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Les camps de Syriens déplacés se multiplient à la frontière turque

Environ 100 000 civils ont maintenant trouvé refuge dans des camps aménagés dans le nord de la Syrie, a indiqué vendredi le vice-premier ministre turc Yalçin Akdogan. Il n'est cependant toujours pas question pour Ankara de les laisser entrer en Turquie.

« Il y a maintenant neuf camps de l'autre côté de la frontière, où sont hébergées 100 000 personnes », a déclaré M. Akdogan lors d'un point de presse donné devant le poste-frontière turc d'Oncupinar. Un dixième camp est en cours de construction à 3 kilomètres de la Turquie, a-t-il précisé.

« À l'heure où je vous parle, il n'y a pas d'affluence à la frontière, pas de masses importantes de gens qui essaient de passer la frontière », a-t-il assuré, sans nier pour autant que plusieurs milliers d'entre eux espèrent quand même trouve refuge en Turquie, comme 2,6 millions de Syriens l'ont déjà fait depuis le début du conflit.

Le chiffre de 100 000 évoqué par M. Akdogan inclut quelque 30 000 personnes, dont environ 80 % de femmes et d'enfants, qui se sont bel et bien présentés à la frontière au cours des derniers jours après avoir fui Alep, pilonnée par l'aviation russe, pour constater qu'elle demeure fermée.

Les Nations unies et plusieurs pays occidentaux ont pressé d'Ankara d'ouvrir ses frontières, mais en vain; seuls quelques blessés ont pu être admis à l'hôpital turc de Kilis. Les autres ont dû s'établir dans des camps de fortune, où ils vivent dans des conditions précaires.

« Personne n'a le droit de donner une leçon d'humanité à la Turquie », a affirmé vendredi M. Akdogan. « La Turquie a été abandonnée face à cette tragédie humaine », a-t-il ajouté, en dénonçant « ceux qui n'aident jamais la Turquie. »

« Nous ouvrons nos frontières à ceux qui échappent à la mort. Mais ceux du camp d'en face provoquent de nouvelles vagues de migration pour nous mettre en position difficile », a-t-il lancé, en visant le régime de Damas et ses alliés russes et iraniens.

Plus tôt cette semaine, le président truc Reccep Tayyip Erdogan et son premier ministre Ahmet Davutoglu ont aussi vertement dénoncé les demandes de l'ONU.

Un accord de « cessation des hostilités » à mettre en oeuvre

Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a pour sa part salué l'accord conclu jeudi à Munich entre les grandes puissances impliquées dans le conflit. L'accord prévoit une « cessation des hostilités » d'ici une semaine afin de relancer les négociations de paix, actuellement suspendues, et de stopper l'exode des civils.

M. Cavusoglu a cependant prévenu que le cessez-le-feu à venir entre les rebelles et l'armée gouvernementale ne pourra pas tenir si l'aviation russe continue de bombarder les ennemis du régime de Bachar Al-Assad.

Les 17 pays membres du Groupe international de soutien à la Syrie (GISS) se sont rencontrés pendant trois heures, vendredi, à Genève pour mettre en oeuvre le volet humanitaire de cet accord. Les États-Unis, la Russie et leurs alliés ont convenu jeudi d'un accès accru et « immédiat » de l'aide humanitaire aux civils en détresse.

« Je sens que tous les membres du GISS veulent que l'aide se rende aux villes assiégées et aux endroits difficiles », a fait savoir Jan Egeland, principal conseiller de l'émissaire des Nations unies pour la Syrie, Staffan de Mistura, qui a présidé la réunion. 

« Des convois peuvent se rendre très rapidement si les parties nous donnent la permission », a-t-il assuré.

Une nouvelle rencontre du groupe aura lieu mercredi, a ajouté M. Egeland.

Les négociations de paix intersyriennes menées par Staffan de Mistura n'ont jamais vraiment commencé, puisque l'opposition russe regroupée au sein du Haut-Comité de négociations exigeait l'acheminement d'une aide humanitaire au préalable. Damas n'a jamais donné son accord.

Les pourparlers ont été formellement suspendus après que le régime de Bachar Al-Assad et ses alliés eurent lancé une vaste offensive pour reprendre Alep. Officiellement, elles doivent reprendre le 25 février.

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