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Les conflits d’intérêts : le talon d’Achille de Donald Trump

Depuis qu'il s'est lancé en politique, Donald Trump a réussi de façon magistrale à faire oublier le sujet du jour avec une nouvelle controverse qui éclipsait la précédente.

Une analyse de Michel C. Auger, animateur de Midi Info

Pas étonnant que, pendant sa première conférence de presse depuis son élection, alors qu’on devait traiter des manières d’éviter les conflits d’intérêts, on ait surtout parlé d’allégations scabreuses.

Bref, on a presque déjà oublié le mécanisme retenu par le président désigné pour la gestion de ses affaires. Il n’offre aux Américains aucune garantie que leur président ne pourrait pas utiliser ses fonctions pour s’enrichir, ou en donner l’impression, ce qui est tout aussi important dans les circonstances.

Au Québec et au Canada, on connaît de telles situations. Même si les méthodes avaient été critiquées à l'époque, autant Pierre Karl Péladeau que Paul Martin avaient tout de même pris soin de couper les liens formels entre eux et leurs sociétés.

Il n'y a rien de tout cela dans le cas de M. Trump, qui va rester propriétaire de la Trump Organisation et va tout simplement en confier la gestion à une fiducie contrôlée par ses fils. Tout en ayant une entente informelle selon laquelle ils ne parleront jamais des affaires de la société avec leur père, comme si cela était plausible.

Pourtant, la possibilité de conflits d'intérêts entre Trump le président et Trump l'homme d'affaires est presque infinie. Par exemple, c'est un employeur qui a des causes devant la Commission nationale des relations de travail, dont il nomme les membres. Il est à la fois locataire et locateur d'édifices ou de bureaux du gouvernement. Il doit des millions aux banques et il choisira, le temps venu, le nouveau président de la Réserve fédérale, qui fixe les taux d'intérêt. On peut continuer comme cela longtemps.

« Le président ne peut pas avoir de conflit d'intérêts »

À cela, M. Trump dit qu'il est totalement à l'abri des conflits d'intérêts tout simplement parce que « le président ne peut pas avoir de conflits d'intérêts ». Il l'a affirmé dans sa conférence de presse : « Je pourrais être président et continuer à diriger mon entreprise, mais je n'aime pas l'impression que ça pourrait donner. »

Le problème, c'est qu'on n'est pas dans une question d'impression, mais plutôt d'interprétation des lois et de la Constitution. Et les avocats de M.Trump sont à peu près les seuls à croire qu'il serait automatiquement au-dessus de tout soupçon.

En particulier, le ministère de la Justice des États-Unis a toujours considéré que la clause dite « des émoluments » de la Constitution, une clause visant à prévenir les conflits d'intérêts et la corruption, s'applique à tout le monde, y compris au président, même s'il n'y est pas nommé spécifiquement.

Mais le problème principal reste la distance entre M. Trump et sa société. Il en reste le propriétaire, même si, officiellement, elle sera la propriété d'une fiducie - qui n'est pas sans droit de regard - dirigée par ses fils.

Comme le disait le directeur du Bureau américain de l'éthique gouvernementale, Walter Shaub, « ce qu'il propose n’a d’une fiducie que le nom ».

Recul sur des promesses électorales

M. Trump a une tout autre vision. Et il commence même à reculer sur ce qu’il avait promis pendant la campagne électorale, notamment que la Trump Organisation ne ferait plus de nouvelles transactions pendant qu'il serait président. Cette promesse ne s'applique plus qu'aux transactions à l'extérieur des États-Unis.

Et le président désigné est revenu sur sa promesse de publier ses déclarations de revenus quand elles auront été révisées par le gouvernement, comme l'ont fait tous les présidents de l'ère moderne, « parce que ça n'intéresse que les journalistes ».

Pourtant, une des meilleures façons de combattre les conflits d'intérêts est la transparence. Plus on en saurait sur les actifs de M. Trump, moins il y aurait de mauvaises surprises. Mais cela ne semble pas trop important pour le futur président.

Il risque de le regretter. Parce que, s'il est une chose qui risque de lui faire mal politiquement, ce serait bien de donner l'impression que la présidence deviendrait, pour lui ou son organisation, une occasion de s'enrichir.

En fait, de tous les dangers qui guettent Donald Trump alors qu’il va entrer à la Maison-Blanche, c’est sans doute celui qui est le plus sérieux et celui que les Américains toléreraient le moins de celui qui a fait campagne en promettant de « drainer le marécage », c’est-à-dire de mettre fin à la corruption.

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