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Les forces irakiennes et leurs alliés se félicitent de la « libération de Mossoul »

Alors que les forces irakiennes et leurs alliés célèbrent la « libération de Mossoul », durement arrachée des mains du groupe armé État islamique (EI), une importante crise humanitaire se révèle dans les décombres d'où émergent des milliers de civils affamés et terrorisés par des mois de siège et de combats.

Le premier ministre irakien Haider al-Abadi a proclamé lundi soir la victoire sur « la brutalité et le terrorisme ». Il s'était rendu pour l'occasion sur une petite base militaire de l'ouest de Mossoul, près de la vieille ville.

Des dizaines de membres des forces de sécurité ont explosé de joie à la fin de la déclaration télévisée de M. Abadi, brandissant des drapeaux irakiens ou encore leurs armes.

Quelques heures auparavant, les avions de la coalition dirigée par les États-Unis avaient pilonné la dernière enclave où étaient confinés les quelques centaines d'extrémistes restants, un secteur de moins d'un kilomètre carré dans l'ouest de la ville.

La « libération de Mossoul » montre que les « jours de l'EI en Irak et en Syrie sont comptés », a déclaré le président américain Donald Trump dans un communiqué. Son secrétaire d'État, Rex Tillerson, a estimé que la reprise de Mossoul constitue une « étape cruciale » dans le combat contre l'EI, saluant « le succès de l'effort international mené par les forces de sécurité irakiennes », mais avertissant du même souffle qu'il y a encore beaucoup à faire : « La coalition mondiale continuera d'être aux côtés de ses partenaires irakiens pour faire en sorte que l'EI soit vaincu où qu'il soit. »

Pour l'EI, cette défaite sera en effet lourde de conséquences, estime Sami Aoun, professeur de science politique à l’Université de Sherbrooke et spécialiste des questions du Moyen-Orient.

« C’est une phase de déclin et de décadence, même d’éclatement de cette bulle utopique qu’on appelle "le khalifat du groupe État islamique" », a-t-il dit en entrevue.

Sur le plan symbolique, l'EI « a perdu la plateforme sur laquelle on a rêvé de créer cet État islamique selon une application rigoriste ultraviolente de ce qu’ils croient être la bonne interprétation de l’Islam », a souligné M. Aoun. Et sur le plan militaire, il a perdu un bastion où le ressentiment des sunnites à l’égard des chiites lui conférait une certaine légitimité.

Les autorités irakiennes ont déjà annoncé toute une semaine de festivités pour marquer la libération de Mossoul.

Des milliers de civils terrés de la vieille ville

Mais il reste beaucoup à faire pour sécuriser la ville, prévient le brigadier général des forces spéciales irakiennes, Haider Fadhill. Selon lui, les opérations de nettoyage devront se poursuivre pendant un long moment pour débarrasser la ville des cellules dormantes, des bombes et des pièges installés par les djihadistes.

Des centaines de combattants de l’EI se terreraient toujours dans la ville, croit le brigadier général, selon qui ceux-ci utilisent des civils qu’ils ont barricadés avec eux, parfois même leur propre famille, comme bouclier humain.

Selon le commandement militaire irakien, entre 3000 et 4000 civils seraient toujours pris au piège. Des femmes et des enfants pour la majorité. Affamés, déshydratés et rendus malades par des mois de privation et de bombardement, ces civils émergent des décombres au fur et mesure que les forces irakiennes progressent dans la vieille ville.

Les neuf mois de campagne militaire nécessaires pour la reprise de Mossoul ont entraîné une crise humanitaire majeure dans le nord de l’Irak, marquée par la fuite de 920 000 civils, selon l'ONU. Au moins 700 000 de ces civils sont toujours déplacés, s’entassant dans des camps installés en périphérie de la ville par les Nations unies.

En juin dernier, le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés estimait dans un rapport que près de 100 000 civils étaient retenus dans Mossoul contre leur gré par les djihadistes de l'EI.

Piégés dans la ville pendant des mois sous le joug des djihadistes de l’EI, les civils ont vécu dans des conditions « terribles », rappelle la coordinatrice humanitaire de l'ONU pour l'Irak, Lise Grande. Pénuries d’eau et de nourriture, viols, agressions, bombardements et intenses combats au cours desquels la population a servi de bouclier humain ont marqué leur quotidien, plaide Lise Grande.

« Les combats sont peut-être terminés, mais pas la crise humanitaire », a prévenu dimanche la coordonnatrice de l’ONU.

Ceux qui arrivaient à fuir la ville essuyaient régulièrement des tirs de la part des djihadistes qui, à plusieurs reprises, ont forcé des centaines, voire des milliers de civils à retourner dans la ville pour servir de boucliers humains.

Des témoignages qui donnent froid dans le dos

Rencontrée dans les décombres par un journaliste de l’Agence France-Presse, une femme nommée Fatima regardait le ciel avec soulagement après avoir passé quatre mois dans une cave obscure presque sans eau et sans nourriture. Lorsque son groupe a décidé de tenter de sortir de la ville, son frère a été abattu par un tireur embusqué de l’EI.

Derrière elle, une mère de famille ravagée par la peine a déclaré à un soldat qu'elle venait tout juste de perdre son fils de sept ans dans un bombardement.

Mais les soldats irakiens se méfient de ces civils, victimes de la dernière heure, qu’ils soupçonnent d’être des partisans ou carrément des proches des djihadistes qui ont fait en 2014 de Mossoul, une ville de deux millions d’habitants, le quartier général de leur futur califat en Irak.

Selon l’armée, la plupart des civils qui se trouvent encore dans la vieille ville seraient des membres des familles des djihadistes, bien que ceux-ci s’en défendent.

Outre le facteur humain, la reconstruction de la ville, qui a subi trois années de guerre représente un défi de taille, à commencer par la vieille ville, où 60 % des bâtiments sont détruits ou endommagés.

Selon des données colligées par l'Institut des Nations unies pour la formation et la recherche (UNITAR), 5536 immeubles ont été endommagés par les combats à Mossoul, dont 490 sont complètement détruits, 3310 sont sévèrement endommagés et 1736 ont subi des dommages modérés.

L’Iran offre son aide

Autrefois ennemi juré de l’Irak, le gouvernement iranien, qui combat lui aussi le groupe armé État islamique, a offert ses félicitations au gouvernement irakien pour cette « victoire décisive » contre l’EI.

Se disant sensible au sort des centaines de milliers de civils touchés par cette longue campagne, Téhéran a offert son aide à son voisin irakien pour la reconstruction de la ville.

« Le gouvernement, les forces armées et la nation d'Iran [...] sont prêts à apporter leur aide aux déplacés et aux blessés et pour la reconstruction des villes et des infrastructures », a déclaré le secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale, Ali Shamkhani, cité par l'agence officielle Irna.

Le ministre iranien de la Défense, Hossein Dehghan, et le chef d'état-major des forces armées, Mohammad Bagheri, ont également félicité le gouvernement irakien, soulignant qu'ils étaient prêts à renforcer la coopération militaire et sécuritaire avec Bagdad.

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