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Le procès de journalistes d'un quotidien anti-Erdogan s'ouvre en Turquie

Des journalistes du quotidien turc Cumhuriyet, très critique envers le président Recep Tayyip Erdogan, ont comparu devant la justice, lundi, sous des accusations d'aide à des organisations terroristes.

Ce procès, dénoncé en Turquie comme un nouvel assaut contre la liberté de la presse par le gouvernement Erdogan, s’est ouvert sous les applaudissements de nombreux sympathisants venus soutenir les journalistes qui doivent se défendre contre de graves accusations.

Une quinzaine de journalistes du Cumhuriyet ainsi que leur rédacteur en chef, Murat Sabuncu, ont été arrêtés le 30 octobre 2016 par la police turque dans la foulée des purges lancées par le gouvernement Erdogan à la suite du coup d’État manqué du 15 juillet 2016.

Ils ont été arrêtés à l’époque sur des soupçons de crimes commis au nom des séparatistes kurdes et du réseau du prédicateur Fethullah Gülen, qu'Ankara considère comme l'instigateur du coup d'État manqué.

« Tout ça est cousu de fil blanc », a affirmé au micro d’ICI Radio-Canada Première la correspondante du journal Le Monde Marie Jégo.

« Les avocats du quotidien le disent : le dossier est vide », explique-t-elle. Outre les articles et « quelques tweets », les accusations reposent sur des messages textes reçus sur le téléphone d’un des journalistes et envoyés par des gens soupçonnés d’être des partisans du prédicateur Gülen. « Ces SMS suffisent à faire de cet éditorialiste un potentiel terroriste » aux yeux des autorités, dit Mme Jégo.

L’accusation d’aide à des organisations terroristes « est complètement aberrante », assure la correspondante du Monde, puisque celles-ci sont antagonistes. Le mouvement du prédicateur Gülen et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) « se détestent », assure Mme Jégo.

Les journalistes assurent quant à eux n’avoir fait que leur travail.

On reproche par ailleurs au journal le fait d’avoir modifié sa ligne éditoriale. « Comme l'a dit un des accusés, en quoi cela peut intéresser le procureur, et en quoi cela constituerait quelque chose de répréhensible? » demande Marie Jégo.

Le journal Cumhuriyet, fondé en 1924, est opéré surtout par des gens pro-occidentaux, pro-européens et pour la laïcité, explique Mme Jégo.

Atteinte à la liberté de la presse

L’arrestation de la rédaction du journal avait provoqué des manifestations spontanées de la part de citoyens turcs qui dénonçaient cet assaut du pouvoir contre la presse de leur pays.

Pourtant, il n’y avait que quelques centaines de manifestants devant le palais de justice d’Istanbul lundi matin, a fait remarquer Mme Jégo, qui a elle-même assisté à l’audience.

« J’ai été assez frappée par l’âge des participants, dit-elle. Il n’y avait pas de jeunes. » L’appui de la population, « ça n’apparaît pas franchement », dit Mme Jégo.

Cela n’est pas si étonnant, si l’on considère que le journal Cumhuriyet « s’adresse plutôt à un public restreint de cette ancienne élite turque pro-occidentale », dit Mme Jégo.

De plus, la presque totalité de la presse turque est acquise au président Erdogan. Par exemple, aucun grand média n’a fait écho à l’ouverture du procès, relate Mme Jégo.

Le prédécesseur du rédacteur en chef Murat Sabuncu, Can Dündar, a été condamné à cinq ans et dix mois de prison pour divulgation de secrets d'État pour avoir publié une vidéo montrant, selon le journal, une unité des services de renseignement turcs acheminant des armes par camions vers la Syrie en 2014.

Le journaliste a fui son pays après sa condamnation, dénoncée par des organisations de défense des droits de la personne.

Depuis un an, 150 000 salariés du secteur public ont été congédiés ou suspendus par le gouvernement Erdogan. Parmi eux se trouvent le quart des juges et des procureurs de l'État. Près de 50 000 personnes ont aussi été emprisonnées par le régime.

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