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Législatives en France : un vent favorable à Macron

Lors des législatives françaises, dont le premier tour se tient dimanche, des ténors des partis traditionnels français sont menacés par des néophytes issus de la formation du président Emmanuel Macron, La République en marche. C'est le cas dans la Creuse, où nous sommes allés.

Un texte de Sylvain Desjardins, correspondant en Europe

La vallée de la Creuse - du nom de la rivière locale - est un territoire agricole, situé en plein centre de la France, où le temps semble figé. Si ce n’était de quelques rares parcs d’éoliennes présents dans le paysage, on se croirait au début du 20e siècle.

C’est la circonscription électorale qui détient la moyenne d’âge la plus élevée, et c'est l'une des plus pauvres de France. Politiquement, la région est plutôt à gauche, bien que la droite détienne plusieurs postes dans les administrations locales.

À l’image du reste du pays, on a voté Macron ici, aux élections présidentielles.

Le candidat local d’En marche, Jean-Baptiste Moreau, est un agriculteur sans expérience politique. Il le reconnaît lui-même, son principal atout, c’est le nom du président. « On a le vent dans le dos, c’est certain, oui. Les résultats de l’élection présidentielle nous aident grandement. Et les premiers pas sans faute du président Macron nous aident aussi », dit-il.

Le candidat local du Front national, Martial Maume, en convient, c’est le néophyte du camp Macron qui a le plus de chances d’être élu au poste de député de La Creuse. « C’est fort possible, oui. Les gens en ont marre des vieux partis. Donc, il bénéficie de ce rejet, effectivement. »

Les employés de GM&S « écoeurés »

« La confiance, ça se mérite. Pour l’instant, on n’est pas trop convaincus de ce nouveau gouvernement », indique le délégué syndical CGT (Confédération générale du travail) de l’usine GM&S, Vincent Labrousse.

Le fabricant de pièces automobiles, situé dans la petite ville de La Souterraine, dans l’ouest de la vallée, est en faillite depuis décembre dernier.

Ses employés ont fait parler d’eux à la mi-mai quand ils ont menacé de faire exploser leur usine avec des bonbonnes de gaz. Un cri du coeur pour alerter les autorités sur la menace de fermeture et la disparition de 277 emplois. Les principaux clients de GM&S, Renault et PSA (Peugeot), ont choisi de s’approvisionner ailleurs.

Le gouvernement Macron, fraîchement élu, est intervenu. Le nouveau ministre des Finances, Bruno Lemaire, a annoncé avoir obtenu un accord pour l’augmentation des commandes.

Mais Renault affirme maintenant que cette hausse ne pourra se réaliser avant 2018.

« Si c’est un coup de com de Lemaire, c’est bas. On joue avec la vie des gens. Si c’est l’état d’esprit du gouvernement, on va le combattre. À eux de nous prouver le contraire. On a dit qu’on suspendait le mouvement de grève. Si on n’obtient pas les choses, on décidera avec les salariés. Le piégeage de l’usine n’est pas exclu du tout », poursuit Vincent Labrousse.

Le député socialiste sortant, Michel Vergnier, a beaucoup aidé les travailleurs de GM&S au cours des derniers mois, des dernières années. À 70 ans, il sollicite un cinquième mandat d'affilée. Il devrait normalement recueillir les voix de mécontentement des travailleurs de l’usine et de leur entourage.

Mais il le reconnaît lui-même, cette fois, c’est différent. La victoire électorale est loin d’être acquise. « Avec l’arrivée d’En marche, on n’est plus deux, ou trois, à se partager les votes. On est quatre! Ça ne laisse pas beaucoup de place pour l’improvisation. Combien de ceux qui votaient pour moi vont me quitter? Il y en aura, fatalement », laisse-t-il tomber.

Aucun sondage sérieux n’a été réalisé dans la circonscription. Mais si on se fie au pourcentage obtenu ici par le candidat présidentiel socialiste, Benoît Hamon (9 %), le député aguerri de La Creuse ne passerait même pas au deuxième tour de scrutin.

Lassés des vieux partis

Comme plusieurs membres éminents du Parti socialiste (PS), Michel Vergnier reconnaît que le parti de François Mitterrand et de François Hollande pourrait bien éclater au lendemain du scrutin. « Bien sûr qu’il y a un risque pour l’avenir du PS! Les Français sont lassés des vieux partis, ils voient dans En marche de la fraîcheur. Ça les attire ».

Au marché de Gouzon, petite commune de 800 habitants dans l’est de la circonscription, des électeurs qui n’ont pas voté Emmanuel Macron lors des présidentielles se disent maintenant prêt à lui accorder une majorité.

« Oui, il faut lui donner sa chance maintenant. Les électeurs de gauche et de droite ont voté massivement pour lui, il faut lui donner une majorité pour diriger. Faut voir ce qu’il peut faire », affirme un entrepreneur en construction à la retraite.

Une fonctionnaire régionale de 52 ans renchérit : « Il faut aller dans la continuité. Je vais voter pour le candidat En marche », dit-elle, même si elle avoue ne pas connaître l’identité du candidat local de la formation présidentielle.

Dans la Creuse comme ailleurs, la présence de très nombreux candidats de gauche et de droite risque d’affaiblir les partis traditionnels. Comme l’indiquent les sondages, tout est en place pour un raz de marée présidentiel.

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