Après avoir été la destination favorite des manufacturiers de la planète pendant près de trois décennies, la Chine a perdu de son attrait et de sa compétitivité au cours des dernières années. Aujourd'hui, les manufacturiers regardent davantage vers l'Inde, le Bangladesh, et surtout le Vietnam.

Yavn Côté

  Un texte de notre correspondant Yvan Côté

Au beau milieu d'une usine de textile au coeur d'Ho Chi Minh-Ville, Nguyen Thi Bao découpe des tissus. La chaleur est écrasante et les ventilateurs tournent à plein régime, mais la femme de 28 ans ne se plaint pas.

Au contraire, elle se dit choyée d'avoir trouvé cet emploi. Un gagne-pain qui lui a permis de quitter les champs familiaux et d'enfin déménager en ville. Un geste répété des dizaines de milliers de fois par d'autres Vietnamiens, en quête d'une meilleure vie.

Ma famille et mes amis me trouvent chanceuse, dit-elle avec le sourire. L'usine de textile est propre, mon patron nous paie la nourriture et il m'offre aussi un billet annuel pour que je retourne voir ma famille.

La Chine en perte de vitesse

Aujourd'hui, la Chine n'est plus le pays préféré des manufacturiers du monde. Le coût de la vie augmente sans cesse chez le géant asiatique, entraînant avec lui les salaires et les coûts de production à la hausse.

Voilà pourquoi les gestionnaires d'entreprises ont trouvé de nouvelles adresses pour brasser des affaires. Parmi elles, l'Inde, le Bangladesh, mais surtout le Vietnam. Le petit pays d'Asie du Sud-Est a une position géographique avantageuse, une population de 90 millions de personnes qui est encore jeune et surtout, une main-d'oeuvre bon marché.

Les ouvriers au Vietnam gagnent en moyenne 250 $ à 300 $ par mois. Un salaire trois à quatre fois moins élevé qu'en Chine pour un travail comparable. Une véritable aubaine pour les manufacturiers, qui arrivent dorénavant en masse.

Foxconn et Intel s'installent

Paul Norriss et son partenaire d'affaires emploient 450 personnes dans leur usine de textile. Hors de question pour eux de bouger. Le chiffre d'affaires de leur entreprise grimpe chaque année et la main-d'oeuvre lui permet de produire des vêtements de qualité pour des marques comme Quicksilver et Penguins.

« Lorsque nous sommes arrivés au Vietnam, explique Norriss, il y avait toutes sortes d'embûches administratives et de barrières que nous devions surmonter ».

« Maintenant le pays s'est ouvert, ajoute-t-il, et Hanoï encourage le commerce et les investissements étrangers. L'expérience a été fantastique pour nous. »

Une classe moyenne en progression

Les géants comme Samsung, Foxconn (qui produit entre autres les téléphones Apple) et Intel ont d'ailleurs eux aussi décidé de déménager plusieurs de leurs opérations de la Chine vers le Vietnam.

Une décision qui a engendré des dizaines de milliers d'emplois, et qui a fait en sorte que la classe moyenne au Vietnam croît plus rapidement que dans n'importe quel autre pays d'Asie du Sud Est.

Le Vietnam a enregistré une croissance de 6,68 % en 2015, malgré les ralentissements économiques mondiaux.

Il s'agit de sa plus forte croissance depuis 2011 et l'une des plus importantes sur la planète.

Plusieurs analystes croient que ce taux ira en s'accroissant alors que le pays multiplie les accords de libre-échange (Partenariat transpacifique, Accord de libre-échange entre le Vietnam et l'Union européenne ainsi que la création de la Communauté économique de l'ASEAN).

« Nous avons réussi à sortir 6 millions de personnes de la pauvreté en cinq ans, indique Nguyen Hong Duong, le chef adjoint du Département des échanges internationaux avec l'Amérique au sein du gouvernement vietnamien. Deux facteurs expliquent notre succès : la personnalité des Vietnamiens et la stabilité de notre gouvernement. »

Critiques muselés

Un bilan économique qui contraste cependant avec celui du respect des droits de la personne. Le Parti communiste gouverne toujours sans opposition au Vietnam et il continue de museler les voix dissidentes qui osent dénoncer les abus et la corruption du parti.

Le classement de Reporters sans frontières place d'ailleurs le Vietnam juste devant la Syrie et la Chine en matière de liberté de presse en 2016.

Qu'importe, pense Thi Bao, comme bien d'autres Vietnamiens, « ma vie s'est améliorée par rapport à celle de mes parents et je ne voudrais jamais retourner travailler dans les champs ».

Le Vietnam suit donc les traces de la Chine pour devenir la nouvelle usine de la planète. Et il utilise les mêmes méthodes pour s'assurer de réussir.

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