Ils sont comptables ou ingénieurs et ils arrivent à peine à joindre les deux bouts. Ils vivent dans la Silicon Valley, haut lieu de la nouvelle économie, dans cette Californie qui a longtemps incarné le rêve américain. Portraits d'une classe moyenne en perte de vitesse.

Un texte de Dorothée Giroux

LES RANDALL ONT PRESQUE TOUT PERDU

Monica Randall est ingénieure. Son mari détient un MBA et un doctorat en mathématiques. Tous deux ont travaillé dans diverses entreprises de technologie de la baie de San Francisco.

Les Randall ont changé de statut socioéconomique au cours des dernières années. Ils formaient une famille très à l'aise, propriétaire d'une maison à Atherton, village cossu de la Silicon Valley. Ils ont aujourd'hui épuisé leur fortune personnelle.

L'éclatement de la bulle Internet, en 2002, a frappé fort chez les Randall : pertes d'emploi et investissements qui ont fondu comme neige au soleil. À peu près à la même période, ils ont découvert que leurs enfants avaient de sérieux problèmes d'apprentissage. Le couple a dû gruger dans ses épargnes pour assurer à leurs enfants les meilleurs traitements. Pendant cette période, les Randall n'étaient pas toujours couverts par un régime d'assurance maladie.

Ensuite, il y a un nouveau choc avec la crise de 2008.

Les Randall vivent encore au cœur de la prospérité de Silicon Valley, mais sans toutefois en profiter. Monica ne croit plus au rêve américain.

Les Randall louent un appartement à 3600 $ par mois. Ils ont trois chambres pour abriter toute la famille, soit le couple et ses quatre fils, qui ont entre 22 et 28 ans. À cela, ils doivent ajouter des frais d'assurance maladie de 1600 $ par mois pour couvrir le couple, au début de la soixantaine.

Il n'y a plus d'emploi permanent pour l'ingénieure et le docteur en mathématiques. Il n'y a que des contrats renouvelables ou non, sans sécurité d'emploi, et sans toujours avoir droit aux précieux avantages tels que la participation financière de l'employeur à un régime décent de soins de santé.

DIANE NESOM NE PEUT PAS VIVRE AVEC SA FILLE

Diane Nesom est une jeune comptable de la Silicon Valley. Même avec un diplôme universitaire, elle en arrache. Elle habite dans un ancien chalet miteux de la région, qu'elle loue pour 1000 $ par mois. Avec son petit salaire, c'est tout ce qu'elle peut se payer dans cette région trop prospère.

Elle ne peut pas vivre avec ses enfants dans ce minuscule logement de deux pièces. Son ex-mari, plus à l'aise, a la garde de la fille et du garçon. Pour joindre les deux bouts, Diane Nesom a créé, sur Internet, un commerce assez singulier. Elle vend de la nourriture pour rats.

LA FIN DES BONS SALAIRES POUR LES LOPEZ

Ron et Barbara Lopez sont propriétaires d'une jolie maison sur une des montagnes qui surplombent San José.

Le couple travaillait chez Nummi, coentreprise de GM et Toyota, qui construisait les Toyota Corolla et les Toyota Tacoma. En 2010, GM et Toyota ont mis fin à leur association et ont fermé leur usine de Fremont, en Californie. Tesla l'a reprise pour fabriquer ses voitures électriques, mais sans le personnel de Nummi.

Ron et Barbara ont perdu leur emploi. Ils ont fait l'impossible pour rester propriétaires de leur maison, qui a failli être reprise par la banque.

Aujourd'hui, cet ancien militant syndical recrute des employés pour les entreprises de la Silicon Valley. Un de ses clients : Tesla, entreprise non syndiquée qui est loin d'offrir les taux horaires du précédent constructeur automobile.

Barbara Lopez, elle, ne pleure plus en recevant sa paye. Elle s'est résignée à toucher 1400 $ de moins par mois avec son nouvel emploi dans une grande chaîne américaine de détaillants.

AURELIO LOPEZ, LE « RÉSISTANT »

Aurelio Lopez est tellement fier d'afficher sa casquette et sa carte de travailleur de Tesla. D'ex-employé, plutôt. C'est à contrecœur que l'homme de 37 ans a récemment quitté un lieu de travail qui fait l'envie de beaucoup de gens.

Il a passé deux ans à fournir les pièces aux robots sur la chaîne d'assemblage des voitures électriques. Il aime le concept, l'innovation, la qualité des voitures. Mais pas le salaire. Il était payé 17 $ l'heure pour des quarts de travail de jour et de nuit. Et surtout, pour une voiture de luxe, ce n'est pas assez, selon lui.

Aurelio Lopez travaille maintenant pour une entreprise d'aménagement paysager et il gagne plus d'argent que lorsqu'il était employé par Tesla.

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