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Le spectre de l’ingérence russe plane sur les élections en République tchèque

Les accusations d'ingérence de la Russie dans le déroulement des présidentielles se font de plus en plus insistantes en République tchèque à la veille du second tour de scrutin qui oppose l'ex-communiste Milos Zeman et le pro européen Jiri Drahos.

Après avoir été accusés d’avoir tenté d’influencer l’issue des élections présidentielles en France et aux États-Unis, les services secrets russes sont aujourd’hui soupçonnés par l’opposition tchèque d’agir pour favoriser la réélection du président sortant prorusse Milos Zeman.

À moins de 24 heures du début du second tour des présidentielles qui s’annonce serré, Milos Zeman rejette en bloc ces allégations persistantes reprises par son rival Jiri Drahos.

« C'est une insulte à l'égard des citoyens tchèques que de les accuser de se laisser manipuler par des services secrets étrangers », a déclaré Milos Zeman, un ex-communiste aujourd’hui âgé de 73 ans.

Mais pour son adversaire, Jiri Drahos, il est au contraire tout à fait « logique que les services secrets russes soient impliqués dans les élections ».

« Pour le régime de Vladimir Poutine, l'OTAN est le plus grand ennemi et nous sommes membres de l'OTAN », a souligné le candidat pro-Europe lundi, lors d’un échange avec des électeurs.

Une guerre d'influence

Selon Jiri Drahos, si Moscou a tenté d’influencer l’issue du scrutin dans de grandes puissances comme la France ou les États-Unis par des actes de piratage informatique et la publication de fausses informations sur Internet, il tombe sous le sens que les Russes interviennent aussi en République tchèque pour y favoriser là aussi les candidats qui lui sont le plus favorables.

Cet avis est aussi partagé par plusieurs experts, dont le spécialiste des questions de sécurité Andor Sandor. « Je ne peux pas exclure que les services secrets russes FSB, SVR, ou GRU jouent un rôle dans ce genre d'activités, et ils sont vraiment bons en cela », a-t-il déclaré à l’Agence France-Presse.

Le groupe de réflexion pro-européen Evropske hodnoty est du même avis. Il qualifie le président sortant Zeman de « cheval de Troie du Kremlin » en République tchèque.

Selon Evropske hodnoty, Milos Zeman se veut l’écho de la propagande et des argumentaires russes, notamment en matière de diplomatie.

« Zeman est un actif sympathisant de sites de désinformation qu'il considère comme dignes de confiance », estime le centre d'analyse basé à Prague.

Pour Frantisek Vrabel, chef d'une société d’analyse des risques informatiques, Semantic Visions, « la propagande et les intérêts russes sont très présents en République tchèque ».

Semantic Visions surveille 4000 sites Internet en République tchèque et plus de 600 000 autres sites dans le monde.

Guerre des mots

Alors que les Tchèques doivent retourner aux urnes vendredi et samedi, la guerre des mots entourant la question de l’immigration va bon train entre Jiri Drahos, favorable à une immigration sécuritaire et le président sortant Zeman qui estime que l’afflux de migrants en Europe en 2015 était une « invasion organisée de musulmans incapables de s’intégrer ».

Milos Zeman qui souffre de neuropathie diabétique et qui se déplace avec une canne est quant à lui attaqué sur son état de santé par ses opposants qui ont fait circuler des rumeurs voulant qu’il soit atteint d’un cancer en phase terminale. Des informations formellement démenties par ses médecins.

Les accusations se multiplient contre Moscou

Depuis deux ans, les Russes ont été à plusieurs reprises accusés d’œuvrer dans l’ombre à partir d’Internet et des réseaux sociaux pour influencer l’issue des élections dans des pays étrangers.

Aux États-Unis, des membres de l’équipe rapprochée de Donald Trump, dont son fils, sont soupçonnés d’avoir comploté avec des éléments russes lors d’une rencontre à New York en vue d’obtenir des informations pour miner la campagne d’Hillary Clinton.

Les Russes sont aussi soupçonnés d’avoir orchestré des piratages menant au vol et à la publication de milliers de courriels de responsables du parti démocrate.

Des enquêtes sont actuellement menées à Washington pour déterminer si le président Trump a personnellement trempé dans ces affaires.

En France, les médias Russia Today et Sputnik , qui appartiennent à l’État russe, ont été pris à parti pour avoir publié une série de fausses nouvelles pendant la campagne présidentielle au détriment d’Emmanuel Macron.

Des pirates russes sont aussi soupçonnés d’avoir mené un grand nombre d’attaques informatiques contre les systèmes du parti d’Emmanuel Macron.

Plus récemment, le gouvernement espagnol a affirmé détenir des preuves que des groupes situés en Russie et au Venezuela ont utilisé les réseaux sociaux pour faire la promotion de la cause séparatiste catalane et tenter d'influencer l'opinion publique en Catalogne.

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