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Les dessous de la bataille entre le Canada et la Russie sur Twitter

Un tweet de 116 caractères produit par la délégation canadienne à l'OTAN a mené à presque 100 pages d'échanges de courriels entre les fonctionnaires fédéraux. C'est que le tweet en question, qui ridiculisait la Russie, est devenu viral.

Un texte de Bahador Zabihiyan

Le 27 août 2014, le stagiaire de la délégation canadienne à l'OTAN, Gregory Sharp, soumet à sa hiérarchie une série de cinq tweets en anglais destinés à être envoyés avec le compte @CanadaNATO.

Deux d'entre eux concernaient un entraînement de l'OTAN auquel participait le Canada, un autre évoquait la fête nationale de la Moldavie et le dernier était une carte de l'Europe destinée aux soldats russes qui se seraient égarés en Ukraine.

Voici sa version française :

« S'il vous plaît, n'hésitez pas à me contacter si vous avez des questions ou des commentaires », écrit le stagiaire dans son courriel, obtenu par Radio-Canada à la suite d'une demande d'accès à l'information.

Et plusieurs l'ont contacté, non pas pour lui poser des questions, mais pour le féliciter, semble-t-il : le représentant canadien à l'OTAN, le directeur adjoint des communications électroniques au ministère des Affaires étrangères et même le Bureau du premier ministre. C'est que son tweet au sujet de la Russie, avec sa carte et son ton irrévérencieux, a fait le tour du monde.

En plus d'être partagé par les utilisateurs de Twitter, le message a aussi fait l'objet de reportages dans les médias canadiens et internationaux. « On a fait les deux : le Globe and Mail et le National Post! », se félicite l'attachée politique de la délégation canadienne à l'OTAN.

Un petit hic cependant, le stagiaire a oublié d'inclure l'enclave russe de Kaliningrad au bord de la mer Baltique dans le territoire russe.

Mais tant pis pour l'oubli, les fonctionnaires fédéraux estiment qu'il s'agit là d'un succès sur toute la ligne. Surtout que le lendemain, les médias internationaux comme CNN parlent du tweet canadien.

Le stagiaire à l'origine du tweet a d'ailleurs suscité l'intérêt de la garde rapprochée de Stephen Harper. « Le bureau du premier ministre demande l'adresse courriel de Grégor. Ils veulent lui envoyer un petit message », lit-on dans un échange de courriels.

Et face à cette couverture médiatique, la délégation russe à l'OTAN finit par réagir.


« Pour aider nos collègues canadiens à comprendre la nouvelle géographie de l'Europe », peut-on lire sur le compte Twitter de la délégation russe à l'OTAN. À noter que la Crimée est incluse dans la Fédération russe, ce que le Canada ne reconnaît pas.

Mais le Canada s'estime vainqueur de la partie sur Twitter, et ne répond pas. « Ne nous laissons pas entraîner dans une partie, coup pour coup », dit le directeur adjoint des communications électroniques aux Affaires étrangères. « Ils n'ont fait qu'étendre le cycle médiatique d'un autre 24 heures », rajoute un de ses collègues.

Si les Canadiens estiment avoir gagné cette bataille sur Twitter, sur le terrain, les troupes prorusses contrôlent toujours des territoires à l'est de l'Ukraine, plus d'un après le début du conflit dans ce pays.

Quant au stagiaire à l'origine du tweet canadien, il semble ne plus travailler pour la délégation canadienne à l'OTAN. En fait, son nom n'apparaît pas dans le bottin des employés fédéraux.

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