Trois mois après son élection, où en est le président français? Comment ce néophyte en politique s'en tire-t-il? Quels sont ses bons et ses mauvais coups en début de mandat? Pistes de réflexion.

Un texte de Danielle BeaudoinEmmanuel Macron a commencé son mandat à l’Élysée dans l’euphorie d’une victoire électorale que peu de gens avaient vue venir. Son parti a ensuite obtenu la majorité absolue aux législatives. Mais 100 jours après son arrivée au pouvoir, les Français le boudent déjà. Sa popularité baisse de sondage en sondage. Le plus récent, diffusé vendredi par la firme Ifop, révèle que seulement un Français sur trois, soit 36 %, est satisfait de l’action de Macron. Que s’est-il donc passé? Voici ce qui se démarque des 100 premiers jours du président français.

Un président « jupitérien », qui contrôle tout

Pendant la campagne électorale, Emmanuel Macron a dit que la France avait besoin d’un chef de l’État « jupitérien ». Selon le Larousse, jupitérien vient de Jupiter, ce dieu romain qui gouverne les autres dieux, et qui « en a le caractère impérieux, dominateur ».Le « président jupitérien » s’est attiré plusieurs fois les foudres de l’opposition, qui l’accuse de « dérives autoritaires ». D’après les médias français, Emmanuel Macron est sans pitié avec ses ministres et ses collaborateurs.Ce président jupitérien accorde peu d’entrevues aux médias. Il a même boudé la traditionnelle entrevue du 14 juillet. Par contre, il mise sur les images fortes, que ce soit en se montrant en combinaison de pilote à la Top gun sur une base aérienne du sud de la France ou en descendant d’un hélicoptère à l’aide d’un treuil pour visiter un sous-marin.

La grande popularité de la première dame

Si la cote de popularité du président baisse à vue d’œil, celle de son épouse est enviable. Beaucoup sont fascinés par le couple atypique que forme Emmanuel Macron, 39 ans, avec sa femme Brigitte, 64 ans. Sa popularité pourra-t-elle profiter au président? Jusqu’ici, la première dame s’en est tenue aux apparitions protocolaires.Emmanuel Macron, lorsqu’il était en campagne électorale, avait promis de clarifier le rôle public de la première dame. Une pétition sur Internet, qui a recueilli à ce jour plus de 300 000 signatures, s’oppose à la création d’un statut particulier pour l’épouse du président. En fait, les pétitionnaires sont contre toute idée d’un budget spécifiquement alloué à la première dame. L’Élysée a fini par reculer. Il n’est plus question de donner un statut officiel à la première dame. Le rôle public de Brigitte Macron sera précisé au cours des prochaines semaines.

Une bonne performance à l’international

En dépit de son inexpérience, le nouveau président s’en est bien tiré sur la scène mondiale, selon les analystes. Il a reçu des commentaires élogieux de ses vis-à-vis, notamment lors du Conseil de l'Europe, du sommet de l'OTAN et du G7.Il a su s’imposer devant les « durs à cuire » de la diplomatie internationale que sont les présidents russe et américain, Vladimir Poutine et Donald Trump. Il les a d’ailleurs déjà accueillis à Paris. Il a aussi reçu les principaux dirigeants européens pour faire avancer la réforme de l’Union et de la zone euro.

Un gouvernement de rassemblement?

Sur le plan gouvernemental, Emmanuel Macron avait promis de former un gouvernement paritaire, ouvert à la société civile et à la fois de gauche et de droite. À la mi-mai, le président et son premier ministre issu de la droite modérée, Édouard Philippe, ont présenté leur cabinet. Sur 22 membres, autant de femmes que d’hommes, ainsi que 10 personnalités de la société civile et un mélange de politiques de gauche, de centre et de droite.En juin, après les législatives et surtout après la démission de quatre poids lourds du gouvernement pour des affaires judiciaires, Emmanuel Macron et Édouard Philippe ont remanié leur équipe. Celle-ci se compose de 30 membres, 15 hommes et 15 femmes. Une grande partie vient de la société civile, et le nouveau gouvernement réunit des personnalités tant de la gauche que de la droite.Le gouvernement est certes diversifié, mais jusqu’ici les ministres sont plutôt effacés et l'on n’entend que le président, peut-on lire dans les médias français. En tout cas, la rentrée s’annonce chargée cet automne, avec la réforme controversée du Code du travail et le budget 2018.

Le départ fracassant de quatre ministres

Emmanuel Macron s’est séparé de quatre ministres importants en juin pour des affaires judiciaires, dont son bras droit, Richard Ferrand, ministre de la Cohésion des territoires, soupçonné de favoritisme familial.

Le président perd aussi trois ministres du MoDem : François Bayrou, ministre de la Justice, Sylvie Goulard, ministre de la Défense, et Marielle de Sarnez, ministre des Affaires européennes, soupçonnés d’emplois fictifs dans leur parti.

Crise militaire et démission d’un général

Les Français ont assisté à tout un bras de fer entre Emmanuel Macron et le chef des armées, qui s’est terminé par le départ retentissant de ce dernier. À l’origine de la crise, une baisse des crédits militaires de 850 millions d’euros, critiquée par le chef d’état-major des Armées, Pierre de Villiers.Le président Macron a rappelé le général à l’ordre à quelques reprises. « Si quelque chose oppose le chef d'état-major des Armées au président de la République, le chef d'état-major des armées change », a fini par déclarer Emmanuel Macron. Le général de Villiers a alors démissionné.Non seulement les militaires sont braqués, mais l’image présidentielle a souffert de cet épisode. L’attitude d’Emmanuel Macron dans cette affaire est vue comme de l’autoritarisme.

Une baisse de l’aide au logement

Le gouvernement a annoncé fin juillet une baisse de 5 euros par mois de l’aide personnalisée au logement (APL) pour les ménages qui en bénéficient. Les syndicats et l’opposition dénoncent cette mesure qui touche, selon eux, les plus pauvres et les jeunes.L’annonce passe d’autant plus mal que le gouvernement propose aussi la baisse de l’impôt sur la fortune (ISF).

La moralisation de la vie publique

La législation sur « la confiance dans la vie publique », adoptée au début du mois, était une promesse phare d’Emmanuel Macron pendant la campagne électorale.Elle se décline en deux lois. Parmi les mesures : interdiction aux ministres et aux députés d’embaucher des membres de leur famille et suppression de la cagnotte dont disposaient les députés et les sénateurs pour donner des subventions.

La réforme du Code du travail

Autre chantier important pour Emmanuel Macron, la réforme du Code du travail. La loi adoptée le 2 août par le Sénat permet au gouvernement de réformer le Code du travail par ordonnances. Selon l’exécutif, la loi vise à donner plus de liberté et plus de protection aux entreprises et aux salariés.Parmi les mesures proposées, la fusion des instances représentatives du personnel et la possibilité pour l’employeur de déterminer à l’avance le coût d’un licenciement. Les ordonnances devraient être adoptées le 20 septembre au Conseil des ministres, et elles seront ensuite présentées au Parlement.

La rentrée s’annonce mouvementée, puisque les syndicats et La France insoumise organisent des manifestations contre la réforme en septembre.

L’état d’urgence de nouveau prolongé

Début juillet, le gouvernement a fait étendre l’état d’urgence jusqu’au 1er novembre. Il s’agit de la dernière fois, a promis Emmanuel Macron. Par contre, il veut que les principales mesures de l’état d’urgence dépendent du droit commun. Cela veut dire que le ministère de l’Intérieur et les préfets pourraient, par exemple, assigner des gens à résidence, saisir des ordinateurs ou fermer un lieu de culte sans intervention des tribunaux.Ce projet de loi, qui sera débattu à l’Assemblée nationale en octobre, indigne les associations de défense des droits de la personne. Elles s’inquiètent des risques d’atteinte aux libertés individuelles.

Avec la collaboration de Sylvain Desjardins

Reportage de Jean-François Bélanger sur le nouveau président français :

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