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Les Kurdes de Syrie veulent former une fédération 

Les trois zones autonomes contrôlées par les Kurdes dans le nord de la Syrie vont être regroupées pour former une entité « fédérale démocratique » dirigée par un gouvernement qui aura en charge la gestion de l'économie, de la sécurité et de la défense, indique un projet de document consulté par l'agence Reuters.

La décision des Kurdes risque de compliquer un peu plus les discussions indirectes entamées lundi à Genève entre le régime syrien et l'opposition. Les Kurdes n'y sont pas conviés.

Leur initiative, qui devrait être officialisée jeudi, a immédiatement provoqué la réaction du gouvernement turc, inquiet de voir la montée en puissance des Kurdes de Syrie alimenter le sentiment séparatiste dans le sud-est de la Turquie.

Un responsable du ministère turc des Affaires étrangères a déclaré qu'Ankara soutenait l'unité de la Syrie et que toute initiative unilatérale, telle que la déclaration d'une fédération, n'était pas valide.

Ce responsable a ajouté que le nouveau gouvernement et la nouvelle structure administrative devaient être décidés par l'ensemble des composantes du peuple syrien au moyen d'une nouvelle Constitution.

À Washington, le porte-parole du département d'État, Mark Toner, a déclaré que les États-Unis ne reconnaîtraient aucune zone autonome en Syrie, sauf si à terme la majorité du peuple syrien se prononçait pour une telle solution fédérale.

« Nous sommes très clairs, nous croyons à l'intégrité territoriale et à l'unité de la Syrie et nous pensons que la création maintenant de ces sortes de zones autonomes [...] serait vraiment une menace pour cette intégrité et cette unité », a dit Mark Toner.

Mais prié de dire si Washington pourrait accepter une structure fédérale en Syrie si telle était la volonté des Syriens, il a répondu : « oui! »

Le gouvernement syrien n'en discutera pas

À Genève, le chef de la délégation du gouvernement syrien, Bachar Dja'afari, a également rejeté toute discussion sur un modèle fédéraliste pour la Syrie. Il a par ailleurs exclu toute négociation directe avec l'opposition, ce à quoi celle-ci s'était déclarée prête la veille.

L'envoyé spécial des Nations unies pour la Syrie, Staffan de Mistura, qui supervise les discussions de Genève, a nommé un ancien officier de l'armée soviétique, Vitali Naumkine, spécialiste du monde arabo-musulman, comme conseiller. Naumkine avait déjà fait office de médiateur lors de précédentes discussions sur la Syrie à Moscou.

La conférence des Kurdes de Syrie se déroule à Rmeilan, dans le nord-est de la Syrie, et ses participants doivent approuver un nouveau système politique fixant les compétences d'une « autonomie administrative démocratique », a indiqué Aldar Khalil, responsable kurde syrien qui est l'un des organisateurs de la réunion.

Le projet de document, qui devrait être approuvé à la conférence, appelle à la formation d'un « système fédéral démocratique du Rojava », nom donné par les Kurdes au nord de la Syrie.

Les détails de l'organisation de ce système de gouvernement seront précisés ultérieurement, a ajouté Aldar Khalil.

Cette initiative signifie « l'élargissement du cadre d'autonomie que les Kurdes et d'autres ont déjà mis en place », a déclaré Idris Nassan, responsable du département des affaires étrangères de Kobani, l'une des trois zones autonomes créées par les organisations kurdes il y a deux ans.

Le parti kurde de Syrie PYD est tenu à l'écart des négociations de paix en cours à Genève, comme le souhaitait la Turquie qui voit dans cette organisation un prolongement du PKK en lutte pour l'autonomie du sud-est de la Turquie.

Les Kurdes syriens contrôlent une bande ininterrompue de 400 kilomètres le long de la frontière turco-syrienne, de la frontière irakienne jusqu'à l'Euphrate. Ils contrôlent également une section distincte de la frontière nord-ouest de la Syrie, dans la région d'Afrine.

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