Comme bien des gens, je garde toute l'année les livres que je n'ai pas le temps de lire pour l'été. L'un de ceux-là était la remarquable biographie de Richard Nixon de John A. Farrell (non, pas le gérant des Red Sox de Boston). Remarquable, parce que jusqu'ici, les biographes de Nixon tendent soit à le considérer comme le diable, à cause de l'affaire du Watergate, soit comme un génie des affaires étrangères, pour le rapprochement avec la Chine.

Une analyse de Michel C. Auger

Mais impossible de lire ce livre intitulé Richard Nixon, The Life sans faire de lien avec l’actuel occupant de la Maison-Blanche, Donald Trump. Des liens qui font craindre qu’une autre présidence se termine dans une véritable crise nationale qui paralyserait le gouvernement américain.

Le premier trait de personnalité que l’on peut retrouver chez les deux hommes, c’est un sentiment de rejet par les élites et, en même temps, la volonté de compenser cela en voulant être le porte-parole de la « majorité silencieuse », l’expression qui est devenue célèbre du temps de Nixon.

On allait aussi habilement cultiver la peur de cette majorité silencieuse en se faisant les champions de la « loi et de l’ordre » - une méthode qui, hier comme aujourd’hui, a largement été considérée comme jouant sur les divisions raciales et des peurs de la communauté blanche.

Les ressemblances se manifestent aussi dans la manière de considérer que toutes les politiques, du moins au plan domestique, devaient avoir comme fin ultime de consolider la base électorale du président républicain.

Un trait remarquablement similaire chez MM. Nixon et Trump est une haine de tous les instants des médias et des journalistes. Mais, contrairement à Trump qui a longtemps courtisé leur approbation, Nixon détestait tous les journalistes bien avant d’accéder à la Maison-Blanche et plusieurs se sont retrouvés sur une « liste des ennemis » qui avait été découverte à l’occasion des enquêtes sur le Watergate.

L’entourage des deux présidents avait des similitudes. Nixon était entouré ce qu’on a appelé sa « Garde prussienne », des gens qui étaient avec lui depuis des années et qui ne l’auraient jamais contredit. Les principaux conseillers de M. Trump viennent de sa propre famille et il ne semble y avoir personne à la Maison-Blanche qu’il écoute vraiment.

La hantise des fuites

Mais la plus grande ressemblance - et c’est celle qui est la plus inquiétante, est une véritable hantise chez les deux hommes des fuites. Du coulage d’informations provenant de l’administration. Parfois des informations sensibles (surtout sur la guerre au Vietnam dans le cas de Nixon) mais le plus souvent des informations assez anodines sur le fonctionnement de la Maison-Blanche (dans le cas de M. Trump).

Les deux présidents avaient cela en horreur, considéraient cela pratiquement comme un comportement de nature criminelle. M. Trump en a fait un thème récurrent de ses tweets du matin, au point de forcer son secrétaire à la Justice d’en faire une priorité.

Nixon a eu une autre méthode : il a formé un groupe secret de gens chargés de mettre fin aux fuites, pour la plupart d’anciens agents des services de renseignement qu’on a surnommés les « plombiers ».

Avec le temps, ce sont eux qui se sont chargés de toutes les basses oeuvres du président, comme cette idée d’aller espionner les téléphones du Parti démocrate, un « cambriolage de troisième ordre » qui allait donner naissance au scandale du Watergate.

Avec le temps, aussi, s’est installé cette notion que ne désavouerait pas M. Trump et que Richard Nixon a défendue jusqu’à sa mort : « si c’est ordonné par le président, ce ne peut pas être illégal ».

Évidemment, les deux hommes sont très différents dans leurs origines. Trump vient d’une famille déjà très riche de New York. Nixon vient d’une famille pauvre de fermiers et petits commerçants en Californie. Mais les deux faisaient une véritable maladie de leur rejet par les élites, les deux ayant été considérés, chacun à leur époque, comme des personnages grossiers et indignes de la présidence.

Ils étaient aussi très différents dans leur préparation pour la présidence. Nixon avait été vice-président, il connaissait à fond l’histoire des États-Unis et du monde. Et on ne l’aurait jamais vu mettre sur le même pied des néonazis et ceux qui manifestaient contre eux, comme l’a fait Trump.

Le monde était aussi bien différent. Nixon héritait de la guerre froide et de la guerre tout court au Vietnam, des conflits qui devaient marquer l’ensemble de son mandat. On parle ici de conflits bien plus substantiels que les menaces de la Corée du Nord, par exemple.

Mais quand on a fini de lire cette biographie de Richard Nixon, on comprend surtout combien la Maison-Blanche et la présidence peuvent isoler un président, le couper de la réalité et l’amener à poser des gestes qui auront des conséquences bien plus sérieuses qu’il n’aurait pu le croire.

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