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Le sort de Dilma Rousseff entre les mains du Sénat

Désavouée par la Chambre des députés du congrès dimanche, la présidente brésilienne Dilma Rousseff est déterminée à se battre pour se maintenir en poste.

Dans une allocution télévisée à la nation lundi, la présidente a réaffirmé n'avoir rien fait qui soit passible d'une destitution. Elle a accusé le vice-président Michel Temer de comploter l'équivalent d'un « coup d'État ».

Dilma Rousseff dit qu'elle se défendra « jusqu'au bout ». « Même si cela me rend très triste, j'ai la force, la volonté et le courage de me battre jusqu'au bout contre toute cette procédure », a-t-elle déclaré. « Ce n'est que le début de la bataille, qui sera longue et interminable. »

La présidente de 68 ans devrait se lancer à la recherche d'appuis au sein du Sénat, où se jouera la prochaine manche du processus qui pourrait mener à sa destitution.

Les députés ont massivement appuyé cette procédure, récoltant 25 voix de plus que les 342 requises - soit les deux tiers de la chambre. Seulement 137 députés s'y sont opposés, pendant que 7 se sont abstenus et que trois autres étaient absents.

« Le pays connaît de grandes difficultés, la présidente a perdu les conditions pour gouverner depuis longtemps déjà », a déclaré l'ennemi juré de Mme Rousseff et président de la Chambre des députés, Eduardo Cunha. « Nous devons résoudre cette situation le plus vite possible, le Sénat doit agir rapidement », a estimé M. Cunha, lui-même inculpé pour corruption.

M. Cuhna transmettra la décision historique de la chambre au Sénat.

Le sort de la présidente Rousseff repose désormais entre les mains des sénateurs, qui voteront - à la majorité simple - sur la suite des choses en mai prochain. Un vote en faveur de sa destitution entraînerait sa mise en accusation pour « crime de responsabilité ». Elle serait ainsi automatiquement suspendue de ses fonctions durant une période maximale de 180 jours, le temps que la justice étudie le cas de Mme Rousseff.

Un analyste politique, André César, estime qu'il serait difficile pour le Sénat d'infirmer la décision de la Chambre des députés, alors qu'un autre analyste prévient que la personnalité du président du Sénat, le centriste Renan Calheiros, empêche de conclure que la cause est entendue.

« La procédure sort des mains de Cunha et passe à celles de Calheiros, un autre acteur qui est autonome vis-à-vis de Temer et un peu plus proche de Dilma que Cunha », a expliqué ce dernier, spécialiste en droit public de l'université FGV, Diego Wernck, à l'AFP.

Le président du Sénat a promis de mener « avec responsabilité et indépendance » l'examen de la Chambre haute.

Les prédictions du journal O Estado sont toutefois pessimistes pour la présidente Rousseff. Le quotidien prévoit que 45 sénateurs appuieront la destitution contre seulement 21 qui s'y opposeront.

Si ce scénario se concrétisait, c'est le vice-président Michel Temer, 75 ans, qui assumerait l'intérim et formerait un gouvernement de transition jusqu'aux élections générales de 2018.

Tout aussi impopulaire que Mme Rousseff, M. Temer est chef du parti centriste PMDB éclaboussé par le scandale de corruption entourant la société pétrolière nationale Petrobras. Le nom de Temer a même été cité par plusieurs accusés dans le scandale.

Rousseff et l'histoire

Accusée de maquillage des comptes publics en 2014, année de sa réélection, et en 2015 pour masquer l'ampleur de la crise économique, Mme Rousseff continue de nier avoir commis un crime dit « de responsabilité ».

Ancienne guérillera torturée sous la dictature, Mme Rousseff a indiqué, avant le vote de la Chambre des députés, qu'elle « lutterait jusqu'à la dernière minute de la seconde mi-temps ».

Héritière politique de l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), Mme Rousseff est entrée dans l'histoire en 2011 en devenant la première femme à accéder à la présidence du Brésil. Elle risque toutefois de quitter la scène politique en devenant la première femme à être destituée.

Le seul président brésilien à avoir subi pareil sort est Fernando Collor de Mello. Le gouvernement lui avait montré la sortie dans la foulée d'un scandale de corruption en 1992.

« Ce vote scandaleux ne va pas l'abattre », a prévenu dimanche soir le défenseur de Mme Rousseff, l'avocat général de l'État, José Eduardo Cardozo.

De leur côté, les députés de droite et de centre droit ont promis de « nettoyer le pays de la corruption » et d'en finir avec « ce gouvernement incompétent qui a conduit le Brésil à la ruine. »

La tourmente politique dans laquelle se retrouve le Brésil survient au moment où l'économie du pays se contracte et l'inflation s'élève à environ 10 %.

De plus, l'épidémie du virus Zika ravage les États du nord, et Rio de Janeiro se prépare à recevoir les Jeux olympiques d'été en août prochain.

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