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Le processus d'adhésion de la Turquie à l'Europe est une « hypocrisie », dit Macron

Le processus d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne (UE) est empreint d'« hypocrisie » et ne débouchera pas « dans les prochaines années », a déclaré le président français Emmanuel Macron après un entretien avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan. Ce dernier dit être « fatigué » d'attendre.

Lors d’une conférence de presse commune tenue vendredi à Paris au terme d’une discussion avec M. Erdogan qu’il a qualifiée de « très franche », le président français a plutôt plaidé pour que Bruxelles et Ankara développent un « partenariat » destiné à préserver « l’ancrage » de la Turquie dans l’Europe.

« Ma volonté, c'est que nous fassions davantage ensemble, c'est que la Turquie reste ancrée, arrimée à l'Europe, mais je pense que le processus [d'adhésion à l’UE] tel qu'il a été ouvert ne permettra pas de déboucher dans les prochaines années », a fait valoir M. Macron.

Pour le président français, « il est clair que les évolutions récentes et les choix [de la Turquie en matière d'État de droit] ne permettent aucune avancée du processus engagé ».

« Il faut [...] regarder si on ne peut pas repenser cette relation, non pas dans le cadre du processus d'intégration, mais peut-être d'une coopération, d'un partenariat avec une finalité [...] : préserver l'ancrage de la Turquie et du peuple turc dans l'Europe », a-t-il encore dit.

Selon Emmanuel Macron, Ankara et l'Union européenne devraient s’engager dans les prochains mois dans un « dialogue apaisé » et « repensé, reformulé dans un contexte plus contemporain, prenant en compte les réalités d'aujourd'hui ».

Le président Erdogan n’a pas caché pour sa part qu’il est « fatigué » d'attendre cette éventuelle adhésion à l’UE. Il a rappelé que 16 chapitres de négociation sur 35 avaient été « ouverts et jamais clos » au fil du temps.

Un mot d'appui aux journalistes emprisonnés

M. Macron a par ailleurs appelé M. Erdogan à « respecter l’État de droit », dans une référence directe à l’incarcération de nombreux journalistes turcs dans la foulée de la campagne de répression engagée par le pouvoir turc après le coup d’État avorté de juillet 2016.

« Vous me permettrez ne pas égrener la liste des noms par souci d'efficacité [...], mais nous avons eu une discussion nom par nom et cas par cas », a souligné le président français, après avoir dit que les « démocraties doivent complètement respecter l’État de droit ».

Plusieurs groupes de pression, dont Reporters sans frontières (RSF), avaient pressé le chef de l’État français de ne pas occulter la question des droits de la personne et des libertés lors de la visite de M. Erdogan.

Une trentaine d’activistes de RSF brandissant des images de journalistes emprisonnés ont d’ailleurs manifesté vendredi devant l’ambassade de la Turquie à Paris.

« Aujourd'hui, les prisons turques sont remplies de journalistes qui n'ont fait que leur travail », a déclaré Christophe Deloire, secrétaire général de RSF, dénonçant une « chape de plomb » dans ce pays.

La Turquie se classe au 155e rang sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse de RSF. Des dizaines de journalistes y sont actuellement détenus et plus de 150 médias y ont été fermés au cours des derniers mois.

Les journalistes sont loin d’être les seuls à subir les contrecoups de la répression exercée par le gouvernement islamo-conservateur du président Erdogan.

Depuis le coup d’État avorté, plus de 140 000 personnes ont été limogées ou suspendues et plus de 55 000 ont été arrêtées après avoir été accusées de propagande « terroriste » au profit du prédicateur islamiste exilé Fethullah Gülen, désigné cerveau de l’opération, malgré ses démentis.

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