Le wax, ce tissu reconnaissable à ses couleurs éclatantes, a le vent en poupe. Il s'invite dans les grandes vitrines, comme les galeries Lafayette, à Paris, ou chez les grandes marques, comme Louboutin et Burberry. Le wax n'est-il qu'un simple tissu? Non, il est bien plus que cela.

Un texte de Marie-Laure Josselin

Un soir de semaine, à la galerie Mushagalusa à Montréal, une vente privée et conférence d’une designer béninoise, Nanawax, fait salle comble. À l’ouverture de la vente de ses accessoires et habits imitant la marque Zara, mélangeant wax et autres matières, on pousse du coude, on s’arrache presque les morceaux. Tout part en quelques minutes.

Pour Rachelle et Carmelle, la marque représente « la modernité, la femme forte, l’indépendance et l’afrodescendance, un mélange parfait entre l’Occident et l’Afrique ».

Car si ce tissu est intimement lié à l’Afrique, il n’est pas pour autant africain. Ce sont les Hollandais qui ont importé la technique de l’île de Java, qui était alors une colonie néerlandaise. Il s’agit d’une technique d’impression utilisant la cire fondue, d’où le nom de wax, qui veut dire cire en anglais. Dès son arrivée dans les pays du golfe de Guinée, il y a plus d’un siècle et demi, ce tissu est entré dans les maisons des Africains et Africaines, qui sont devenus maîtres dans l’art de porter le wax.

Moyen d’expression

Le wax est un moyen d’expression privilégié par la classe politique. Il permet de célébrer la venue d’un hôte important. Quand Barack Obama est venu en Afrique, pas moins de cinq pagnes à son effigie ont été confectionnés.

Outil de propagande, il est distribué lors des élections, car il sert de langage et de média de mobilisation électorale : un support bien plus fort que le traditionnel affichage. Porté, il entre facilement dans les maisons.

Les autorités religieuses ne se privent pas non plus de ce moyen de communication. À la mission Notre-Dame-d’Afrique, à Montréal, dans les tiroirs de la sacristie, les chasubles en wax côtoient les traditionnelles blanches. Le dimanche, l’assemblée revêt les vêtements multicolores où l’on retrouve l’image de la vierge Marie.

Code social

Le wax a une fonction sociale. Le nombre que l’on porte peut indiquer le statut marital. L’imprimé aussi en dit long.

Pour se réapproprier ce tissu ou pour faire mousser les affaires, les Africaines ont rebaptisé des wax et, d’un coup d’oeil, les expertes comprennent les messages envoyés par le vêtement.

Si tu portes le wax « grotto », tu as un vieil amant riche. L’imprimé « mari capable » ou « milliardaire », signifie que ton mari a de l’argent. Si tu portes le tissu appelé « les ongles de Marie-Thérèse », il faut éviter de s’approcher de toi. « Mon pied ton pied » est le symbole de l’égalité homme-femme.

Enfin, si tu portes le tissu le plus cher, qui peut coûter jusqu’à 125 $ pour six mètres, tu indiques ton statut social.

Réappropriation

Depuis quelques années, les jeunes issus de la diaspora ont décidé de s’affirmer avec le tissu.

Si, pour Victorine Kossou, Béninoise de 72 ans, le wax se porte en tenue traditionnelle, sa fille le décline comme elle le peut : robe flashy, coussins, etc…

« Le wax, c’est ma culture, c’est mon identité. Chaque chose à sa fonction », explique Victorine. Mais Laurette réplique : « Si le tissu est cher, je vais me faire une tenue fashion! ».

Pour se sentir plus proches de leur culture, de plus en plus de personnes se sont mises à travailler ce pagne africain, pour le sortir des sentiers battus.

Ingrid Agbato, de la marque Coo-Mon, voulait que ce mélange des deux cultures qui représente son identité se transpose aussi dans ses vêtements. « J’ai une dualité en moi, c’est ce que je voulais partager. Le wax me manquait, mais je n’étais pas prête à le porter de la tête aux pieds. »

Une réappropriation facilitée par les vedettes comme Beyoncé et Rihanna, qui s’affichent avec le tissu chouchou des Africains et Africaines.

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