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« Les Catalans ne peuvent accepter les mesures prises par Madrid », dit Puigdemont

Madrid se place hors de l'État de droit, déplore Carles Puigdemont, chef de l'autorité catalane, après le retrait de ses pouvoirs par Madrid.

Le président indépendantiste dénonce les décisions du gouvernement espagnol visant à prendre le contrôle de l'exécutif catalan. Il y voit une attaque contre les institutions catalanes sans précédent depuis la dictature de Francisco Franco.

Cette déclaration intervient quelques heures après que le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, eut annoncé qu’il allait demander au Sénat la destitution du gouvernement catalan.

C'est une « tentative visant à humilier » la Catalogne et une attaque contre la démocratie catalane, a déclaré M. Puigdemont, dans un discours télévisé diffusé tard samedi soir.

M. Puigdemont assure qu’il veut envoyer « un message de fermeté et d'espoir », tout en s’engageant « à défendre la souveraineté du Parlement catalan ».

M. Rajoy a également fait état de la tenue d'élections régionales d'ici six mois. Une annonce qui a amplifié la manifestation indépendantiste déjà prévue au cœur de Barcelone en après-midi.

Samedi matin, le président du gouvernement espagnol présidait un conseil des ministres à Madrid, afin de décider de la prise de contrôle de la région autonome de Catalogne.

Le bras de fer entre Madrid et Barcelone dure depuis des semaines. Les velléités d’indépendance d’une partie du peuple catalan, sous la présidence de Carles Puigdemont, ont mené à la tenue du référendum d’autodétermination jugé illégal par Madrid; celui-ci s’est soldé, selon les indépendantistes, par une large victoire du oui.

C'est la première fois, depuis le retour à la démocratie en Espagne et la proclamation de sa constitution de 1978, que le gouvernement central invoque l’article 155 qui lui permet de mettre sous tutelle une région du pays.

Cette mesure nécessite l'approbation du Sénat, où le parti du premier ministre Mariano Rajoy détient une majorité absolue. Elle devrait être adoptée dès le 27 octobre.

Parlant de « rétablir l'ordre », M. Rajoy a annoncé que les pouvoirs dévolus à l’administration catalane seraient transférés au gouvernement central. La tenue d’élections au cours des prochains mois permettrait de « chasser ceux qui ont violé la loi », a dit le président du gouvernement.

Les mesures prises par Madrid pour soutirer ses pouvoirs à l’autorité catalane ont fait l’objet de longues négociations avec le principal parti d’opposition, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), et les alliés centristes du gouvernement, du parti Ciudadanos.

Concrètement, Madrid devrait aussi prendre la direction de la police régionale, dont le chef a été inculpé de sédition pour ne pas avoir empêché la tenue du référendum sur l’indépendance de la Catalogne le 1er octobre dernier.

M. Rajoy avait d'ores et déjà indiqué que les mesures découlant de l’application de l’article 155 seraient provisoires et limitées.

Sommé de revenir à la légalité, le chef du gouvernement de Catalogne Carles Puigdemont a au contraire menacé de faire proclamer officiellement l'indépendance de cette région de 7,5 millions d'habitants si son autonomie était suspendue.

Après le référendum, M. Puigdemont a estimé que la Catalogne avait gagné le droit de proclamer son indépendance, sous la forme d’une république, mais qu’il en suspendait l’application, le temps de négocier avec Madrid. Cette politique ambiguë avait été reçue avec circonspection par M. Rajoy et son gouvernement, qui avaient demandé au chef catalan de préciser si oui ou non il avait déclaré l’indépendance et de se préparer à l’application de l’article 155, le cas échéant.

Manifestation au cœur de Barcelone

Des milliers de manifestants sont descendus samedi après-midi dans les rues de Barcelone pour une protestation qui devait, à l'origine, dénoncer le placement en détention de deux dirigeants d'organisations indépendantistes.

La manifestation a pris une signification différente à la suite de l'annonce de ce matin. Le président Puigdemont y a pris part, accompagné de plusieurs membres de son gouvernement, quelques heures avant son allocution.

La police a estimé la foule à environ 450 000 personnes.

La population était appelée à manifester pour la libération de Jordi Cuixart, président de l’organisation Omnium, et de Jordi Sanchez, président de l’Assemblée nationale catalane, deux associations qui militent pour l’indépendance. Les deux hommes ont été arrêtés et placés en détention préventive le 16 octobre dernier pour avoir convoqué des manifestations.

Tous sont conscients que l’application de l’article 155 pourrait renforcer la mobilisation populaire catalane, même si la population est divisée sur la question de l'indépendance. De fait, les slogans de la manifestation de samedi ont largement fait référence à cette mesure du gouvernement central.

« On voit déjà, sur les réseaux sociaux, des indépendantistes qui appellent à défendre physiquement les institutions catalanes », a affirmé le journaliste Henry de Laguérie, en entrevue à ICI RDI.

« C’est un immense choc. L’Espagne vit sans doute sa plus grande crise depuis la mort de Franco, il y a près de 45 ans. C’est un choc également pour les gens qui ne sont pas indépendantistes et pour de nombreux Espagnols […] qui considèrent que c’est une atteinte à la démocratie, cette décision que vient de prendre Mariano Rajoy », a ajouté M. de Laguérie.

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