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Les Latinos et les jeunes auront-ils un impact sur l'élection présidentielle?

Moins blanc et plus jeune. L'électorat américain est le plus diversifié de l'histoire. Quel sera le poids des Latino-Américains et des jeunes de la génération Y, plus nombreux que jamais? Zoom sur les mutations de la société américaine.

Un texte de Gaétan Pouliot

UNE AMÉRIQUE MOINS BLANCHE

Quiconque a déjà voyagé aux États-Unis a remarqué que l'on n'y parle pas qu'anglais. L'accent espagnol se fait entendre de New York à la Californie. La signalisation dans les aéroports est bilingue... et l'odeur des tacos côtoie celle des hot-dogs dans les rues des grandes villes.

Les statistiques sont éloquentes. Entre 1980 et 2014, le nombre de Latino-Américains a explosé, passant de 6,5 % à 17,3 % de la population américaine. Bientôt, un résident américain sur cinq sera Latino!

Assistons-nous à la montée d'une nouvelle force politique qui changera le destin des États-Unis? Pas si vite.

Ils sont nombreux, mais leur poids politique est moindre. Beaucoup n'ont pas la citoyenneté américaine, donc pas le droit de voter. De plus, les Latinos sont le groupe ayant la plus forte proportion de jeunes de moins de 18 ans.

Lors du vote de novembre, ils représenteront 12 % des électeurs, comme les Afro-Américains. Une première.

Comme le montre ce graphique, la croissance de l'électorat latino se fait au profit du poids des Blancs, qui représenteront moins de 70 % des citoyens qui ont le droit de vote.

LES LATINOS AIMENT LES DÉMOCRATES...

Les démocrates pourraient être tentés de se réjouir de ces changements de la mosaïque culturelle américaine, car les Blancs sont le seul groupe à préférer les républicains.

Si l'on remonte aux années 1980, les candidats démocrates - gagnants ou perdants - ont reçu sans exception la faveur d'une majorité de Latino-Américains. En 2012, Barack Obama a pu compter sur 71 % des votes de cette communauté.

Est-ce que les Latinos font et défont les présidents? Aucunement, nuance Rafael Jacob, chercheur associé à l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l'Université du Québec à Montréal.

« Au lendemain de l'élection de 2012, on a tellement dit dans les médias que Mitt Romney avait perdu à cause du vote hispanique. C'est faux », dit-il.

Pour devenir président, le candidat républicain aurait dû séduire sept électeurs latinos sur dix. Bref, il aurait fallu inverser le vote entre Mitt Romney et Barack Obama. Un scénario « absurde », selon le spécialiste de la politique américaine.

...MAIS VOTENT PEU

L'influence des Latino-Américains est limitée par leur faible mobilisation. Si la masse d'électeurs hispanophones augmente d'année en année, cela ne se répercute pas dans les urnes.

« Ce sont des électeurs [...], mais ça ne veut pas dire qu'ils vont voter », souligne M. Jacob. Les Latinos votent peu. Beaucoup moins que les Blancs ou les Afro-Américains. En 2012, moins de la moitié d'entre eux se sont présentés aux urnes.

Des démocrates souhaitent donc que le controversé candidat républicain - qui veut construire un mur à la frontière mexicaine - serve de catalyseur pour le vote latino. Un vote qui irait largement à Hillary Clinton.

Un effet Donald Trump est toutefois impossible à prédire. Le républicain pourrait aussi motiver des électeurs à sortir de leur salon pour voter pour la première fois - pour lui cette fois.

UNE POPULATION CONCENTRÉE

La concentration des Latino-Américains dans certaines régions - les États du sud et les grandes villes - réduit aussi leur influence lors des élections présidentielles.

Dans le système politique américain, les citoyens ne votent pas directement pour leur président. Ils élisent plutôt des grands électeurs, rattachés aux États les plus populeux.

Ce sont donc les États pivots qui sont importants. C'est-à-dire ceux qui ne sont acquis à aucun des deux grands partis et qui sont susceptibles de faire basculer le résultat final.

On note toutefois une faible part d'électeurs hispanophones dans les États-clés, comme la Pennsylvanie et l'Ohio.

Si la course est serrée, le vote latino pourrait cependant être déterminant dans trois États pivots où ils représentent une partie importante de l'électorat : la Floride (18 %), le Nevada (17 %) et le Colorado (15 %).

À l'inverse, la répartition des Noirs dans des États stratégiques leur donne plus de poids, souligne M. Jacob. « Le poids électoral des Hispaniques dans une élection présidentielle demeure moins crucial que le vote des Afro-Américains. »

DÉCLIN DES BOOMERS

Autre tendance : la domination des baby-boomers tire à sa fin. L'élection présidentielle de novembre sera la dernière où son poids sera supérieur à celui de la génération Y, selon les estimations du Pew Research Center. Cette différence sera d'ailleurs mince. Chaque groupe comptera pour environ 31 % des électeurs.

DES JEUNES PLUS À GAUCHE...

Comme les Latinos, les Y préfèrent les démocrates.

« Cette génération tend à avoir des positions campées beaucoup plus à gauche que les générations précédentes », indique le chercheur de la Chaire Raoul-Dandurand, donnant en exemple l'engouement chez les jeunes démocrates pour le socialiste Bernie Sanders.

...PEU ATTIRÉS PAR LA POLITIQUE TRADITIONNELLE

Mais leur force politique est, comme les Latinos, freinée par leur peu d'enthousiasme à participer aux élections. Plus de la moitié des Y ne votent pas.

Cette génération pourrait avoir un impact important sur l'avenir des États-Unis, mais ils devront se mobiliser pour faire pencher la balance.

Le spécialiste de la politique américaine Rafael Jacob estime pour sa part qu'il est plus probable que les Y feront bouger les choses dans quatre ou huit ans, lorsqu'ils seront encore plus nombreux et plus enclins à voter.

Cette génération étant fort présente parmi l'électorat démocrate, il n'est pas impossible qu'elle porte alors à la tête du parti un candidat de gauche, de la trempe de Bernie Sanders. « On pourrait assister à quelque chose d'historique », croit-il.

Une chose est certaine, dès cette élection, ils seront courtisés un peu partout au pays par les républicains et les démocrates, tout comme les Latinos le seront dans certains États pivots.

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