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Les Italiens devront retourner aux urnes pour dénouer la crise politique

Un ex-responsable du Fonds monétaire international (FMI) a été chargé par le président Sergio Mattarella de former un gouvernement transitoire pour diriger l'Italie. Sa nomination survient après que le candidat pressenti par la majorité parlementaire, Giuseppe Conte, eut renoncé à faire de même, à la suite du refus du président d'avaliser son choix d'un eurosceptique aux Finances.

« Je me présenterai au Parlement avec un programme qui, si j'obtiens la confiance, inclura le vote du budget 2019. Ensuite, le Parlement sera dissous, avec des élections début 2019 », a déclaré Carlo Cottarelli au terme de son entretien avec le chef de l'État.

« En l'absence de la confiance [du Parlement], le gouvernement démissionnera immédiatement et sa fonction principale sera la gestion des affaires courantes jusqu'à la tenue des élections après le mois d'août », a-t-il aussitôt précisé.

« Je voudrais souligner que le gouvernement resterait alors neutre [...]. Je m'engage à ne pas être candidat aux prochaines élections et je demanderai le même engagement à tous les membres du gouvernement », a encore dit M. Cottarelli.

Le premier ministre désigné a promis « une gestion vigoureuse » des comptes publics, qu'il juge « sous contrôle », et a assuré que l'approche de son gouvernement, qu'il entend former « rapidement », sera résolument européenne.

Après des mois de tractations, les deux partis majoritaires au Parlement italien - le Mouvement Cinq Étoiles (M5S, antisystème) et la Ligue (extrême droite) - s'étaient entendus la semaine dernière pour désigner Giuseppe Conte, un juriste inconnu, au poste de premier ministre.

Ce dernier a cependant annoncé dimanche qu'il abandonnait l'idée de former un gouvernement pour diriger la troisième économie de la zone euro après que le président Mattarella eut refusé d'avaliser le choix de l'économiste eurosceptique Paolo Savona au poste de ministre des Finances.

La nomination de M. Cottarelli est d'autant plus controversée qu'il est considéré comme un partisan de l'austérité budgétaire, alors que le M5S et la Ligue proposaient plutôt de tourner résolument le dos aux politiques de rigueur imposées par Bruxelles.

Après avoir salué cette décision à l'ouverture des échanges avec un rebond de près de 2 %, la Bourse de Milan a finalement fini en recul de 2,08 %, témoignant de l'inquiétude des investisseurs face à l'impasse politique en Italie.

Le spread, l'écart entre les taux d'emprunt à dix ans allemand et italien, a aussi bondi jusqu'à 235 points de base (2,35 %), son plus haut niveau depuis novembre 2013. Cet écart, qui constitue un baromètre mesurant le risque financier, avait reculé à 192 points en début de séance, après avoir atteint 206 points vendredi. En deux semaines, il a gagné une centaine de points.

Un délicat rôle d'arbitre pour le président italien

Ancien juge à la Cour constitutionnelle, M. Mattarella a expliqué à la presse qu'il jugeait le choix de l'eurosceptique Paolo Savona aux Finances contraire aux intérêts de l'Italie.

« La désignation du ministre de l'Économie constitue toujours un message immédiat de confiance ou d'alarme pour les opérateurs économiques et financiers », a-t-il dit. « J'ai demandé pour ce ministère un représentant politique de la majorité cohérent avec l'accord de programme [...] qui ne soit pas vu comme le soutien à une ligne qui pourrait provoquer la sortie inévitable de l'Italie de l'euro. »

Le « contrat de gouvernement » conclu à la mi-mai par M5S et la Ligue était ancré à droite sur les thèmes comme l'immigration ou la sécurité. Il ne prévoyait cependant pas formellement de sortie unilatérale de l'euro.

Comme dans la plupart des régimes parlementaires, le président italien n'a théoriquement que peu de pouvoirs. Son rôle délicat d'arbitre au-dessus de la mêlée politique s'est cependant cristallisé au fil du temps, l'Italie étant un pays notoirement instable; depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le pays a connu pas moins de 64 gouvernements.

Sa dernière décision n'en soulève pas moins les passions. Depuis dimanche soir, ses défenseurs, regroupés sous le mot-clic #iostoconmatterella (je suis avecMattarella), croisent le fer sur les réseaux sociaux avec ses détracteurs, qui utilisent plutôt #mattarelladimettiti (Mattarella démissionne).

Le président français Emmanuel Macron, résolument pro-européen, n'a pas caché dans quel camp il se rangeait. « Je redis mon amitié et mon soutien au président Mattarella qui a une tâche essentielle à mener, celle de la stabilité institutionnelle et démocratique de son pays, ce qu'il fait avec beaucoup de courage et un grand esprit de responsabilité », a-t-il déclaré lundi en conférence de presse.

Quel appui au Parlement pour Carlo Cottarelli?

En l'état actuel des choses, il est loin d'être certain que Carlo Cottarelli pourra obtenir la confiance du Parlement.

Jusqu'à nouvel ordre, la seule formation politique qui dit être prête à soutenir son gouvernement est le Parti démocrate (centre gauche). Il s'agit d'un parti en chute libre, qui a récolté 19 % des appuis lors du dernier scrutin, soit deux fois moins que lors des législatives de 2014.

Le parti Forza Italia (droite) de l'ex-premier ministre Silvio Berlusconi, qui a récolté 14 % des suffrages lors de l'élection du 4 mars, a fait savoir qu'il n'appuierait pas un gouvernement dirigé par M. Cottarelli avant même que sa désignation ne soit confirmée.

Forza Italia avait participé au dernier scrutin au sein d'une coalition de droite qui a remporté 37 % des suffrages. La plus importante composante de cette coalition a cependant été la Ligue de Matteo Salvini, qui a obtenu 17 % des voix exprimées.

Le Mouvement Cinq Étoiles (M5S), mouvement antisystème fondé en 2009 par le comédien Beppe Grillo et maintenant dirigé par Luigi Di Maio, a cependant pu revendiquer le titre de premier parti politique du pays, avec un résultat dépassant les 32 %.

M. Di Maio a réagi avec fureur dimanche au rejet de la candidature de l'économiste eurosceptique Savona. Il a avancé l'idée d'invoquer l'article 90 de la Constitution, qui permet d'accuser le chef de l'État pour « haute trahison » ou pour « atteinte à la Constitution » devant le Parlement. La plupart des experts estiment que cette idée n'a aucune chance d'aboutir.

« D'accord, retournons aux urnes. Mais si j'obtiens 40 % et que je reviens au Quirinal [la résidence officielle du président, NDLR] avec Savona, cela changera quelque chose? », a aussi dit M. Di Maio.

« Ce n'est pas la démocratie. Ce n'est pas respectueux du vote populaire », a pour sa part commenté Matteo Salvini, dans une déclaration publiée après que la désignation de M. Cottarelli eut été confirmée. « Ce n'est que le dernier soupir des grandes puissances qui veulent que l'Italie soit un esclave effrayé et instable. »

« L'Italie n'est pas un pays libre, c'est un pays occupé financièrement, pas militairement, par les Allemands, par les Français et par les bureaucrates de Bruxelles », avait affirmé M. Salvini dimanche soir.

En pleine ascension dans les sondages, le chef de la Ligue a déjà commencé à mobiliser ses troupes pour les prochaines élections. Les plus récents sondages accordent 22 % à la Ligue, tandis que les autres formations se maintiennent à leur niveau de mars.

Devant la situation actuelle, M. Salvini a d'ailleurs lancé l'idée de relancer immédiatement le débat parlementaire sur la réforme électorale, afin que le prochain scrutin puisse déboucher sur une majorité claire.

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