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Les Colombiens rejettent l'accord de paix avec les FARC

L'accord de paix historique signé entre le gouvernement colombien et les rebelles marxistes des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) a été rejeté dimanche lors d'un référendum, selon 99,98 % des bulletins dépouillés publiés par la commission électorale. 

Sur 99,98 % des bulletins de vote dépouillés, le non s'imposait avec 50,21 % devant le oui à 49,78 %, quatre heures après la clôture des bureaux de vote.
Près de 34,9 millions d'électeurs étaient appelés à voter, mais le taux de participation n'a été que de 37,28 %.

Le oui a recueilli quelque 6,3 millions de voix, soit bien au-delà du minimum de 4,4 millions de voix requis (13 % de l'électorat). Le non a dépassé les 6,4 millions de votes.

Le président Juan Manuel Santos a reconnu le rejet de l'accord de paix par les Colombiens, assurant que cette décision n'affecterait pas la stabilité au pays. « Je n'abandonnerai pas. Je vais tenter de conclure la paix jusqu'à la dernière minute de mon mandat. »

Dans le but de trouver un moyen de faire progresser le processus de paix, il a annoncé une rencontre avec les élus de tous les partis politiques, dès lundi.

Le partisan du non et ex-président Alvaro Uribe a affirmé qu'il voulait contribuer à un grand pacte national, après les résultats du référendum. « Il nous semble fondamental qu'au nom de la paix ne soient pas mises en danger les valeurs qui la rendent possible », a-t-il dit.

À la suite du dévoilement des résultats, le gouvernement colombien et les FARC ont tous deux annoncé le maintien du cessez-le-feu.

Le chef des FARC Rodrigo Londono, aussi connu sous le nom de Timochenko, a « profondément » déploré dans une déclaration à la presse à La Havane le rejet de l'accord, qu'il a attribué au « pouvoir destructif de ceux qui sèment la haine et la rancoeur ».

Il a également confirmé l'engagement de la guérilla en faveur du dialogue, assurant être disposé à  « ne faire usage que de la parole comme arme de construction de l'avenir ».

Ce rejet était inattendu, plusieurs sondages donnant depuis des semaines le oui largement en tête. Ces résultats plongent maintenant le pays dans l'incertitude et infligent une défaite majeure au président qui avait fait du succès des négociations son objectif principal.

La défaite surprenante du oui soulève des questions sur l'avenir de l'accord de paix. Le gouvernement a d'ailleurs toujours écarté l'éventualité de renégocier l'accord, déclarant ne pas avoir de plan B si le non devait l'emporter.

Selon le ministre de la Défense, Luis Carlos Villegas, la consultation populaire s'est tenue sans incidents, faisant de l'événement la consultation « la plus tranquille de l'histoire » sur le plan sécuritaire.

Environ 240 000 policiers et militaires avaient été mobilisés pour assurer la sécurité dans près de 82 000 bureaux de scrutin.

Des pluies torrentielles ont toutefois retardé le scrutin dans certaines parties du pays. Certains bureaux électoraux n'ont pas pu être installés dans la péninsule de La Guajira dans le sillage de l'ouragan Matthew, le long de la côte de la mer des Caraïbes, là où l'appui au gouvernement était le plus fort.

L'accord négocié pendant quatre ans à La Havane prévoyait la démobilisation des FARC et leur transformation en un parti politique à même de lutter dans les urnes et non plus sur le champ de bataille, comme elles le faisaient depuis 1964. En retour, les futurs ex-rebelles acceptaient de déposer les armes.

L'accord prévoyait également que les FARC pourraient présenter un candidat aux élections présidentielles et législatives de 2018, et celles-ci seraient en outre assurées de disposer de 10 sièges de parlementaires non élus jusqu'en 2026.

Les opposants à l'accord jugent le texte trop favorable aux rebelles.

Différentes guérillas d'extrême gauche, des milices paramilitaires d'extrême droite et les forces de l'ordre ont été impliquées dans le conflit armé qui a fait, plus de 260 000 morts, 45 000 disparus et 6,9 millions de déplacés en Colombie.

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