Le chef de l'Église catholique a reçu le prix Charlemagne, qui récompense depuis 1948 les personnes « ayant œuvré pour l'unification européenne ». Il a livré un vibrant plaidoyer pour un nouvel humanisme européen, bienveillant à l'égard des migrants.

Au Vatican, dans l'immense salle Regia, antichambre de la chapelle Sixtine, devant un parterre de dignitaires comprenant la chancelière allemande Angela Merkel, le premier ministre italien Matteo Renzi, le roi d'Espagne Felipe VI et les présidents des institutions de l'Union européenne, le souverain pontife a fustigé une Europe repliée sur elle-même, en train de « se retrancher », rappelant « l'impression générale d'une Europe fatiguée et vieillie » qu'il avait évoquée au Parlement européen de Strasbourg en novembre 2014.

Le pape argentin a fait part de ses idéaux européens, exhortant les dirigeants à dépasser les égoïsmes nationaux pour « construire des ponts et abattre des murs ». Alors que le projet politique d'unité européenne semble s'étioler, il a estimé que ceux qui voulaient ériger des barrières entre les pays trahissaient le rêve des pères fondateurs de l'Europe moderne.

L'Europe, « encore riche d'énergie et de potentialités », doit « oser » un changement radical de modèle économique, non orienté « vers le service d'un petit nombre, mais au bénéfice des gens et de la société », a-t-il expliqué. Le pape François a dénoncé la « spéculation », la « culture du profit » et « la corruption », prônant le passage d'une économie basée sur la finance à une « économie sociale ».

Plaidoyer pour les migrants

La crise migratoire divise les États membres de l'Union européenne. Face à la montée des populismes sur l'ensemble du continent, le pape a tenu à adresser un message d'ouverture : « l'identité européenne est, et a toujours été, une identité dynamique et multiculturelle », capable d'intégrer les « cultures les plus diverses et sans lien apparent entre-elles », a-t-il martelé. Il estime qu'il faut « regarder l'étranger, le migrant, celui qui appartient à une autre culture comme un sujet à écouter, à considérer et à apprécier ».

Lors de son déplacement en Grèce le mois dernier, le chef du Vatican avait attiré l'attention médiatique sur la « crise humanitaire » touchant l'île de Lesbos, dont le camp de transit pour réfugiés et migrants était devenu un camp de rétention. Symbole marquant de son pontificat, François était reparti avec trois familles syriennes, soit 12 personnes, accueillies au Vatican.

« Quand vous prenez 12 réfugiés syriens, en proportion de la population du Vatican, c'est plus que pour aucun État membre de l'Union européenne », a souligné le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, qui a eu ces mots pour remercier le pape : « Vous remplissez nos cœurs d'un nouveau courage ».

« Je rêve d'une Europe dont on ne puisse pas dire que son engagement pour les droits de la personne a été sa dernière utopie », a conclu le pape François.

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