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Les homosexuels risquent toujours la prison à vie en Inde

Dépénalisée en 2009, puis criminalisée de nouveau en 2013, l'homosexualité déstabilise le législateur indien. Pendant ce temps, les membres de la communauté LGBT espèrent un nouveau revirement en leur faveur alors que l'acceptation sociale s'améliore. L'un d'entre eux a eu le courage de nous parler devant la caméra.

Un reportage de Thomas Gerbet, correspondant en Inde

Roshan, 33 ans, était d’accord pour parler de son homosexualité dans un café de Goa. Mais il m'a demandé qu'on se déplace dans un coin plus isolé. Toute sa famille n’est pas au courant...

Pourrais-tu embrasser ton amoureux dans la rue?

Je ne ferais pas ça. Ce n’est pas à cause du fait d’être gai. Mais même les hétérosexuels ne s’embrassent pas en public, ici. En Inde, vous pouvez uriner dans la rue, mais vous ne pouvez pas vous embrasser...

Est-ce de plus en plus facile d’en parler?

Oui. Quand j’étais à l’école, et même dans mes premières années d’université, il y a 10 ans, je ne pouvais pas en parler ouvertement, même avec mes amis. Mais depuis, il y a eu des films qui ont abordé le sujet, et les gens ont commencé à comprendre ce que c’est.

Jusqu’à quel âge l’as-tu caché?

Je dirais autour de 20, 21 ans... Jusqu’à 24 ans – j’ai commencé à en parler à mes amis. C’est grâce entre autres à Bollywood et à des amis courageux que j’ai rencontrés. Ils m’ont soutenu, je suis sorti avec eux, et c’est devenu très facile pour moi d’aborder le sujet. Je suis devenu à l’aise.

Quand l’as-tu dit à tes parents, et comment ont-ils réagi ?

J’avais environ 25 ans. Ma mère m’a elle-même demandé : « Es-tu gai ? » Elle m’a posé la question après être allés au cinéma tous les deux. Dans le film, il y avait une scène à propos de deux homosexuels. Je suis sûr que c’était dans sa tête depuis un bout de temps. Je lui ai répondu : « Je ne sais pas. » Je n’étais pas capable de lui répondre. Mais elle m’a reposé la question plusieurs jours après. Je lui ai dit : « Oui. Je ne suis pas vraiment sûr, mais je n’ai fréquenté que des hommes et je n’ai pas de petite amie. Donc, si ça veut dire que je suis gai, alors je suis gai. »

Elle n’était pas très contente de l’apprendre, mais elle m’a dit : « OK, mais tu dois me le dire, parce que si tu ne veux pas marier une fille, tu dois être clair – et si tu veux en marier une, tu dois être encore plus clair, car tu ne peux pas gâcher sa vie. » Donc, je me suis ouvert à elle. Mais on n’en parle pas souvent. Ce n’est pas vraiment notre sujet de discussion favori…

Est-ce que certains de tes proches l’ignorent encore?

Mes amis sont au courant et ma famille très proche aussi : ma soeur, ma mère. Mais comme c'est tabou, je ne vais pas en parler avec les autres membres de la famille : je me sentirais jugé. En fait, je serais jugé si je le disais. Ils pourraient aussi poser des questions à ma mère et je ne veux pas qu'elle subisse tout ça.

As-tu déjà été victime d’homophobie?

Oui, beaucoup. J'ai d'ailleurs remarqué qu'en Inde, ce sont souvent les gais refoulés qui sont homophobes.

Existe-t-il des bars gais en inde qui affichent le drapeau arc-en-ciel?

Il y a des clubs gais en Inde, surtout dans les grandes villes, mais aussi à Goa. Mais ils ne vont pas afficher de drapeau ou de signe distinctif. Ce ne sont pas des établissements clandestins : les gens vont savoir qu'ils existent, mais ils ne vont pas le revendiquer.

Es-tu optimiste pour les droits des homosexuels en Inde?

Ce que je vois, ce que je sens, c'est que ça va de mieux en mieux. Socialement, tout du moins, les gens sont plus ouverts; ils en parlent, ils savent de quoi il s'agit. Les Indiens ne sont pas des gens violents, ils ne vont pas vous tuer. Il y a plus d'acceptation maintenant dans la société.

Vois-tu des reculs depuis qu'un parti conservateur est au pouvoir?

Politiquement, on traverse une période plus difficile. Notre gouvernement ne nous soutient pas vraiment. Mais nous sommes optimistes. Il y a tellement d'ONG et de gens qui travaillent pour nous. Et on sent un immense soutien de partout dans le monde.

Crois-tu que les homosexuels indiens pourront bientôt vivre sans crainte?

On n'a pas vraiment peur. On est heureux ici. C'est juste que notre gouvernement ne l'accepte pas. Par exemple, on ne peut pas se marier ici. Mais je suis sûr qu'un jour ou l'autre, ça va arriver.

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