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Les chrétiens doivent rester en Irak, estime un père dominicain

Ephrem Azar défend une position iconoclaste : il poursuit sa croisade contre l'exode des chrétiens d'Irak, et il critique l'attitude de l'Occident devant la crise des migrants. Nous lui avons parlé à son retour d'un séjour en Irak.

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Selon l'Index mondial de la persécution des chrétiens, publié mercredi, les meurtres de ces croyants et les destructions d'églises ont doublé depuis 2014, notamment en Irak. À cause de la radicalisation islamiste. Depuis un an et demi, le groupe armé État islamique occupe Mossoul, chef-lieu de la province de Ninive, au nord du pays.

Le père dominicain Ephrem Azar est natif de Qaraqosh, à 32 km au sud-est de Mossoul. L'anthropologue et historien des religions revient tout juste d'un séjour d'un mois en Irak. Voici des extraits de notre conversation.


1. Qu'est-ce qui se passe là-bas?

Je suis rentré samedi dernier. Je suis resté presque quatre semaines cette fois-ci. Je parcours chaque fois tout le Kurdistan et ça fait aussi deux fois que je vais à Bagdad par la route. Entre Erbil et Bagdad, la route est très mauvaise. Sur une longueur de 100 km, vous n'avez aucune maison qui tient debout. Tout a été bombardé, c'est une zone sunnite. Les Iraniens et ce qu'on appelle le Front populaire ont délogé Daech de cette région il y a quelques mois.

Bagdad me fait pleurer aujourd'hui. Je ne la reconnais plus. C'est une ville maintenant entièrement chiite. Les drapeaux chiites sont partout, partout. C'est une ville très sale. Il y a partout des postes de contrôle.

Aujourd'hui, on peut dire que l'état d'urgence des réfugiés chrétiens et d'autres groupes ethniques et religieux, notamment les yézidis, est stabilisé. [...] Ils sont soit dans des caravanes, soit dans des tentes. Bien sûr, ceux qui sont sous les tentes, c'est très difficile. Ceux qui ont un peu de moyens ont pu louer quelques appartements. Et malheureusement, les chrétiens d'Ankawa-Erbil exagèrent avec le loyer qu'ils imposent, même aux réfugiés chrétiens.

Et toutes ces voitures piégées, c'est vraiment terrible, j'imagine, au quotidien?

Pas seulement à cause des attentats, mais ce qui est le plus difficile à vivre aujourd'hui, l'angoisse qui nous envahit tous, nous réfugiés, c'est l'inconnu. Devant l'inconnu, on ne sait plus quoi faire. Vous avez tous les jours un départ massif vers le Liban, vers la Jordanie, moins aujourd'hui vers la Turquie. Ils veulent partir ailleurs. Ce sont aussi bien des chrétiens que des musulmans et des yézidis notamment.

2. Vous vous battez pour que les chrétiens ne quittent pas l'Irak, qu'ils puissent œuvrer au rétablissement de la prospérité. N'est-ce pas naïf dans le chaos actuel?

Non, parce qu'éliminer cet élément (chrétien), c'est aller vers le chaos dans ces pays-là, en Irak notamment. Je le constate, c'est l'expérience que je vis depuis un an en allant chaque fois là-bas, y compris dans le Kurdistan irakien qui nous accueille. Un mouvement d'islamisation est déjà en train de se faire et c'est dommage.

3. N'est-ce pas trop facile pour vous? Vous faites la navette entre l'Irak et la France sans difficulté. On peut vous dire que c'est un discours facile.

J'organise mon retour vers la rentrée prochaine. C'est prévu. J'attends pour le moment l'autorisation de mon association par les autorités du Kurdistan, parce que sinon, je ne peux pas travailler. J'ai l'autorisation côté français, et une fois l'autre acquise, je vais démarrer les projets.

4. Accepteriez-vous que l'Occident offre provisoirement l'asile à ces gens, quitte à ce que, comme vous le faites, ils retournent en Irak?

Ils ne rentreront jamais. [...] Un Irakien qui quitte (son pays), il ne rentre jamais. La grande communauté des Irakiens à Londres, en Angleterre [...], personne ne rentre. Ils vont être des hommes d'affaires, s'assimiler et travailler. Depuis la fin de l'embargo, il n'y a aucune famille qui est rentrée en Irak, alors que l'Irak était prospère. [...] Donc, ce n'est pas du tout que l'Occident va offrir un asile et puis les aider à retourner dans leur pays ensuite.

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