L'armée américaine, en collaboration avec les armées française et britannique, a mené des frappes aériennes sur la Syrie vendredi soir. Une opération « ponctuelle », selon le secrétaire de la Défense américaine, James Mattis, qui visait des cibles associées au programme d'armes chimiques du gouvernement syrien.

Selon le général Joe Dunford, chef d'état-major américain, trois cibles ont été visées : une près de Damas et deux dans la région de Homs.

La Russie, qui soutient Damas, a affirmé que la défense antiaérienne syrienne avait intercepté 71 missiles sur les 103 tirés par les Américains et leurs alliés.

L'opération militaire est donc restée limitée. Les forces russes, massivement présentes dans le pays, n'ont pas été touchées.

Le secrétaire américain à la Défense a expliqué que la suite dépendra de l'emploi ou non d'armes chimiques par le gouvernement syrien et qu'il s'agissait, pour l'heure, d'une opération unique.

C'est lors d'une brève allocution télévisée à 21 h, vendredi, que Donald Trump a annoncé que les frappes étaient en cours. Il a accusé le régime syrien d'attaques chimiques « monstrueuses » à Douma, le 7 avril.

Le régime syrien a fustigé une « agression barbare et brutale » et a accusé les Occidentaux de chercher à entraver une mission de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC), dont une équipe doit entamer une enquête samedi, à Douma.

« L'agression tripartite contre la Syrie est une violation flagrante du droit international [...] et elle sera vouée à l'échec », a aussi offert le gouvernement de Bachar Al-Assad en guise de réponse officielle.

Une « victoire » syrienne

Il était 4 h samedi matin à Damas quand le président américain a annoncé les frappes depuis la Maison-Blanche. Au lever du soleil, 45 minutes plus tard, des partisans du régime de Bachar Al-Assad étaient rassemblés sur l'emblématique place des Omeyyades, dans la capitale, au son de klaxons et de musiques patriotiques, arborant des drapeaux syriens, chantant et dansant à la gloire du président syrien.

Pour eux, les frappes sont le signe de la victoire en marche du régime dans la guerre qui a fait plus de 350 000 morts depuis mars 2011. « L'histoire retiendra que la Syrie a abattu des missiles, mais pas seulement. Elle a abattu l'arrogance américaine », a lancé fièrement Nedher Hammoud, 48 ans.

À la mi-journée, les médias d'État ont annoncé l'entrée de forces de sécurité du régime à Douma, qui était l'ultime bastion rebelle dans la Ghouta, à l'est de Damas.

Les insurgés de Jaich al-Islam avaient accepté dimanche d'évacuer cette ville, au lendemain de l'attaque chimique présumée.

Un haut responsable de ce groupe rebelle islamiste a assuré que les frappes occientales ne seraient qu'une « farce » tant que Bachar Al-Assad resterait au pouvoir.

La Russie « insultée »

« Les nations du monde peuvent être jugées par les amis qu'elles gardent, a déclaré Donald Trump dans son allocution de vendredi soir. Aucune nation ne peut réussir sur le long terme en faisant la promotion de tyrans brutaux et de dictateurs meurtriers. La Russie doit décider si elle continue sur cette voie sinistre ou si elle rejoint les nations civilisées en tant que force de stabilité et de paix­. »

La réponse ne s'est pas fait attendre.

Par la voix de son ambassadeur aux États-Unis, Moscou a d'abord indiqué que ces frappes sont une « insulte » au président Vladimir Poutine.

La Russie a ensuite dénoncé l'opération militaire « avec la plus grande fermeté » et a convoqué une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU.

Vladimir Poutine en a ajouté en qualifiant les frappes d'« acte d'agression à l'encontre d'un État souverain » mené « sans l'aval du Conseil de sécurité de l'ONU, en violation de la Charte des Nations unies, des normes et principes du droit international ».

Vu le spectre limité de l'opération, Moscou a par ailleurs confirmé ne pas avoir fait usage de ses systèmes de défense antiaérienne stationnés sur le sol syrien.

La Russie s'est toutefois félicitée de l'efficacité de la défense antiaérienne syrienne. « Cela témoigne de la grande efficacité de ces systèmes [de conception soviétique] et de l'excellente formation du personnel militaire syrien, entraîné par nos spécialistes », a estimé le général Sergueï Roudskoï, en promettant de continuer à améliorer la défense syrienne, éventuellement avec des systèmes modernes russes S-300.

Le Royaume-Uni et la France au combat

La première ministre britannique Theresa May, qui a autorité les forces britanniques à mener ces frappes, a de son côté déclaré : « Nous ne pouvons pas permettre que l'emploi d'armes chimiques se ''normalise'', que ce soit en Syrie, dans les rues du Royaume-Uni ou partout ailleurs dans le monde. »

Selon son ministère de la Défense, quatre avions de combat Tornado ont pris part à l'opération.

Le président de la France, Emmanuel Macron, a pour sa part réitéré que « la ligne rouge fixée par la France en mai 2017 [en matière d'utilisation d'armes chimiques] a été franchie ».

Dans une vidéo publiée sur Twitter au cours de la nuit de vendredi à samedi, la présidence française a souhaité faire étalage d'une partie de son arsenal.

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