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Le retrait des Américains, la chance de l’Europe?

L'annonce historique du président Donald Trump sur le retrait américain de l'Accord de Paris sur le changement climatique est peut-être le moment où le leadership mondial des États-Unis, y compris à l'intérieur du monde occidental, aura commencé à lui glisser entre les mains.

Une analyse de François Brousseau

Ce sera peut-être aussi le coup de fouet dont avait besoin l’Europe pour s’unir et se ressaisir même si un troisième larron, la puissance chinoise, pourrait ultimement tirer les marrons du feu.

Le président Trump avait à peine terminé sa déclaration du 1er juin dans le Rose Garden que déjà, les réactions négatives s’accumulaient et la riposte s’organisait.

La planète diplomatique veut montrer qu’elle peut encore exister sans Washington. Qu’il y a bel et bien une vie après 70 ans de lien transatlantique inconditionnel! Et que le combat écologique ne dépend pas seulement d’un État souverain, fut-il le plus important.

Un axe euro-chinois

L’axe qui se dessine, c’est un axe euro-chinois. Sur la question de l’environnement, l’Union européenne et la Chine veulent reprendre le leadership abandonné par Washington.

Le départ américain – dont l’effet immédiat est surtout symbolique puisque le retrait effectif doit attendre trois ans – est bien entendu un coup dur pour ceux qui croient à l’action internationale concertée contre le changement climatique. Mais les Européens et les Chinois se disent prêts à saisir la balle au vol.

Habile avec les mots – y compris, s’il le faut, en anglais – le nouveau président français Emmanuel Macron a exclu, le 1er juin, toute renégociation de l’Accord de Paris comme l’a vaguement suggéré Donald Trump dans sa déclaration de divorce.

« Sur le climat, il n’y a pas de plan B parce qu’il n’y a pas de planète B », a écrit M. Macron. Puis, il a habilement détourné le slogan de Donald Trump « Make America Great Again » (« Rendre sa grandeur à l'Amérique ») pour en faire un nouveau slogan planétaire : « Make Our Planet Great Again ». Succès immédiat et assuré sur les réseaux sociaux.

Et puis, il y a les Allemands et les Chinois. Dépêché sur le Vieux Continent, le premier ministre Li Keqiang, numéro deux à Pékin, était en Allemagne aux premiers jours de juin pour serrer les rangs avec l’Europe.

Européens et Chinois ont multiplié les déclarations afin « d’accélérer leur coopération pour améliorer la mise en oeuvre de l'Accord de Paris », pour pousser ensemble en faveur de la réduction des émissions polluantes, du développement des énergies nouvelles et de l’aide aux pays démunis.

M. Li a eu un très bel accueil à Berlin. Il suivait immédiatement un autre poids lourd en visite, le premier ministre indien Narendra Modi. Ce qui démontrait la volonté de la chancelière Angela Merkel de s’affirmer sur la scène diplomatique mondiale (chose nouvelle pour l’Allemagne), et surtout de proclamer : « Sur le climat, avec ou sans les États-Unis, on continue! »

La querelle Trump-Merkel

On se souvient que Mme Merkel avait eu, quelques jours plus tôt, des mots assez durs sur la politique étrangère de Donald Trump.

Après le sommet de l’OTAN à Bruxelles et celui du G7 en Italie, où M. Trump avait refusé de réitérer la solidarité dans la défense commune, elle avait eu, le 28 mai, ces paroles historiques : « L'époque où nous pouvions entièrement compter les uns sur les autres est quasi révolue. Nous, Européens, devons prendre notre destin en main. »

Dans les heures suivantes, Donald Trump, peut-être en guise de réponse, y allait d’un tweet menaçant : « Nous avons un ÉNORME déficit commercial avec l'Allemagne, en plus elle paye BIEN MOINS qu'elle ne le devrait pour l'OTAN et le secteur militaire. Très mauvais pour les États-Unis. Ça va changer. »

L’idée de base derrière tout ce bouillonnement diplomatique – qui se veut aussi une lecture optimiste des événements – c’est qu’un retrait (partiel ou total) du gouvernement fédéral américain ne signe pas l’arrêt de mort du mouvement mondial de lutte au changement climatique.

D’autres acteurs importants

La prise de conscience et l’action concrète contre le changement climatique dépassent le champ des États souverains, même lorsqu’il s’agit d’un pays aussi important que les États-Unis. Les États fédérés (Californie, Québec, Bavière…), les municipalités, les associations, les entreprises privées sont déjà bien engagés, par exemple, dans la transition énergétique qui ne dépend pas seulement des gouvernements.

Une idée bien exprimée par l’ancien président Barack Obama qui a affirmé – dans un communiqué émis immédiatement après la déclaration du Rose Garden – que cette décision n'entravera pas les progrès écologiques dans le reste du monde.

« Même en l'absence du leadership américain, a écrit M. Obama, et même si cette administration se joint à une petite poignée de pays qui rejettent l'avenir, je suis certain que nos États, municipalités et entreprises privées seront à la hauteur et en feront encore plus pour protéger notre planète pour les générations futures. »

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a abondé dans le même sens : « Si les États-Unis décident de se retirer, vous pouvez être assurés que le vide sera rempli. » Tout comme le commissaire européen à l’Action pour le climat, Miguel Arias Canete : « Quoiqu'il arrive aujourd'hui, l'Accord de Paris se poursuivra, et perdurera. »

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