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Les ex-enfants-soldats d'une milice congolaise marqués à vie

Les anciens enfants-soldats incorporés de force au sein de la milice de l'Union des patriotes congolais (UPC) il y a une dizaine d'années restent stigmatisés, éprouvent des sentiments suicidaires et vivent dans une peur constante, ont souligné mardi des experts devant la Cour pénale internationale (CPI).

Aujourd'hui, ces enfants sont « souvent oubliés et très vulnérables », a déclaré James Mehigan, avocat de l'ONG Child Soldiers International, qui assiste aux audiences publiques de la CPI destinées à indemniser les victimes de crimes de guerre perpétrés en République démocratique du Congo (RDC).

Une réinsertion sociale plus difficile chez les filles

Beaucoup de filles qui ont été enrôlées par la milice rebelle ont eu un enfant issu d'un viol. Jugées indignes du mariage, elles sont rejetées par leurs familles et leurs communautés, a expliqué l'avocat, et sont condamnées à vivre dans la pauvreté et l'isolement. Cela renforce leur douleur; beaucoup ont songé au suicide, a ajouté Brigid Inder, directrice générale de Women's Initiatives for Gender Justice.

Nombre d'entre elles souhaitent retourner à l'école pour « apprendre et gagner à nouveau le respect de leur communauté », a souligné M. Mehigan.

Mais, alors que le responsable de leurs souffrances, l'ancien chef de l'UPC Thomas Lubanga, purge la fin de sa peine dans une prison congolaise et devrait être libéré d'ici 2019, les victimes craignent des représailles si elles parlaient.

Thomas Lubanga, le bourreau

Absent mardi devant la Cour, Thomas Lubanga avait été reconnu coupable en 2012 et avait écopé de 14 ans de prison pour avoir enrôlé des enfants, dont certains à peine âgés de 11 ans, et de les avoir utilisés comme soldats en 2002 et en 2003 en Ituri, région riche en or, dans le nord-est de la RDC.

En mars 2015, les juges de la CPI avaient décidé qu'il devrait indemniser « personnellement » ses victimes. Mais l'ancien chef rebelle n'a jamais « reconnu ses crimes ou exprimé ses excuses », selon Mme Inder.

Un Fonds pour les victimes

Une somme d'environ 1,4 million de dollars canadiens a été allouée au dossier par le Fonds au profit des victimes, qui reçoit des contributions volontaires versées par les gouvernements membres de la CPI, d'organisations internationales et de particuliers.

Mais ce fonds est jugé insuffisant par Brigid Inder, la directrice générale de Women's Initiatives, qui suggère un fonds quinquennal de 2,2 à 2,6 millions de dollars par an, le temps de mettre en place des programmes d'éducation, d'aide psychologique et de centres médicaux spécialisés.

Le Fonds au profit des victimes, qui évoque 3000 enfants-soldats présents au sein des rangs de l'UPC à l'époque, a également été chargé d'évaluer le nombre de victimes concernées, établi à 31 jusqu'à présent.

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