Ils vivaient dans l'ombre, emmenés illégalement aux États-Unis par leurs parents. En 2012, Barack Obama leur a offert une protection temporaire, l'occasion de s'éduquer, de travailler. Donald Trump vient de leur enlever tout cela. Qu'arrivera-t-il aux 800 000 « Dreamers »?

Donald Trump n’en est plus à une contradiction près. Après avoir rassuré ceux qu'on appelle « Dreamers » qu’ils pouvaient dormir tranquilles et qu’ils allaient être traités avec coeur, il leur ferme la porte au nez. Avec un préavis de six mois.

« J’ai peur », explique Fatima Claros, une « Dreamer » de 25 ans née au Salvador. Avec cette décision, « je peux être expulsée à tout instant ». C’est devant la Maison-Blanche que cette jeune femme aux longs cheveux légèrement frisés a appris la fin du programme DACA (Deferred Action for Childhood Arrivals) .

Elle fait partie des 800 000 jeunes immigrants, qui ont fait confiance au président Barack Obama. Ils sont sortis de l’ombre, ont dévoilé au gouvernement américain où ils habitaient et ce qu’ils faisaient.

En échange, ces « Dreamers » ont obtenu une protection temporaire. Et la possibilité de transformer leur quotidien.

« DACA a changé ma vie », assure Fatima. Elle a une fillette de 6 mois, elle étudie pour devenir infirmière. En même temps, elle travaille dans une garderie. « J’adore m’occuper des enfants », dit-elle.

Devant la Maison-Blanche, la crainte de Fatima et des « Dreamers » est soudainement devenue réalité. Une peur avec laquelle ils avaient appris à vivre depuis l’élection de Donald Trump. Fallait-il croire les assurances du président? Ou craindre la fin du rêve américain?

« Je ne veux pas punir des enfants [...] pour les gestes de leurs parents », a répondu le président dans une déclaration écrite livrée mardi, après l’annonce de la fin du programme. Pourtant, c’est ce que fait Donald Trump.

La décision du président condamne 800 000 jeunes pour la plupart bien intégrés dans la société américaine à une expulsion éventuelle vers un pays qu’ils connaissent peu ou mal. Loin d’une société dans laquelle ils se sont investis.

Donald Trump assure vouloir corriger un abus d’autorité de Barack Obama en agissant ainsi. Son administration accuse l’ancien président d’avoir agi à l’encontre de la volonté des élus au Congrès.

Donald Trump offre à ces mêmes élus l’occasion de se replonger dans le complexe dossier de l’immigration américaine. Pour le président, c’est surtout une façon de faire porter par quelqu’un d’autre le blâme d’un éventuel échec.

N’en doutez pas, les probabilités d’une entente pour éviter le pire aux « Dreamers » sont minces dans un Congrès aussi divisé. À une époque où la politique est si partisane, les véritables compromis sont rares.

Ajoutez à cela l’agenda déjà chargé et épineux des élus cet automne. Et cette insistance de la Maison-Blanche pour obtenir une réforme en profondeur du système d’immigration.

Pas de quoi être trop optimiste

« Vous n’avez rien fait de mal », a affirmé le sénateur républicain Lindsey Graham en s’adressant aux « Dreamers » inquiets de la disparition de DACA. « La seule chose qui se tient entre vous et une stabilité dans votre vie, c’est le Congrès… Ça ne peut pas être si rassurant. »

La blague du sénateur est tombée à plat

Les « Dreamers » n’entendent pas à rire. Ils s’organisent, font pression sur les élus. La liste des entreprises et des personnalités publiques qui les appuient s’allonge. Sans qu’on sache trop si cela augmente leur chance de demeurer aux États-Unis.

« Je garde espoir », a assuré Fatima Carlos devant la Maison-Blanche. « Dieu est avec nous. » La jeune femme pourrait être expulsée dans un peu plus de six mois. À moins qu’elle ne retourne se cacher dans l’ombre.

Yanik Dumont Baron est correspondant à Washington

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