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Les indépendantistes consolident leur position au Parlement catalan

Les députés indépendantistes qui contrôlent le nouveau Parlement catalan ont confié la présidence de la chambre à Roger Torrent, un indépendantiste de gauche. Ils franchissent ainsi une nouvelle étape vers la formation d'un nouveau gouvernement indépendantiste et un retour éventuel de Carles Puigdemont à sa tête.

Issu de la formation indépendantiste Gauche républicaine de Catalogne, Roger Torrent, 38 ans, a été désigné président du Parlement par 65 voix contre 56. Huit députés indépendantistes emprisonnés par Madrid ou en exil, dont l’ex-président catalan Carles Puigdemont, n’ont pu exercer leur droit de vote.

Son élection a en fait été rendue possible par le vote blanc des huit élus du groupe Catalunya en Comun, proche de Podemos.

Le président de la Chambre étant celui qui contrôle l'ordre du jour des travaux de l'Assemblée législative, les indépendantistes, qui ont obtenu une nouvelle majorité lors des élections du 21 décembre, s'assurent ainsi d'une présence de la question nationale dans les futurs débats du Parlement.

Puigdemont toujours sur les rangs

Mais surtout, c'est au président du Parlement qu'il revient de nommer, d'ici la fin du mois, celui qui sera chargé de former le prochain gouvernement. Or, les deux partis indépendantistes qui détiennent la majorité des sièges au Parlement catalan ont déjà annoncé qu'ils appuieraient la candidature de l'ex-président Carles Puigdemont.

Le problème est que Carl Puigdemont, destitué par le gouvernement espagnol à la suite de la déclaration d'indépendance de son gouvernement en octobre dernier, est actuellement en exil en Belgique, avec quatre membres de son défunt gouvernement.

Accusé de sédition, de rébellion et de malversation par le gouvernement espagnol, il refuse pour le moment de rentrer en Espagne.

Il faudrait par conséquent que Carles Puigdemont obtienne l'approbation du comité dirigé par Roger Torrent pour voter et éventuellement diriger le gouvernement catalan à partir de l'étranger, ce à quoi s'oppose catégoriquement le gouvernement espagnol, qui a menacé de ne pas rendre son autonomie à la Catalogne si Carles Puigdemont devait diriger la Catalogne via Internet ou par vidéoconférence.

« Je contesterai le premier acte administratif qui ira dans ce sens », a promis mardi le président espagnol Mariano Rajoy.

La nouvelle assemblée législative régionale formée le 21 décembre dernier, lors d’élections législatives anticipées décrétées par Madrid après la mise sous tutelle de la Catalogne, est toujours dominée par les partis indépendantistes qui y détiennent 70 des 135 sièges.

Destitué par le gouvernement espagnol en octobre, Carles Puigdemont a été réélu député lors du scrutin de décembre, tout comme plusieurs anciens membres de son gouvernement actuellement emprisonnés.

Nouvelle confrontation avec Madrid

Les deux principales formations indépendantistes Ensemble pour la Catalogne et Gauche républicaine de Catalogne, qui dominent la Chambre, voudraient bien que Carles Puigdemont reprenne la présidence du Parlement catalan et entendent manoeuvrer en conséquence de façon à forcer Madrid à lever les accusations qui pèsent contre lui et ses collègues.

Madrid et les indépendantistes catalans se retrouvent dans une impasse, puisque, pour diriger la Catalogne, Carles Puigdemont devra rentrer en Espagne, mais s’il le fait, il sera automatiquement arrêté et emprisonné par les autorités espagnoles.

Un nouveau bras de fer est donc à prévoir pour le choix du président de la région, qui doit se faire à la fin du mois.

Majorité fragile

Malgré leur position de force au Parlement catalan, la majorité indépendantiste demeure fragile, voire théorique, puisque 8 de leurs 70 députés, en prison ou en exil, ne peuvent exercer leur droit de vote au Parlement.

Malgré ces huit absents, les indépendantistes peuvent garder le contrôle du Parlement avec 62 sièges, contre 57 pour l’opposition constituée du parti libéral Ciudadanos, du Parti socialiste et du Parti populaire de Mariano Rajoy. La majorité des indépendantistes tient essentiellement au fait que huit élus du parti souverainiste [modéré] Catalogne en commun, proche de Podemos, s'abstiennent de voter, rendant impossible une majorité favorable à l’Espagne au sein du Parlement catalan.

Le 27 octobre dernier, le gouvernement espagnol a suspendu l'autonomie de la Catalogne, a destitué son gouvernement et a dissous son Parlement à la suite d'une déclaration d'indépendance unilatérale de la Catalogne par le gouvernement de Carles Puigdemont, faisant fi d'une interdiction prononcée par la justice espagnole.

Dans les jours qui ont suivi, le gouvernement central espagnol a lancé des mandats d'arrêt contre l'ex-président Carles Puigdemont et une douzaine de ses ministres sous des accusations de sédition, de rébellion et de malversation de fonds publics. Carles Puigdemont et quatre de ses ministres s'étaient alors rendus en Belgique pour éviter d'être arrêtés.

En décrétant la tenue d'élections régionales anticipées en décembre, le gouvernement espagnol espérait calmer le jeu en Catalogne et éventuellement installer un gouvernement favorable à ses vues en Catalogne, où la population est fortement divisée sur la question de l'indépendance. Mais les forces séparatistes sont revenues à la charge en obtenant 47,5 % des suffrages, soit la majorité absolue dont ils avaient besoin pour reprendre le contrôle du gouvernement catalan.

Les Catalans, qui avaient acquis une certaine autonomie face à Madrid en 1932, en ont ensuite été privés en 1936 par le dictateur Francisco Franco. La Catalogne n'a récupéré ce statut qu'en 1979, quatre ans après la mort du vieux dictateur.

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