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Les enfants immigrants, victimes collatérales de la guerre politique aux États-Unis

Affrontant la grogne croissante de la classe politique américaine face à la politique de « tolérance zéro » vis-à-vis des immigrants illégaux, qui comprend la séparation des familles, le président Donald Trump persiste et signe. Le locataire de la Maison-Blanche propose une sortie de crise... à la condition de financer son « mur frontalier » avec le Mexique.

En point de presse, lundi midi, le chef d'État américain a clairement défini sa position dans cet épineux dossier. Pour lui, s'il est « triste » que des enfants soient séparés de leurs parents, les actions menées par les services frontaliers sont imputables à des « lois affreuses » que les démocrates refusent de changer, dit-il.

« Si les démocrates voulaient s'asseoir plutôt que faire de l'obstruction, nous pourrions très rapidement faire quelque chose de bon pour les enfants, le pays et le monde. [...] Nous pourrions avoir une loi sur l'immigration », a-t-il lancé.

« Les États-Unis ne deviendront pas un camp pour migrants et ne deviendront pas un centre de rétention pour réfugiés », a aussi asséné M. Trump. « Si vous regardez ce qui se passe en Europe, si vous regardez ce qui se passe ailleurs, on ne peut pas laisser cela arriver aux États-Unis. Pas sous mes ordres. »

Politique décriée par les démocrates et des républicains

De leur côté, les démocrates accusent le président d'utiliser les enfants immigrants comme otages dans le cadre des négociations tendues sur la question de la réforme de l'immigration.

« Cela est le fait du président, pas des démocrates. Il peut corriger la situation demain si bon lui chante, et s'il ne le souhaite pas, il devrait assumer ses décisions », a tancé le leader démocrate au Sénat, Chuck Schumer, par voie de communiqué.

En déplacement dans la circonscription frontalière du représentant Juan Vargas, en Californie, la leader des démocrates à la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a elle aussi mené une charge contre le président.

« Cette situation est horrible et doit être corrigée immédiatement », a-t-elle déclaré, après avoir visité l'un des centres de détention pour immigrants situés le long de la frontière en compagnie de collègues de son parti.

« Les gens favorables à ces mesures disent protéger leurs enfants. Croient-ils que les enfants d'immigrants emprisonnés ont moins de droits que les leurs? » a-t-elle ajouté, avant d'affirmer que « les républicains mentent en disant que leurs projets de loi vont permettre de corriger le problème ».

La politique de « tolérance zéro » suscite aussi l'ire de nombreux républicains. « Le simple fait de penser que cet outil est nécessaire pour défendre nos frontières est dingue », a lancé Will Hurd, le représentant républicain d'une circonscription frontalière du Texas, sur les ondes de la radio publique nationale.

Même l'ONU est interpellée par la situation. Dans une rare critique de la politique intérieure américaine, les Nations unies ont jugé la pratique de séparer les immigrants illégaux de leurs enfants « inadmissible » et « cruelle ».

Deux projets de loi sur l'immigration doivent être soumis au vote cette semaine à la Chambre des représentants, où les républicains sont majoritaires.

Réunir les familles contre de l'argent

L'un d'eux propose de permettre aux « Dreamers », des clandestins arrivés en sol américain quand ils étaient mineurs, de demander un visa de six ans renouvelable et de postuler dans la sixième année pour l'octroi d'une carte verte qui pourrait leur ouvrir la porte vers la citoyenneté.

Le texte comprend bel et bien une disposition interdisant de séparer les enfants de leurs parents lorsqu'ils sont arrêtés après être entrés illégalement aux États-Unis, mais il prévoit aussi le déblocage de 25 milliards de dollars pour renforcer la sécurité, y compris en finançant en partie le mur tant souhaité par le président Trump.

Or, les démocrates sont opposés au financement de ce mur.

Une proposition de loi concurrente, présentée par le républicain Bob Goodlatte, préconise plutôt une approche beaucoup plus dure avec une réduction draconienne de l'immigration légale, la construction du mur frontalier avec le Mexique et l'impossibilité pour les « Dreamers » d'accéder à la citoyenneté américaine.

Prenant la parole à l'occasion du congrès de l'Association nationale des shérifs, lundi, le secrétaire américain à la Justice a aussi défendu son approche face aux plus récentes critiques. « Si les États-Unis n'appliquent pas leur loi, a plaidé Jeff Sessions, nous encourageons des centaines de milliers de personnes à ignorer la loi elles aussi et à entrer illégalement dans notre pays. »

Comme la loi n'autorise pas l'incarcération des enfants, les autorités américaines n'ont tout simplement d'autre choix que de les séparer de leurs parents, a réitéré M. Sessions. Pour faire cesser cette pratique, il suffit que le Congrès modifie les lois en vigueur.

La secrétaire à la Sécurité intérieure, Kirstjen Nielsen, qui a aussi fait valoir ce dernier argument lors du même congrès, soutient que libérer les adultes entrés illégalement aux États-Unis avec des enfants reviendrait à leur offrir une « carte gratuite de sortie de prison ».

Lors d'un point de presse mouvementé donné lundi en fin d'après-midi à la Maison-Blanche, la secrétaire Nielsen a défendu les agissements de ses services, affirmant que son ministère ne faisait que « respecter la loi ».

Selon elle, le « trou noir législatif » permettant aux autorités frontalières de détenir les familles immigrantes et de séparer les adultes des enfants doit être corrigé par le Congrès.

« C'est un problème : corrigeons-le! » a-t-elle lancé à plusieurs reprises, en parlant des deux chambres où le Parti républicain est majoritaire.

« C'est le début de la fin de la démocratie lorsque les législateurs ayant fait adopter une loi demandent aux autorités de ne pas la faire respecter. »

Mme Nielsen a également nié les allégations voulant que le président Trump se serve de la controverse entourant la détention des familles comme monnaie d'échange pour réformer le processus migratoire.

« Les enfants sont les pions des passeurs, des trafiquants », a-t-elle affirmé, imputant la crise actuelle à des « criminels ».

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