ANALYSE - Le régime chaviste de Nicolas Maduro vient-il de basculer dans la dictature? La question se pose après les graves événements du 5 juillet à Caracas. Pendant plusieurs heures, des partisans du président ont séquestré des députés de l'opposition à l'intérieur du parlement, après les avoir attaqués à coups de pierres et de barres de fer.

Des agents violents du régime de Caracas, fidèles du successeur d’Hugo Chavez, ont investi de force l’enceinte de l'Assemblée nationale, unique institution contrôlée par l'opposition. Sept députés ont été blessés, dont au moins un grièvement.

« Une attaque directe, une agression grave contre la démocratie », a dit l’Union européenne, au diapason de la plupart des pays d’Amérique latine.

Acculé par la récession la plus forte du monde (moins 10 % en 2016 par rapport à 2015, pire que ce que n'a jamais connu la Grèce, par exemple), par l’hyperinflation (500 % en 2016), par une disette de nourriture et de médicaments qui confine à la crise humanitaire, le pouvoir vénézuélien est aux abois.

Ayant déjà mis dans sa poche l’essentiel de l'armée et des institutions judiciaires et médiatiques (l’audiovisuel), il essaie aujourd’hui de réduire un des derniers bastions de l’opposition : l'Assemblée nationale.

Une attaque téléguidée?

Au soir de l’assaut du 5 juillet, le président Maduro a nié tout lien de la présidence avec l’agression : « Je ne serai pas complice de la violence; nous enquêterons pour savoir ce qui s’est passé. » Mais il a aussi émis l’hypothèse que cette violence a pu être le résultat d’une provocation du camp adverse.

La journée de mercredi avait commencé alors que le vice-président, Tareck Al-Aissami, accompagné d’un haut gradé de l’armée, s’était amené aux portes du parlement, puis livré devant quelques partisans chavistes à une harangue contre « les traîtres à la patrie » et les « apatrides du capitalisme », les « vendus à l’impérialisme » qui contrôlent l'Assemblée nationale.

Il a appelé « le peuple » à « libérer » cette institution conquise par l’opposition en décembre 2015, lors d’élections démocratiques reconnues à l’époque par tout le monde.

Plus tard dans l’après-midi, c’était l’irruption d’un colectivo, l’un de ces groupes paramilitaires prorégime qui, depuis trois mois, sèment la terreur lors des manifestations de l’opposition (90 morts en avril, mai et juin) avec leurs tenues caractéristiques de guérilleros, leurs effigies de Chavez, Castro, Guevara, etc.

Dans des scènes qui ont été filmées, on les voit entrer à l'intérieur du parlement et attaquer les députés, mais aussi des journalistes et des fonctionnaires qui s'y trouvaient.

Tout cela pendant neuf heures au total, sans que les forces de l’ordre officielles (la guardia nacional) interviennent. Aux alentours de minuit, le siège était levé et le colectivo s’est évanoui dans la nature.

Dans le Venezuela de 2017, la majorité de la population est à bout. Elle accuse le régime d’être la cause de ses malheurs. Un régime dont les appuis (selon les sondages à prendre avec des pincettes, mais qui donnent une idée) se réduisent à 30 %, peut-être 20 % de la population, alors que le défunt Hugo Chavez, en son temps, allait chercher 45, 50, voire 55 % d’appuis, lors d’élections où l’on comptait honnêtement les votes.

S’il y avait de vraies élections libres au Venezuela aujourd’hui, les chavistes seraient balayés. Ils le savent, et s’accrochent à une légitimité qu’ils qualifient de « révolutionnaire ». Ils viennent de sortir de leur chapeau l’idée d’une « assemblée constituante », à être formée lors de consultations à travers le pays le 30 juillet.

Mais la ficelle est grosse, et l’opposition dénonce une manœuvre de diversion au profit des amis du régime alors même qu’on attaque le Parlement régulier; alors même que des élections régulières régionales sont suspendues depuis des mois, certaines ayant dû avoir lieu en 2016.

L’opposition, majoritaire à l'Assemblée nationale, vient de répliquer en organisant son propre référendum pour le 16 juillet, un référendum qui se veut consultatif, censé démontrer l’illégitimité du régime Maduro. Attaques et contre-attaques « électorales »…

Vers la guerre civile?

Entre les manifestations devenues quotidiennes (sans être massives ou généralisées), un régime qui se barricade et des colectivos qui mènent des « frappes » sélectives, on peut désormais parler, au Venezuela, de guerre civile larvée.

Dans le Parti socialiste de Maduro, des fêlures apparaissent. On voit une esquisse de rapprochement entre des chavistes dissidents – comme la procureure générale Luisa Ortega (anciennement très proche du Comandante Chavez) – et l’opposition.

Mme Ortega dit aujourd’hui que « le Venezuela est en proie à un coup d'État », perpétré par le pouvoir contre les institutions indépendantes.

Guerre civile? Pas encore. Mais avec l’assaut du parlement par des forces paramilitaires du régime, on vient peut-être d’assister à un « saut qualitatif » : on peut sans doute maintenant parler de dictature au Venezuela.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un enfant impressionne à la batterie dans le métro de New York





Rabais de la semaine