre des démissionnaires, poussée vers la sortie en raison de la crise de confiance suscitée par son leadership.

Pour assurer son fonctionnement, l’Académie doit réunir un minimum de 12 membres actifs. Or, depuis la vague de démissions des dernières semaines, l’Académie ne compte plus que 10 membres actifs. Deux sièges étaient en effet vacants depuis longtemps pour d'autres raisons.

Qui plus est, les statuts de l’Institution prévoient que de nouveaux membres ne peuvent être recrutés qu’avec l’aval de 12 des 18 membres de l’Académie.

L'Académie ébranlée

Cette crise qui secoue l’Académie a commencé en novembre 2017, lorsque le quotidien Dagens Nyheter a publié les témoignages de 18 femmes, dont des académiciennes, des épouses et des filles d'académiciens, ainsi que d'autres femmes, soutenant avoir été violées, violentées ou harcelées sexuellement par Jean-Claude Arnault entre 1996 et 2017, parfois dans des appartements de l'Académie à Paris ou Stockholm.

Réagissant au scandale, l'Académie avait alors rompu tous ses liens avec le photographe et son centre culturel Forum, un endroit très fréquenté alors par l'intelligentsia suédoise. Jean-Claude Arnault, qui a dû le fermer depuis, a toujours nié en bloc ces allégations.

Figure influente dans le milieu artistique suédois, particulièrement au sein de l'Académie, le photographe était aussi soupçonné d’avoir divulgué des informations sur l’attribution du prix Nobel de littérature.

À la mi-mars, la justice suédoise, qui avait ouvert une enquête sur ces allégations, a classé une partie de l’affaire faute de preuves.

Outre les allégations de nature sexuelle portées contre Jean-Claude Arnault, l’Académie suédoise est elle-même l’objet d’une enquête financière concernant de généreuses subventions accordées par l’Académie au centre Forum dont Jean-Claude Arnault et son épouse, Katarina Frostenson, étaient copropriétaires.

Ce scandale fait beaucoup de bruit en Suède, où des voix s'élèvent pour dénoncer le manque de transparence et d'imputabilité au sein de l'Académie, que certains comparent à une secte.

Pas la première fois

Bien qu’un report dans l’attribution du prix Nobel de littérature soit inusité, ce n’est pas la première fois que l’Académie procède ainsi.

La remise de ce prix, considéré comme la plus haute distinction littéraire internationale, a dû être reportée à cinq reprises depuis sa création, en 1901.

Le prix Nobel de littérature n'a notamment pas été décerné entre 1940 et 1943 en raison de la Seconde Guerre mondiale, et le romancier américain William Faulkner l'a reçu avec un an de retard, en 1950. Deux prix avaient alors été remis.

Le roi intervient

Le roi de Suède, Charles XVI Gustave, qui est le parrain de l'institution, a annoncé mercredi qu’il modifiera les statuts de l’Académie pour que ses membres, élus à vie, aient la possibilité de démissionner en cours de mandat et puissent être remplacés plus facilement.

La dernière fois que l’Académie suédoise a été secouée par une vague de démissions, c'était en 1989 avec le départ de trois membres qui reprochaient alors à l’Académie de ne pas soutenir publiquement l’écrivain britannique Salman Rushdie, condamné à mort à l’époque par l’ayatollah Khomeiny pour la publication de son livre Versets sataniques.

L’Académie n’a dénoncé cette condamnation à mort que 27 ans plus tard.

Plus d'articles

Vidéo du jour


Ce que vous préférez à propos de l’automne selon votre signe





Rabais de la semaine