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Le sida se répand dans l'indifférence en Russie

Contrairement à la tendance générale observée en Afrique subsaharienne, le VIH continue de progresser en Russie avec 100 000 nouveaux cas par an. Les mesures de l'État pour contrer la maladie restent timides.

Masha fait partie du groupe La rose d’argent qui défend la cause des prostituées à Saint-Pétersbourg. Plus de 7000 travailleuses du sexe sont inscrites à cette ONG.

Masha fait le tour de ce qu’on appelle « les salons », où les prostituées se regroupent. Elle leur apporte des préservatifs, leur offre des tests de dépistage du VIH et autres soins de santé. Le tout se déroule dans la plus grande discrétion; la prostitution est illégale en Russie.

Au local de La rose d’argent, deux jeunes femmes veulent devenir travailleuses du sexe. Une conseillère leur demande si elles savent ce qu’est le sida; elles répondent que non. S’ensuit un cours de base sur cette maladie pourtant connue depuis les années 80.

Irina Maslova, qui a été prostituée pendant six ans, a créé La rose d’argent en 2003. Selon elle, la Russie connaît une épidémie de sida parce qu’on refuse de voir la réalité en face.

Dans la rue, on offre ouvertement des filles à 1100 roubles (24 $), malgré l’interdiction de la prostitution.

La rose d’argent reçoit, entre autres, l’aide du Réseau juridique canadien VIH/sida. Irina Maslova communique régulièrement avec Mikhail Golichenko, à Toronto, qui a mis sur pied un réseau de huit juristes russes pour défendre les droits des prostituées, des homosexuels et des toxicomanes à travers la Russie.

« En fait, les gens qui font usage de drogues sont considérés comme des criminels, et tous les moyens pour les traiter sont illégaux. Ça les rend complètement vulnérables au VIH et à l’hépatite C. En Russie, ce qui favorise l'épidémie de VIH, c’est l’oppression, les violations des droits de l’homme, explique M. Golichenko. C’est pour ça que l’aide juridique devient essentielle à la lutte contre le sida. »

Aider les toxicomanes

Ailleurs à Saint-Pétersbourg, un autobus du groupe Action humanitaire fait le tour des quartiers de banlieue pour offrir de l’aide aux toxicomanes, même si c’est mal vu par les autorités. Eux aussi reçoivent l’aide du Réseau juridique canadien VIH/sida.

En Russie, on retrouve la moitié des nouveaux cas de sida chez ceux qui s’injectent des drogues.

La plupart des patients sont dans un très mauvais état, explique Sergei Dougin, de l’ONG Action humanitaire. « Ils ont différentes maladies, le sida, l’hépatite B et C, il y a des cas de syphilis [...] il y a aussi des infections non soignées. Ils ne désinfectent pas leurs seringues ni leurs plaies. »

Dans le reste du monde, on utilise des traitements de substitution, comme la méthadone, pour sevrer les utilisateurs de drogues. En Russie, la méthadone est illégale.

Il y a en Russie 1,5 million d’individus séropositifs ou atteints du sida. Le taux d’infection continue d’augmenter de 10 à 15 % par année.

Les médias, ici, parlent peu de ce grave problème. Les campagnes publiques d’information décrivent la fidélité ou l’abstinence comme les seules armes pour combattre le sida.

Des ONG et l’ONU préviennent que la Russie fonce vers une épidémie généralisée d’ici 2021 si rien n’est fait.

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