L'Arabie saoudite, l'Égypte, la Libye, les Émirats arabes unis (EAU) et Bahreïn accusent le royaume du Qatar de manoeuvrer en secret pour déstabiliser la région en soutenant plusieurs groupes terroristes.

La crise est à ce point grave que Riyad, Abou Dhabi et Manama ont sommé les visiteurs et les résidents originaires du Qatar de quitter leur territoire d'ici deux semaines.

Les États-Unis tenteront de désamorcer discrètement cette crise, ont déclaré à Reuters d'anciens et actuels responsables américains, qui soulignent l'importance militaire et diplomatique de l'émirat aux yeux de Washington.

Les États-Unis ont tout intérêt à le faire, car ils disposent au Qatar de leur plus grande base aérienne au Proche-Orient, Al-Oudeid, d'où partent de nombreux appareils bombardant le groupe État islamique en Irak et en Syrie, dont Donald Trump a érigé la destruction en priorité de sa politique étrangère.

Les monarchies du Golfe, appuyées par l’Égypte et par le gouvernement yéménite renversé par les rebelles houthis, affirment que le gouvernement qatari soutient divers groupes terroristes majeurs, dont Al-Qaïda, le groupe armé État islamique (EI) et les rebelles pro-iraniens houthis. L'émirat est aussi connu pour son appui à la société des Frères musulmans, une organisation islamique transnationale controversée.

Le gouvernement dissident libyen, qui ne contrôle qu'une petite partie de la Libye, a aussi annoncé qu'il rompait ses relations avec le Qatar.

L'Arabie saoudite, Bahreïn et l'Égypte ont indiqué dans de brefs communiqués diffusés par leurs agences de presse officielles que toutes les liaisons terrestres, aériennes et maritimes avec l'émirat étaient suspendues.

Les compagnies aériennes émiraties Etihad, Emirates, flydubai et Air Arabia, ainsi que la Saudia et Gulf Air (Bahreïn), ont annoncé lundi la suspension de tous leurs vols vers ou depuis le Qatar

Qatar Airways a répliqué en suspendant ses vols vers l'Arabie saoudite.

L'Arabie saoudite, qui commande la coalition militaire arabe qui combat les rebelles houthis au Yémen, a aussi annoncé qu'elle excluait le Qatar de la coalition militaire.

Elle a aussi fermé les bureaux de la chaîne de télévision qatarie Al-Jazira sur son territoire.

Les agences saoudiennes, qui citent un responsable du royaume, précisent que la décision de Riyad est justifiée par la nécessité de protéger « la sécurité nationale des dangers du terrorisme et de l'extrémisme ».

Bahreïn accuse pour sa part le Qatar « d'ébranler la sécurité et la stabilité [de son royaume] et de s'ingérer dans ses affaires intérieures ».

« Doha accuse ses voisins de vouloir le mettre en tutelle »

Le ministère des Affaires étrangères du Qatar a aussitôt dénoncé dans un communiqué cette rupture des relations diplomatiques par ses voisins du Golfe, qu'il qualifie de « campagne hostile, fondée sur des mensonges ».

Selon le Qatar, ces décisions, prises en coordination avec l'Égypte, ont pour objectif de « placer l'État [du Qatar] sous tutelle, ce qui marque une violation de sa souveraineté », et c'est « totalement inacceptable ».

Le Qatar a ensuite appelé à un dialogue ouvert et honnête pour sortir de cette crise. Le ministre des Affaires étrangères, Mohammed bin Abdul Rahman, a promis qu’il n’y aurait pas « d’escalade » de la part de son pays, un allié de longue date des États-Unis.

Il a rappelé que la relation entre Doha et les Washington était stratégique. « Il y a des choses sur lesquelles nous ne sommes pas d’accord, mais les secteurs dans lesquels nous coopérons sont plus nombreux que ceux dans lesquels nous divergeons », a-t-il insisté.

Le ministère qatari soutient qu'il « respecte la souveraineté des autres États, n'interfère pas dans les affaires d'autrui [et] lutte contre le terrorisme et l'extrémisme ». Tout en abordant les impacts liés à la fermeture des frontières, il précise que le Qatar entreprendra « les mesures nécessaires pour mettre en échec les tentatives de nuire à sa population et à son économie ».

La vie des citoyens et des habitants ne sera pas touchée par ces mesures, affirment les autorités du Qatar.

Doté d'une fortune colossale, ce petit État de la péninsule arabique est l'un des plus grands producteurs de gaz naturel du monde avec les États-Unis, la Russie et l'Iran.

Les États-Unis souhaitaient du changement

En réaction à cette crise, le secrétaire d'État américain Rex Tillerson a appelé les pays du Golfe à rester unis et à tenter de régler leurs divergences.

Rex Tillerson affirme cependant qu'il ne croit pas que cette crise puisse avoir un impact sur le combat contre le terrorisme dans la région.

Le président américain Donald Trump avait demandé aux pays musulmans, lors de sa visite à Riyad il y a deux semaines, d'agir de manière décisive contre l'extrémisme religieux.

En 2014, les trois pays du Golfe avaient rappelé leurs ambassadeurs à Doha en reprochant au Qatar ses liens avec l'organisation des Frères musulmans après le renversement du chef d'État égyptien Mohamed Morsi, qui était issu de la confrérie, par l'actuel président Abdel Fattah Al-Sissi.

Ankara et Téhéran appellent au dialogue

L'Iran a appelé le Qatar et ses voisins du Golfe à ouvrir « un dialogue franc » pour résoudre cette crise.

« La résolution des différends dans les pays de la région, y compris les problèmes actuels entre les trois voisins du Qatar et ce pays, n'est possible que par des moyens politiques et pacifiques et un dialogue franc entre les parties », a indiqué par voie de communiqué Bahram Ghasemi, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères.

La crise a aussi des échos jusqu'en Turquie, qui entretient des relations étroites avec les monarchies du Golfe. Le gouvernement turc s'est même offert pour contribuer à la normalisation des relations entre le Qatar et ses voisins.

« Il peut y avoir des problèmes entre les pays [...] mais il faut que le dialogue se poursuive », a déclaré le chef de la diplomatie turque Mevlüt Cavusoglu lors d'une conférence de presse à Ankara. « Et bien sûr, nous fournirons tout type de soutien pour que la situation revienne à la normale », a-t-il ajouté.

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