Le Texas, l'État le plus républicain des États-Unis, pourrait-il devenir démocrate? Pas forcément en cette année présidentielle, mais dans quatre ans?

Un texte de Michel Labrecque à Désautels le dimanche

Vous pensez que je suis tombé sur la tête? Pensez à « notre » Texas, l'Alberta : si on vous avait dit, il y a trois ans, que l'Alberta aurait une première ministre néo-démocrate, qu'auriez-vous répondu? Comme m'a dit Jay Root, un collègue journaliste du Texas Tribune, « la politique, ça ne change pas... jusqu'à ce que ça change ».

Si vous avez lu mon papier de la semaine dernière, vous savez que le Texas vit un grand brassage démographique qui change les plaques tectoniques de cet État.

« Regardez autour de vous : ici, il y a tous les groupes ethniques, tous les styles de vie des États-Unis. Et nous appuyons tous Hillary », dit une partisane démocrate rencontrée lors d'une soirée de fête, le 1er mars dernier. Hillary Clinton venait tout juste de remporter la primaire du Texas.

« Les grandes villes, Houston, Dallas, San Antonio, Austin et El Paso, sont déjà à majorité démocrate », souligne Lou Weaver, un autre militant.

Vrai. Mais dans les banlieues et dans le reste du Texas, c'est une tout autre histoire.

Le congrès du Texas est actuellement totalement dominé par les républicains. Le gouverneur actuel, Greg Abott, est membre du Tea Party. Il déteste viscéralement le gouvernement fédéral, a fait adopter une loi sur le port libre d'armes dans les classes des universités, a tout fait pour réduire l'accès à l'avortement, etc.

« Ce sont des clowns, des fous furieux et des croisés chrétiens », dit Mary-Beth Rodgers, auteur de Turning Texas Blue, un livre qui explore toutes les pistes pour que les démocrates redeviennent une force au Texas. Mme Rodgers a travaillé avec la dernière gouverneure démocrate du Texas, Ann Richards, élue en 1990 puis battue en 1994 par un certain... George W. Bush.

Il faut rappeler que les démocrates ont régné sur le Texas durant la première moitié du 20e siècle. Il y a même eu un président démocrate originaire du Texas, Lyndon B. Johnson, qui a succédé à John F. Kennedy.

Mais ce Parti démocrate était bien différent de celui d'aujourd'hui, plutôt conservateur. En signant la loi sur les droits civiques, en 1964, le président Johnson avait dit : « Nous venons de perdre le Texas et le sud pour une génération ». Il ne croyait pas si bien dire.

Bref, il y a toujours eu des démocrates au Texas. En 2008, Barak Obama a même reçu 43 % des votes. Avec Donald Trump qui traite les latinos illégaux de criminels et de paresseux, qui sait quel pourcentage du vote récoltera le candidat - ou la candidate - démocrate?

Mary-Beth Rodgers prévoit que les démocrates pourraient gagner des points. « Mais je n'irai pas jusqu'à prévoir une victoire », nuance-t-elle.

L'exemple californien

« Le Texas est le seul État "majorité-minorités", où les minorités sont plus nombreuses que les "anglos" qui votent républicain », explique le journaliste Jay Root. Il ajoute qu'en Californie, c'était la même chose, jusqu'à ce que le gouverneur républicain Pete Wilson (1991-1999) fasse adopter une loi sévère contre l'immigration en provenance d'Amérique latine. Ce fut le début de la fin pour la domination républicaine en Californie. « Il pourrait y avoir un jour un "moment Pete Wilson" au Texas », estime M. Root.

Mais tous les Hispaniques ne sont pas démocrates. Et surtout, ils sont peu nombreux à voter.

Prenez Artemio Muniz, fils d'un fabricant de matelas de Houston. Détail intéressant : sa famille est arrivée illégalement du Mexique. En 1986, l'administration républicaine de Ronald Reagan a légalisé la famille Muniz et trois millions d'autres illégaux - un geste qui contraste avec les expulsions massives prônées par Ted Cruz et Donal Trump lors de la dernière course à l'investiture républicaine.

Si le Texas redevenait démocrate, ce serait un séisme politique aux États-Unis. Ou peut-être deviendra-t-il dans un premier temps un swing state comme la Floride, capable de basculer dans un camp comme dans l'autre au gré de chaque élection?

À moins que, grâce à des militants comme Artemio Muniz, ce ne soit le Parti républicain qui se transforme pour s'ouvrir davantage au Texas de demain.

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